A son corps défendant, Pascal X restera dans l’histoire comme étant le premier producteur de maïs commercial transgénique à avoir été victime en France des faucheurs volontaires, le 30 juillet dernier. Souhaitant garder l’anonymat, l’agriculteur de Saint-Hilaire (Haute-Garonne) déclare à Agra qu’il n’entend pas baisser les bras : il replantera du maïs transgénique sur son exploitation l’année prochaine.
Une de vos parcelles de maïs OGM a été détruite le 30 juillet par 200 faucheurs emmenés par José Bové. Quel est votre sentiment, quelques jours après cette action ?
Ce qui m’anime, c’est un sentiment de colère et d’injustice. Globalement, je me sens frustré de ne pas avoir pu mener à bien cette culture. Je suis réellement déçu.
Combien d’hectares de maïs OGM aviez-vous semés cette année ?
J’avais semé environ 15 hectares de maïs transgénique. Les faucheurs ont détruit 5 hectares sur une parcelle qui en comptait environ 6,5. Mais je cultive également du maïs conventionnel, sur une vingtaine d’hectares.
Comment s’est passé le fauchage ?
Ça s’est passé très rapidement, en un peu plus d’une heure. Quelque deux cents personnes ont couché les maïs, sans instrument. On était plus ou moins renseigné de l’imminence de l’action. Pourtant, au fond de moi, je n’y croyais pas, car on est en France tout de même, et j’imaginais davantage une action symbolique. Quand ça s’est passé, j’étais sur place avec mon père, en présence d’une dizaine de gendarmes qui surveillaient la parcelle depuis 24 heures. Il y avait donc bien une surveillance mais il n’y a pas eu de décision, au niveau de la préfecture ou du ministère, pour décider d’agir en conséquence. On a sacrifié mon champ de maïs. Ça fait mal. Je suis le premier producteur victime d’un fauchage.
Avez-vous pu tenter de vous opposer ou avoir des échanges avec les faucheurs ?
Non. On était avec les gendarmes, plus ou moins à l’écart, impuissant. Vous savez, il y avait deux cents personnes, c’est impressionnant.
A combien estimez-vous votre perte de revenu ?
Pour la culture seule, et même si on fait ça rapidement et de manière provisoire, on évalue la perte à 15 000 euros.
Etait-ce la première fois que vous cultiviez du maïs OGM ?
Non, c’était la seconde année. L’an dernier, j’avais semé environ 10 hectares. On avait fait visiter la parcelle à des professionnels, et on avait d’ailleurs récolté le maïs dès le lendemain de cette visite pour éviter les risques de destruction. Cette année, on a communiqué au moment des semis, car on voulait jouer la transparence… On a essayé d’expliquer en quoi ça pouvait être quelque chose d’intéressant pour l’agriculteur face à la pression de ravageurs comme la pyrale ou la sésamie, surtout dans ma région. Moi, j’ai planté du maïs OGM pour améliorer mon revenu. Pour autant, ça ne veut pas dire que je suis pour le « tout OGM ». C’est à chaque agriculteur de se déterminer en fonction de ses conditions de production et de sa situation locale.
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Quelles semences OGM aviez-vous utilisées ?
Des semences Bt. Mais je ne veux pas donner le nom de la variété car je ne veux pas être associé à la firme.
A qui vendez-vous votre maïs OGM ?
Je le vends sur le marché espagnol. Je valorise d’ailleurs au même prix mon maïs conventionnel et celui transgénique sur ce marché. J’espère parvenir à mieux valoriser mon maïs OGM à l’avenir, compte tenu de l’évolution des normes sur les micotoxines et des gains de rendement. L’année dernière, j’avais noté un rendement à l’hectare supérieur de 4 à 5 quintaux pour le maïs OGM, sachant qu’il s’agissait d’une année avec une faible densité de ravageurs. J’espère cette année une différence plus importante.
Avez-vous engagé des actions en justice contre les faucheurs ?
Oui, avec mon père, on a porté plainte. On va laisser faire la justice en espérant qu’on puisse être indemnisés et que le maximum de personnes puissent être condamnées. Le fait d’avoir senti la solidarité des autres producteurs est important. Ça me renforce dans mon idée et ça donne envie de se battre.
Vous replanterez donc du mais OGM l’année prochaine…
Oui, c’est une certitude. Mais j’espère que d’ici là il y aura eu une décision politique pour dissiper le flou sur ce dossier, car tout le monde fait la confusion entre ce qui relève des essais menés par les semenciers, ce qui concerne les cultures commerciales, etc. On attend avec impatience la loi qui doit organiser la culture des OGM en France et la coexistence avec les autres filières.
N.B. : Pascal X avait été l’un des deux agriculteurs signalés sur le site de Greenpeace pour avoir planté des OGM commerciaux sur leur exploitation.