Longtemps éloigné des réflexions du reste de la profession, l’Itab semble connaître un retour en grâce auprès des autres instituts techniques agricoles, après ses difficultés financières. Facilitée par le dernier rapport de la Cour des comptes, cette réconciliation s’est concrétisée par un nouveau projet du PNDAR.
Entre l’Itab et les autres instituts techniques agricoles (Acta), les violons semblent désormais accordés. En matière de recherche et développement, « l’État n’a pas mis les moyens de ses ambitions sur l’agriculture biologique », lâche Jean-Paul Bordes, président de l’Acta, dans un entretien commun accordé à Agra pPresse, à l’initiative des deux structures. « Le développement de l’agriculture biologique ne peut se résumer à des aides à la conversion », opine Emeric Pillet, le nouveau directeur général de l’Itab nommé au début de l’été. Les deux hommes décrivent aussi d’une même voix la répartition des compétences entre l’Itab et les autres instituts techniques : si le premier assure « la coordination » des travaux en matière d’agriculture biologique, les seconds doivent l’épauler pour la production des références.
Un nouvel équilibre diplomatique, intervenant après des tensions de longue date entre l’institut bio et une partie de la profession agricole, qui ont culminé avec les difficultés économiques traversées par l’Itab. Avec un plan de redressement et le licenciement de huit salariés à la clé. « En termes de biocontrôle, de variétés disponibles, nous avons un vrai retard, et cela fait de nombreuses années que nous critiquons l’Itab », confirme Étienne Gangneron, vice-président de la FNSEA en charge de l’agriculture biologique.
Le rapprochement entre les organisations aurait été accéléré par les travaux la Cour des comptes sur l’agriculture biologique, publiés en juin 2022. Un document dans lequel on peut lire que l’Itab « ne dispose pas de ressources suffisantes pour coordonner la recherche appliquée et l’expérimentation en agriculture biologique et ne parvient pas à s’insérer dans le réseau des instituts techniques agricoles ». Et d’inviter dans ses recommandations à un renforcement de « ses moyens notamment par une augmentation de la subvention qui lui est allouée dans le cadre du PNDAR, […] et par une mobilisation financière sensiblement accrues des interprofessions agricoles ».
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L’entente matérialisée par un projet
En accord avec ces critiques des Sages de la rue Cambon, et à en croire les représentants de l’Acta et de l’Itab, l’époque des procès réciproques en incompétence serait désormais révolue. Pour preuve, en veut Jean-Paul Bordes, les instituts déploient des ressources significatives sur le bio. « Le bio mobilise 1 800 techniciens et ingénieurs dans les Instituts techniques agricoles (ITA), représentant 120 équivalents temps plein (ETP). Et l’Itab est capable de mobiliser 100 ETP supplémentaires ».
Il reconnaît malgré tout laconiquement que « certains instituts ont une activité plus développée que d’autres sur l’agriculture biologique ». Au total, les ressources de l’Acta spécifiques au bio resteraient dont selon lui « modestes » par rapport à celles dédiées au conventionnel. Mais ce serait oublier à ses yeux la « perméabilité » technique qui peut exister entre les systèmes, comme prôné avec succès par le salon Tech & bio. Biocontrôle, désherbage mécanique, conservation des grains sans insecticides, recours aux légumineuses : les instituts, appuie Jean-Paul Bordes, « ont tous des travaux de R & D qui, sans être estampillés bio, sont communément appliqués par les producteurs certifiés, et inversement pour les conventionnels ».
Ce sera d’ailleurs l’objet d’un programme collectif du PNDAR 2022-2027, intitulé « Synergies pour la production, la transposition, le transfert et l’appropriation de références entre les modes de production bio et non bio », copiloté par l’Itab et l’Acta sur six ans. Parmi les axes de travail : biocontrole, évaluation de variétés, couplage animal et végétal, numérique, ou encore évaluation des résultats environnementaux. « Nous nous pencherons aussi sur les verrous socio-techniques, pour comprendre pourquoi certaines techniques ne sont pas adoptées », précise Emeric Pillet. Reste cependant encore à convaincre encore une partie de la profession, comme le souligne Jean-Paul Bordes. « Pour l’instant, nous n’avons pas réussi à mettre tous les ITA autour de la table. Seuls douze sur dix-huit ont répondu à notre projet. »