Abonné

Intrusions : L214 condamnée pour la première fois à retirer une vidéo

- - 3 min

Le 30 novembre, L214 a été condamnée en appel à retirer une vidéo tournée dans un élevage de lapins du Morbihan. Un premier revers juridique pour l’association abolitionniste.

La cour d’appel de Rennes a condamné le 30 novembre l’association L214 à retirer une vidéo tournée dans un élevage de lapins d’Augan (Morbihan) et diffusée en septembre 2020. Les images devront être supprimées des « sites internet de l’association L214 ainsi que sur l’ensemble des réseaux et des plateformes de vidéos en ligne » sous quinze jours. Passé ce délai, l’ONG sera passible d’une astreinte de 150 € par jour, stipule la décision. Elle a aussi été condamnée à payer 5 000 € de frais de justice.

La cour d’appel de Rennes est revenue sur un jugement prononcé le 4 février par le tribunal judiciaire de Vannes, qui avait débouté l’élevage incriminé. La SCEA Realap – qui élève quelque 40 000 lapins reproducteurs – avait assigné L214 en novembre 2020, invoquant les chefs de « violation de son droit de propriété, de son domicile », ainsi que le « non-respect des prescriptions réglementaires en matière de protection sanitaire ». Trois infractions qui constituaient un « trouble manifestement illicite », selon l’entreprise, qui ne s’est pas placée sur le terrain de la diffamation. « Rien dès lors ne justifie l’application de la loi du 29 juillet 1881 » sur la liberté de la presse, a considéré la cour d’appel de Rennes, au contraire du tribunal de Vannes.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Lire aussi Intrusions : la proposition de loi LR pour muscler les sanctions

Dans sa décision, la cour d’appel souligne que « l’association L214 reconnaît que les images qu’elle a diffusées proviennent des locaux […] et admet n’avoir eu aucun droit d’y pénétrer et d’y capter les images litigieuses ». « La vidéo litigieuse n’a pu être obtenue que par la commission d’une voie de fait de sorte que sa détention et sa divulgation constituent en elles-mêmes un trouble manifestement illicite », ajoutent les magistrats.

L214 se pourvoit en cassation

Contactée par Réussir.fr, L214 a indiqué qu’elle se conformera à la décision, tout en se pourvoyant en cassation, jugeant cette décision « contestable » et contredisant « la jurisprudence actuelle ». « C’est la première fois que [l’association] est condamnée post-diffusion à devoir retirer des images », souligne Barbara Boyer, chargée des relations presse de L214. « Nous sommes condamnés pour complicité d’une intrusion illicite, sans qu’aucune preuve ne soit faite d’une éventuelle intrusion : c’est scandaleux », estime-t-elle. Du côté des filières animales, Culture Viande (abatteurs) a salué sur son site web une décision « fondamentale dans les futures actions judiciaires contre L214, qui se retranchait systématiquement derrière le droit de la presse ».

L’affaire ne relève pas de la liberté d’expression, selon la cour d’appel