Les Maîtres laitiers du Cotentin (MLC) ont communiqué leurs résultats le 19 septembre à l’issue de l’assemblée générale de la coopérative. Avec 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires, les ventes restent stables, mais la rentabilité recule fortement en raison de charges exceptionnelles liées à la nouvelle usine de Méautis et à un prix du lait payé aux producteurs nettement supérieur à la moyenne nationale. Le contrat d’approvisionnement avec le chinois Synutra, qui a démarré avec trois mois de retard, va peser sur les résultats de l’exercice en cours, mais Jean-François Fortin, le d.g. de la coopérative, estime qu’il permet d’acquérir une expérience dans les produits pour le grand export, un marché qu’elle veut travailler. À l’avenir, la coopérative va poursuivre sa politique d’acquisitions de PME du secteur laitier, installer les produits à sa marque dans la grande distribution, et démarcher les pays éloignés déficitaires en lait. Mais la volatilité des cours du lait risque de compliquer la tâche de la coopérative qui ne pourra réitérer la rémunération exceptionnelle versée cette année aux coopérateurs.
Quelle est votre analyse des résultats du dernier exercice de la coopérative ?
Le chiffre d’affaires s’est monté à 1,8 milliard d’euros, un montant en légère progression par rapport à l’exercice précédent qui se situait à 1,7 milliard d’euros. La rentabilité a fortement baissé, passant de 13 millions d’euros à 2,7 millions d’euros. C’est une année au cours de laquelle nous n’avons pas pu, ou pas su, faire valoir les évolutions de prix des produits, ce qui a eu pour conséquences des marges plus faibles. L’exercice écoulé a surtout été marqué par la construction de l’usine de Méautis, qui remplace celle obsolète de Tribéhou, dans la Manche, et qui permet de servir le contrat que nous avons conclu avec l’industriel chinois Synutra. Environ 3 à 4 millions d’euros sont imputables à ce nouveau site de production.
D’un point de vie politique, l’année a été particulièrement difficile pour les producteurs en raison de la faiblesse du prix du lait. Pour assurer un revenu décent aux éleveurs membres de la coopérative, nous avons décidé de payer en moyenne 347,13 euros les 1 000 litres de lait, ce qui représente un montant supérieur de 30 % à la moyenne nationale. C’est la logique de la coopérative de le faire, et cela était possible cette année. Mais cela doit rester complètement exceptionnel et nous ne pourrons pas le refaire chaque année.
Comment se passe le démarrage de la nouvelle usine de Méautis ?
Le nouveau site de production de Méautis, qui doit livrer en année pleine 680 millions de briquettes de lait pour Synutra, a démarré sa production avec trois mois de retard. Le 1er avril, comme prévu dans notre plan de développement, nous étions prêts pour lancer la production, mais nous avons dû patienter jusqu’au 21 juin, date à laquelle nous avons fini par recevoir le feu vert des autorités chinoises pour faire entrer nos cargaisons dans le pays. Il ne s’agissait pas d’une question sanitaire, mais bien d’autorisation administrative pour diffuser les produits en Chine. Toute la montée en charge de la production est donc décalée. Nous envoyons actuellement chaque semaine 65 containers et nous allons parvenir progressivement à la vitesse de croisière de 110 containers par semaine au cours du premier semestre 2018. Les briquettes mettent environ deux mois par bateau pour arriver jusqu’à Shanghaï où elles sont stockées. Notre client constitue actuellement un stock suffisant pour lancer la commercialisation au grand public. Celle-ci est prévue pour le 5 octobre et sera accompagnée d’une campagne publicitaire locale.
Quelles sont les conséquences de ce décalage de production de trois mois ?
Nous aurons évidemment un impact négatif sur les comptes de l’exercice en cours, qui seront clôturés le 1er avril prochain. Cela représente une perte de chiffre d’affaires et des charges liées aux rémunérations des 100 salariés qui étaient embauchés pour le lancement de la production.
Quel est l’intérêt pour la coopérative de se doter d’un nouveau site de production ?
Tout a commencé par l’usine de Tribéhou qui était devenue complètement obsolète et que nous devions remplacer. Le site de Méautis était donc consacré avant tout à accueillir le beurre et le crème AOP Isigny Saint Mère qui étaient confectionnés à Tribéhou. Puis le contrat avec Synutra a permis de revoir le projet à la hausse. Aujourd’hui, un tiers du site est consacré aux lignes de briquettes pour la Chine, un tiers au beurre et à la crème et un tiers reste disponible pour de futures activités.
Quelles productions pourriez-vous lancer sur cette surface disponible ?
Nous n’avons encore rien d’assez abouti pour que nous puissions en parler. Mais le contrat avec Synutra nous apporte beaucoup. Nous maîtrisons désormais les produits longue conservation, avec une date limite de consommation de 6 mois à un an, alors que nous ne travaillions que des produits frais avec une DLC de 30 jours maximum. Nous possédons aussi le savoir-faire pour des produits infantiles dont la réglementation est très particulière. Enfin, nous sommes en mesure de confectionner des laits, nature ou aromatisés, mais aussi des desserts longue conservation.
À quels marchés pourraient être destinés ces produits ?
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Nous pensons à toutes les régions du monde où la population croît rapidement, qui sont et resteront encore longtemps déficitaires en lait et où le pouvoir d’achat progresse et permet aux ménages de s’offrir des produits laitiers de qualité. Si je veux être plus précis, je pense à l’Inde, à l’Afrique et à l’Amérique latine.
Le Ceta est une opportunité pour la filière laitière française. Comment comptez-vous en profiter ?
Nous exportons déjà de petites quantités vers le Canada, mais seulement des produits à forte valeur ajoutée et typiques, comme par exemple les produits AOP. Le Ceta est clairement une opportunité pour développer les ventes de ces spécialités dans ce pays. Mais c’est un marché très différent des pays émergents.
Vous avez annoncé l’année dernière le lancement de votre marque Campagne de France en grande distribution. Où en est ce projet ?
Nous sommes prêts, comme prévu, pour les négociations commerciales, avec des produits qui correspondent en tout point aux attentes des clients français : un lait produit par des éleveurs français, transformé dans notre pays et une marque qui appartient aux paysans. Nous venons d’ailleurs de revoir la charte graphique de la marque. Les premiers contacts avec les distributeurs sont positifs puisque deux d’entre eux, à l’heure actuelle, donnent l’impression de vouloir adhérer à notre démarche.
En parallèle, nous voulons développer les ventes en direct, via le e-commerce. Nous réalisons un test en ce moment dans le Nord pour proposer à nos clients professionnels nos produits par le biais d’une plateforme digitale. Cela facilite la prise de commande par les clients et cela peut aussi convaincre des prospects de se fournir chez nous. Nous pouvons en effet être très réactifs et livrer très vite grâce à notre réseau national de 120 points de vente de notre filiale France Frais. Après les professionnels, nous réfléchissons à nous adresser directement aux particuliers, toujours grâce au numérique.
Allez-vous poursuivre votre politique d’acquisition d’entreprises du secteur laitier ?
Nous allons en effet poursuivre notre politique d’acquisitions de transformateurs du secteur laitier via notre holding Evoling. Nous souhaitons nous renforcer en acquérant des PME spécialisées dans des produits de niche, qui répondent bien aux attentes des consommateurs d’une région, en particulier et qui nous permettent de développer notre catalogue de produits. Si nous avons réalisé des opérations seuls jusqu’à maintenant, nous pourrions à l’avenir nous faire accompagner d’un partenaire qui prendrait 49 %, et nous 51 %.
Qu’attendez-vous des États généraux de l’alimentation qui se tiennent actuellement ?
Il faut parvenir absolument à un partage plus équilibré de la valeur du lait entre les éleveurs, les transformateurs et les distributeurs. Il faut donc que chacun soit réaliste, fasse des efforts, regarde sa façon de produire et se détourne des postures fermées qui ne laissent pas de place à la discussion. Il faut en revanche éviter que cette répartition plus équilibrée de la valeur ne se transforme en une hausse des prix pour le consommateur final. J’espère en tout cas que les débats déboucheront sur des solutions concrètes.
Comment voyez-vous l’évolution du marché du lait à court terme ?
La volatilité des prix va se poursuivre et j’ai quelques craintes au sujet des prix de la poudre de lait qui pourraient s’effondre avec la fin de la politique d’intervention européenne qui doit arriver fin septembre. À l’échelle de notre groupe, il est assez difficile de prévoir comment va évoluer l’activité. J’espère que nous pourrons assurer aux éleveurs un prix de base moyen de 320 euros les 1 000 litres, hors prime de matière grasse et de matière protéique. Ce qui correspond à un montant proche de celui de l’exercice précédent.