Originaire du Maine-et-Loire, Jacqueline Cottier est la nouvelle présidente de la Commission nationale des agricultrices (CNA) de la FNSEA. Pour son premier mandat, elle met l'accent sur une reconnaissance pleine et entière de tous les associés exploitants au sein des sociétés agricoles. Elle veut inciter les femmes à s'engager et, sur un plan plus social, à mieux utiliser le congé maternité. A l'issue de son premier conseil d'administration, le 17 avril à Paris, elle a livré ses réflexions.
Pour vous c'est quoi une agricultrice ?
Une agricultrice est une professionnelle formée. Pour bien vivre, il faut s'entourer de moyens, ne pas rester enfermée chez soi. Avec les enfants, on a toujours une bonne raison de rester à la maison à faire quelque chose. Quand on rencontre d'autres personnes, on a une meilleure analyse sur ses propres problèmes. Cela permet de relativiser, de trouver des conseils. Souvent, c'est la femme qui gère la comptabilité au sein des exploitations et le budget familial. Elles sont attachées à connaître les modalités de la Pac ou encore les nouveautés de la loi d'avenir. Nous en parlons d'ailleurs au sein du conseil d'administration de la CNA. Nous abordons aussi le volet social avec les retraites : souvent les femmes n'ont pas assez cotisé. Les hommes sont mieux informés car ils se retrouvent plus facilement par le biais du Cuma, des coopératives, etc. La richesse c'est le groupe !
Alors, il est plus difficile pour les femmes de s'engager dans les organisations professionnelles agricoles ?
Nous devons encourager les femmes à s'engager, même au niveau communal, c'est le début d'un engagement. Le service de remplacement intervient pour l'agricultrice qui part en mandat ou en formation. Un crédit d'impôt existe aussi pour la formation. Le service de remplacement peut aussi être utilisé pour le congé maternité. C'est d'ailleurs un sujet qu'on va retravailler car seulement 51 % des agricultrices qui accouchent l'utilisent.
AGRICULTRICE dans le Maine-et-Loire, Jacqueline Cottier succède à Karen Serres (présidente de la CNA depuis neuf ans) et a déjà effectué trois mandats au sein de la Commission nationale des agricultrices (CNA) dont le dernier comme vice-présidente. Fille d'agriculteurs, à 53 ans, elle est installée en EARL depuis 1990 sur 159 hectares avec des vaches laitières, allaitantes et des volailles label. Le syndicalisme, dans lequel elle s'est engagée dans les années 2000, lui a permis « de sortir » de sa ferme. Avant d'être agricultrice, Jacqueline Cottier a tenu un magasin dans le centre ville d'Angers pendant près de dix ans. Après une formation pour obtenir le Brevet professionnel agricole (BPA), elle rejoint le GAEC de son mari pour un an, puis ils s'installent tous les deux en EARL sur les terres de ses parents. Aujourd'hui, elle a trois enfants de 31, 21 et 17 ans mais elle ne sait pas si l'un d'eux voudra reprendre la ferme. Jacqueline Cottier, très impliquée dans sa commune de 230 habitants où il reste trois exploitations agricoles, siège au conseil municipal de Champteussé-sur-Baconne.
Pourquoi seulement la moitié des femmes utilisent le service de remplacement pour un congé maternité ?
Certaines ont le sentiment de ne pas avoir un service adapté aux productions spécifiques comme par exemple, les volailles labellisées, les fruits et légumes, la viticulture… Ensuite, il y a le coût : il reste à leur charge un montant, variable selon les départements, qui peut être autour de 10 euros ou moins. De plus, le formulaire MSA, rempli pendant la déclaration de grossesse, n'est pas incitatif, plutôt dissuasif. Il faut justifier de son temps de travail, de ses tâches. On n'a pas à justifier, on est agricultrice, quelle que soit la production, on travaille sur l'exploitation.
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Le gros dossier pour la CNA porte sur la reconnaissance des exploitantes et des exploitants agricoles quelle que soit la forme sociétaire…
Oui, et pour l'instant les exploitants ne sont pas reconnus quelle que soit la forme sociétaire. Ce dossier concerne beaucoup les agricultrices car, avant 2010, quand une agricultrice souhaitait s'installer, elle ne pouvait pas faire de Gaec donc elle était EARL obligatoirement. Le problème des EARL c'est qu'il n'y a pas de transparence, c'est un couple qui compte pour une part dans les aides Pac. Par exemple, deux associés en Gaec avec les mêmes productions ont le double d'aide. Suite à ça, en 2011, on a obtenu la possibilité de faire un Gaec entre époux à condition que les deux membres du Gaec aient une part économique PAC. C'est à dire que chacun apporte du foncier, une production, etc. c'est des critères très définis.
Donc, à cause de cet apport de la part économique par chacun des membres de l'EARL, il est difficile de passer du statut d'EARL à GAEC ?
Ce qui se passe aujourd'hui, c'est que les EARL peuvent statutairement se transformer en Gaec. La plupart des exploitants en EARL ne peuvent pas apporter chacun une part économique pour faire un Gaec. Pourtant, la femme a souvent développé un pan de l'exploitation. Le plus simple serait que les EARL se transforment en Gaec et que la part économique soit reconnue pour les deux avec une reconnaissance à chaque exploitant du moment qu'il y avait déjà l'activité avant.
Quel est votre position concernant le statut de l'agriculteur dans la loi d'Avenir ?
Il ne faut pas mélanger la reconnaissance des exploitants agricoles quelle que soit la forme sociétaire et le statut de l'agriculteur. C'est autre chose même si ce sont deux sujets parallèles. La loi d'Avenir définit ce qu'est l'agriculteur.