La chrysomèle du maïs a complètement bouleversé les maïsiculteurs alsaciens en venant infester le Haut-Rhin l’été dernier. Les conséquences économiques sont très lourdes, pour toute une filière qui dépend de la monoculture du maïs de cette région. Pourtant, le seul moyen de lutte efficace est la rotation. Le ministère propose des solutions, mais pas à la hauteur de ce qu’attendaient les agriculteurs. Arvalis-Institut du végétal a organisé un colloque sur ce sujet le 3 février à Colmar.
" La chrysomèle est un coup de tonnerre dans notre département", déclare Thomas Thuet, président de l’Association des producteurs de céréales et d’oléagineux du Haut-Rhin. Les agriculteurs alsaciens restent encore bouleversés par l’arrivée de cet insecte venu d’ailleurs, qui a été repéré en pleine canicule l’été dernier à Boltzheim, le 30 juillet dernier, à proximité de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, à 5 km des frontières suisse et allemande. Les mesures imposées par le ministère de l’Agriculture ont été radicales : la mise en place de zones d’intervention autour du point de piégeage, la réalisation de 2 traitements insecticides aériens et l’obligation pour les agriculteurs de mettre en place une rotation sur trois ans. Car la chrysomèle a fait son apparition au beau milieu d’une zone de monoculture de maïs. " Sur les zones focus et de sécurité, le maïs représente 70 à 80 % des cultures arables, soit 7 000 ha", souligne Marie-Jeanne Fotre-Muller, du service de la protection des végétaux d’Alsace. " 400 agriculteurs sont concernés, à temps complet ou double actifs", ajoute-t-elle. Thierry Klinger, directeur de la DGAL, au ministère de l’Agriculture, martèle :" Nous avons un objectif clair : l’éradication". Il reconnaît que les mesures sont très lourdes et difficiles, "mais elles peuvent être couronnées de succès", rassure-t-il.
3,4 millions d’euros de pertes en deux ans
Les conséquences économiques pour les maïsiculteurs alsaciens sont colossales. À partir de 2003/2004, le maïs ne couvrira plus que 2 100 ha au lieu de 7 000 ha en raison de la suppression de la monoculture. La perte de revenus pour les 97 exploitations situées en zone focus (0 à 5 km du point de repérage initial) est de 228 E/ha. "I l s’agit d’une zone de terres peu profondes qui valorisent bien l’irrigation", explique Didier Lasserre, d’Arvalis. Dans la zone de sécurité, la perte de revenus s’élève à 141 E/t pour les 214 agriculteurs. Globalement, le préjudice économique pour l’agriculture a été chiffré à 3,4 millions d’euros (ME) pour 2004 et 2005, sans compte les pertes pour la filière (organismes stockeurs, semenciers,...) chiffrées à 1,4 ME.
Pour autant, la profession agricole alsacienne est convaincue de l’intérêt de l’éradication, mais les agriculteurs aimeraient être davantage soutenus financièrement. Actuellement, l’Etat prend en compte les frais liés aux insecticides aériens. " Cela ne réduit le surcoût que de 30 E/ha", précise Didier Lasserre. Le ministère de l’Agriculture a annoncé le déblocage d’une enveloppe de 2 millions d’euros sur 5 ans pour une mesure d’aide rotationnelle dans le cadre d’un CAD (contrat d’agriculture durable). Outre des mesures rotationnelles sur 5 ans, Ce CAD favorise la mise en place d’intercultures et la conversion du maïs en légumineuses ou en prairies temporaires. Le Conseil Général du Haut-Rhin s’est engagé à assurer le lien financier en 2004. Ce CAD devrait être validé en CDOA début mars.
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La rotation est la mesure la plus efficace
Les expériences des autres pays européens touchés par Diabrotica le montrent : la mesure la plus efficace pour limiter sa progression est la mise en place d’une rotation, afin de casser le cycle de reproduction de l’insecte. Lorenzo Furlan, chercheur à l’Université de Padoue, en Italie, où plusieurs régions sont touchées, est affirmatif : "Le facteur essentiel de l’endiguement de Diabrotica est l’interruption de la monoculture sur tous les champs de maïs de la zone focus, explique-t-il. De plus, les traitements insecticides contre les adultes sont très efficaces". En revanche, pour lui, il est clair que les traitements de semences insecticides et l’application d’insecticides dans le sol n’ont aucun rôle dans les stratégies d’endiguement : " C’est comme ne rien faire", affirme-t-il. Ibolya Hatalane Zsceller, du service de protection des plantes de Budapest en Hongrie, fait le même constat : les traitements de semences n’empêchent pas les dégâts. Elle est moins sévère envers les traitements de sol. Dans la région de la Vénétie, où des mesures radicales d’éradication ont été mises en place, le coût total des procédures d’éradication entre 1999 et 2003 se sont élevées à 700 000 euros, alors que les pertes de récolte en l’absence de mesures pour la même période ont été chiffrées à 117 millions d’euros. En Hongrie, la rotation n’est imposée que sur la parcelle où l’on trouve Diabrotica. Ces mesures insuffisantes ont engendré une progression galopante du ravageur.
Cohabitation transfrontalière difficile
L’Alsace, elle, est confrontée à un problème majeur : la zone concernée est frontalière à la Suisse et l’Allemagne. La Suisse est déjà contaminée par Diabrotica, mais n’a pas mis en place des mesures aussi radicales que la France. Quant à l’Allemagne, miraculeusement, elle échappe à l’infestation de Diabrotica, alors qu’elle est entourée de pays qui reconnaissent avoir l’insecte sur leur territoire (Autriche, Italie, Suisse, France). "Nous n’avons rien trouvé, assure un représentant de l’Administration allemande. Nous avons traité une fois 150 ha de maïs avec un insecticide et cette année, toutes les semences seront enrobées d’un traitement de semences. Par ailleurs, nous avons renforcé les pièges dans le voisinage". Le directeur de la DGAL veut inciter les autorités de ces deux pays à appliquer les mêmes mesures que la France.
Pas de remise en cause de la monoculture du maïs
La chrysomèle du maïs remettrait-elle en cause la monoculture de maïs, qui se révèle si fragile ? " Il n’y a pas d’alternative à la monoculture de maïs", affirme Bernard Naïbo d’Arvalis, car elle permet de maintenir la productivité et elle s’impose dans certains sols. " Il faut dès maintenant envisager des stratégies de monoculture en présence de Diabrotica". Arvalis travaille dans ce sens et étudie toutes les pistes (dates de semis, engrais starter, insecticides aériens, insecticides du sol, traitements de semences, médiateurs chimiques). La solution passera-t-elle par un maïs transgénique ? La société Biogemma, en collaboration avec Arvalis, travaille sur la mise au point d’un maïs transgénique qui utilise une autre technologie que le Bt. " On n’attend pas une efficacité à 100 %, précise Pierre Lacaze, Directeur développement de Biogemma. Il faudra encore plusieurs années de travail".