La filiale abattage de viande du Groupement des Mousquetaires est officiellement candidate à la reprise de l'abattoir-découpe de Gad Josselin. Un programme de 20 millions d'euros d'investissements est prévu. Cette solution fait l'unanimité.
LA filiale viande d'Intermarché, la SVA Jean Rozé, a manifesté explicitement son intérêt pour l'abattoir-découpe de porcs à Josselin, dans le Morbihan, dans un communiqué rendu public vendredi 29 août. L'usine qui emploie 800 salariés appartient à Gad SAS, une société tout près de la liquidation judiciaire, filiale du groupe coopératif morbihannais Cecab. Selon la SVA Jean Rozé, une lettre d'intention de reprise du site devait être déposée lundi 1er septembre entre les mains des administrateurs judiciaires chargés de veiller à la bonne application du plan de continuation de Gad SAS.
SÉCURISER LES APPROVISIONNEMENTS
En déposant cette offre, Intermarché cherche à conforter l'approvisionnement en pièces et viande de porcs élevés et abattus en France de sa filière industrielle (7 usines de charcuterie, dont son navire-amiral, Monique Ranou), et des 2 000 points de vente de son réseau. Son abattoir Gâtine-Viandes (la Guerche-de-Bretagne, Ille-et-Vilaine) est totalement saturé à 25 000 porcs/semaine. Avec Gad Josselin, la SVA doublerait son volume de viande dans un premier temps. L'abattoir de Josselin travaille actuellement sur un rythme d'abattage de 24 000 porcs/semaine, mais il peut aisément monter en cadence. La SVA a en pris le contrôle majoritaire, en juin, de la Société briécoise d'abattage (Briec-sur-l'Odet, Finistère), abattoir de coches (truies de réformes).
OBJECTIF NON TENUS
Sur le plan juridique, il faut que le tribunal de commerce de Rennes prononce la liquidation judiciaire de Gad SAS avant d'étudier l'offre de SVA, qui consiste en une reprise d'actif. Gad SAS a annoncé, le 22 août, être dans l'incapacité de conduire le plan de continuation obtenu devant le même tribunal, en octobre dernier. Ce plan prévoyait la fermeture du second abattoir de Gad SAS, celui de Lampaul-Guimiliau et un plan d'investissement à Josselin. L'abattoir finistérien a effectivement fermé (890 emplois supprimés). Mais différents événements (blocus du site de Lampaul avant sa fermeture, embargo russe sur la viande de porc européenne, etc.) ont empêché Gad SAS de redresser ses comptes, qui affichaient encore une perte d'exploitation de 14 millions d'euros fin juin.
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20 M€ D'INVESTISSEMENTS PRÉVUS
Le tribunal de commerce de Rennes statuera le 11 septembre sur le sort de l'entreprise. Dans son communiqué, la SVA Jean Rozé donne quelques indications sur les contours de son dossier. La filiale du Groupement des Mousquetaires insiste sur sa « volonté de sauvegarder le maximum d'emplois et le savoir-faire des salariés de Gad, dans le respect de ses objectifs stratégiques et industriels, compte tenu de la situation de la filière porcine ». Elle ne donne aucune information, en revanche, sur le devenir de l'atelier fumé-salé de Gad SAS à Lampaul-Guimiliau (80 salariés). La SVA Jean Rozé ajoute qu'elle engagera à Josselin « un programme d'investissements important, de l'ordre de 20 millions € (…) pour que l'abattoir redevienne performant et compétitif ».
SOULAGEMENTS
L'annonce a évidemment fait réagir. Dans les rangs des représentants du personnel de Gad SAS, on se déclare « soulagé ». Patrick Piguel, délégué central syndical CFDT de Gad SAS explique que « l'angoisse des salariés était grande. Beaucoup n'y croyaient plus ». À écouter le délégué syndical, le soulagement des salariés frise l'enthousiasme. Dans le secteur de l'abattage-découpe en France, seuls les abattoirs adossés à des groupes de distribution (Gâtine-Viandes pour SVA Jean Rozé et Kermenée pour Leclerc) ont vu leurs abattages progresser significativement ces dernières années. « Il ne pouvait pas y avoir de meilleur repreneur pour nous, dit Patrick Piguel. Intermarché veut sécuriser son approvisionnement et avoir un ancrage fort sur son territoire. C'est rassurant pour nous. »
Le ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Stéphane Le Foll s'est « réjoui de cette annonce », dans un communiqué datant du 29 août, saluant « la volonté du groupement d'investir pour pérenniser l'activité de Josselin et ainsi consolider au maximum les emplois dans la filière porcine. » Le conseil régional de Bretagne s'est également félicité « pour l'emploi, la filière porcine et le territoire de Josselin (…). C'est la confirmation qu'il existe un avenir dans l'agroalimentaire breton et dans cette filière. »