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Inra : la diversité des agricultures, source de résilience multiforme

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La diversité des agricultures est source de résilience, mais sous des formes très diverses, a montré un colloque organisé par l’Inra au Salon de l’agriculture le 27 février. En effet les facettes de la résilience sont multiples. Certains systèmes agricoles génèrent plutôt des emplois, d’autres plutôt de l’équilibre régional à travers l’autonomie protéique ou énergétique, d’autres encore fournissent de la diversité alimentaire locale, mais qui peut aussi s’exporter.

La diversité des agricultures a l’avantage d’apporter de la résilience, mais encore faut-il savoir quel type de résilience il s’agit. La diversité des agricultures commence sur la parcelle, a indiqué Bernard Bodson, chercheur à l’université de Liège. La prairie permanente est « un modèle de diversité et de résilience », la prairie temporaire engendre la stabilité grâce à l’association de céréales immatures et de légumineuses, et l’agriculteur « ne met pas tous ses œufs dans le même panier grâce à un mélange de variétés cultivées sur une même parcelle » ou une culture associée blé-pois d’hiver.

Diversification simultanée à l’échelle de l’exploitation et d’une région

La diversité des agricultures contribue à la résilience à l’échelle d’un pays ou d’un continent : le développement des cultures de légumineuses vient au secours des productions protéiques déficitaires. « L’UE a privilégié l’importation de soja », a fait remarquer Bernard Bodson, montrant que cette orientation a découragé la diversité des cultures. C’est cette prise de conscience du manque d’autonomie alimentaire « qui a été l’élément déclencheur de mon installation », a témoigné Marie-Françoise Brizard-Pasquet, agricultrice en Mayenne. Cette dernière a entendu pendant dix ans à Paris « la petite musique des attentes des consommateurs ». C’est à partir de ces désirs des consommateurs qu’elle et son conjoint ont choisi d’alimenter leurs bovins à partir des cultures de la ferme, de luzerne entre autres.

La diversification de l’agriculture peut aussi s’adjoindre à une politique d’autonomie énergétique régionale. Jean-Marc Blazy, chercheur à l’Inra, a exposé les résultats concluants de la création d’une filière de canne-fibre en Guadeloupe pour fournir de la biomasse-énergie à des centrales électriques. La consommation d’électricité dans l’île ayant bondi de 2000 à 2010, et la production d’électricité étant dépendante des énergies fossiles à 88 %, la canne-fibre a été développée, avec plusieurs avantages induits : nouvelle activité pour les agriculteurs, qui se disent à 78 % prêts à produire de la canne-fibre, diversification de l’assolement, alternative à la canne à sucre, rendement supérieur de 30 % à celui de la canne à sucre.

Les avantages de la diversité s’expriment aussi dans le temps

« Quand on intègre les résultats d’une culture associée blé-lentilles par exemple, c’est l’année suivante que l’on constate que l’on est gagnant », car la légumineuse qu’est la lentille a enrichi le sol en azote, a indiqué Antoine Messéan, chercheur à l’Inra. Ce dernier a mentionné l’existence d’une bière produite à partir de féverole, une façon de développer les cultures de légumineuses tout en enrichissant la diversité alimentaire.

La prise en compte de la diversité des situations locales s’oppose aussi au nivellement du conseil des coopératives : « Les commerciaux des coopératives doivent être de mauvais commerçants. Nous devons acheter cher les produits aux producteurs et passer deux heures de plus dans un champ plutôt que de négocier un prix d’intrant avec l’agriculteur ! », a souligné Christian Veyrier, président de deux coopératives, la Drômoise de céréales et Valsoleil.

Frédérique Vidal, ministre de la Recherche, a conclu le colloque en indiquant que « la voie unique n’est pas la solution ».

Il faut aussi appréhender les avantages de la diversité dans le temps et non pas seulement à l’instant T