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Bio Inquiétudes marnaises sur la mixité en bio

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Les agriculteurs de la Marne, qui ont l’habitude de cultiver bio et non-bio sur une même exploitation, s’indignent d’une précision apportée par l’INAO. Elle pourrait compromettre cette pratique.

«À l’heure où l’Etat prépare un Plan de développement pour l’agriculture biologique, une interprétation administrative de l’INAO compromet sérieusement la production biologique dans les exploitations de grandes cultures de la région », s’indigne la Chambre d’agriculture de la Marne, dans un communiqué diffusé mi-mai. Et d’expliquer : « Il ne serait en effet plus possible de faire coexister dans une même exploitation une même culture (le blé ou l’orge par exemple) produite dans certains champs en mode conventionnel et dans d’autres en mode biologique ». Il ne s’agit pas d’un changement de réglementation, précise de son côté l’INAO. L’Institut national de l’origine et de la qualité objecte que cette interdiction n’est pas nouvelle : elle existe depuis 2007. Le règlement européen 824-2007 stipule en effet (article 11) qu’une exploitation peut être scindée en unités clairement distinctes (…) qui ne sont pas toutes gérées selon le mode de production biologique. (…) Pour les végétaux, il doit s’agir de variétés différentes pouvant facilement être distinguées ».
L’INAO, « alerté par des organismes certificateurs », a tenu a repréciser ce point dans le guide de lecture de la réglementation qu’édite son comité de l’agriculture biologique. Le nouveau texte de guide (destiné aux organismes certificateurs et des structures de développement de l’agriculture biologique) a été publié à la fin 2012.

La mixité est fréquente dans la Marne

La colère de la Chambre d’agriculture de la Marne s’explique par la situation particulière du département : « Nous avons beaucoup de grandes exploitations », témoigne Catherine Godin, de la Chambre d’agriculture de la Marne. Convertir directement plusieurs centaines d’hectares en bio n’est pas aisé. Avoir des parcelles bio et des parcelles conventionnelles sur une même exploitation est donc courant. « Jusqu’à maintenant, il était possible de réaliser des cultures “en doublon” (bio et non-bio pour une même espèce), moyennant des contrôles renforcés. Désormais, on nous impose que l’expert qui contrôle puisse différencier à l’œil nu des variétés bio et non-bio, quel que soit le stade de la culture. Et ce dès 2014. On n’a pas le temps de se retourner ». Pour Catherine Godin, cela risque de démotiver ceux qui s’étaient déjà lancés en bio. Les solutions ? « Constituer deux sociétés différentes, l’une bio, l’autre non. Trop compliqué. Ou éviter les cultures en doublon. Ce qui reviendra peut-être à planter des cultures nouvelles. Mais encore faut-il qu’il y ait un débouché ».

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