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Invers développe son propre modèle d’élevage d’insectes

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Les insectes servent d'ingrédients pour l'alimentation animale. Crédits : © Invers

Inclure les agriculteurs et les coopératives dans l’élevage d’insectes : c’est le modèle mis au point par Sébastien Crepieux fondateur et président d'Invers, qui a convaincu des investisseurs et des banques de mobiliser 15 millions d’euros.

Très loin des fermes-usines capables d’élever et de transformer des quantités astronomiques d’insectes (Ynsect, Innovafeed, Agronutris, etc.), Sébastien Crepieux, fondateur et président d'Invers, dans la plaine de la Limagne (Auvergne) a eu l’idée de multiplier les petites unités d'élevage et d’inclure les agriculteurs dans le circuit de production. « Les agriculteurs sont chargés d’engraisser les insectes grâce à la nourriture issue de leur coopérative, et ainsi ils peuvent compléter leurs revenus », résume Sébastien Crepieux, Le modèle répond ainsi à un enjeu sociétal, celui des revenus des agriculteurs, en diversifiant leurs sources de chiffre d’affaires. L’enjeu est aussi environnemental puisque l’élevage d’insectes est particulièrement vertueux en raison du très bon rapport des insectes entre alimentation et production de protéines.

« Dans le cas de notre collaboration avec la coopérative Limagrain, cette dernière fournit les issues de blé (coproduit de l'industrie de première transformation du blé, ndlr) de ses moulins qui nourrissent les insectes », explique Sébastien Crepieux. Car son idée est aussi de créer des filières locales comprenant l’alimentation des insectes, leur élevage, la récupération de leurs déjections par les agriculteurs qui les utilisent comme engrais, et enfin la transformation des insectes en ingrédients pour l’alimentation du bétail ou des animaux domestiques.

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Des coopératives très intéressées

Ce modèle original vient de séduire un ensemble d’investisseurs et de banques qui ont mobilisé 15 millions d’euros au cours d’une levée de fonds de série A dévoilée par Invers le 29 septembre 2022. De nouveaux investisseurs (Idia Capital Investissement, via son fonds CA Transitions, Agri Impact, véhicule géré par Citizen Capital, les coopératives Oxyane et Eurea, et des business angels) font leur entrée au tour de table aux côtés des actionnaires historiques : UI Investissement, Crédit Agricole Centre France et Limagrain. Ce montant de 15 millions d’euros inclut une partie en dette, environ un tiers du total, souscrite auprès de la Caisse régionale de Crédit Agricole Centre France, de la Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes, de BNP Paribas Loire Auvergne Entreprise, de la Caisse d’Epargne Auvergne Limousin et de Bpifrance.

Ces ressources vont permettre de mener à bien le déploiement du réseau d’agriculteurs qui sont trois actuellement à s’être engagés dans l’aventure, et avant tout d’agrandir le site industriel qui sert de couvoir des vers de farine (tenebrio molitor) où ils sont ensuite transformés en ingrédient, deux étapes gérées par Invers. « Le nouveau site représente un investissement de 10 millions d’euros et permettra d’alimenter 25 à 30 agriculteurs », précise Sébastien Crepieux, qui va étendre sa collaboration avec le monde coopératif : travaillant déjà avec Limagrain, son activité va s’étendre désormais à deux autres coopératives que sont Oxyane et Eurea. Des étapes qui vont mener la société vers un chiffre d’affaires prévisionnel estimé par son dirigeant à « plusieurs dizaines de millions d’euros en 2024 », exercice au cours duquel la société doit atteindre son seuil de rentabilité.