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Syndicalisme Jean-Michel Lemétayer, l’homme du dialogue interprofessionnel

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La disparition soudaine de Jean-Michel Lemétayer, le 31 juillet, a créé un choc dans le monde agricole, professionnel et politique français. En plus d’une personnalité marquante et de ses fonctions nationales de premier plan, cet éleveur laitier de Vignoc, en Ille-et-Vilaine, avait été un ardent promoteur du dialogue interprofessionnel. Contribuant ainsi à faire de l’agriculture un monde mieux intégré dans la société.

Novembre 1997 : Jean-Michel Lemétayer, alors président de la Fédération nationale des producteurs de lait, obtient la signature, de la part des trois branches de la filière laitière, les industriels, coopératives et producteurs, d’un accord interprofessionnel sur le prix du lait dans le cadre du Cniel (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière). Un accord qui perdurera jusqu’à près de 2010, permettant, non sans difficultés certes, de fixer régulièrement, chaque trimestre, l’évolution du prix du litre de lait payé aux éleveurs. En 1997, Jean-Michel Lemétayer provoque ainsi une vraie révolution. Ce type d’accord n’était jusqu’à présent entré dans les faits que dans des interprofessions de dimension économique réduite (certains fromages) ou dans des filières suffisamment riches ou protégées de la concurrence (champagne).
Plus encore, les trois branches de l’interprofession fixent cette évolution en fonction de la valorisation des produits transformés (produits industriels internationaux, produits de grande consommation). Une décision qui n’est pas identique sur tout le pays mais qui sert de référence aux régions pour décider de leur propre évolution, en fonction du type de production et de transformation laitière.
Cet accord, c’est tout Jean-Michel Lemétayer : une orientation nationale mais une grande souplesse d’application sur le terrain. A tel point que toutes les entreprises y adhèrent, ou presque, chose impensable aujourd’hui : seul Lactalis, parmi les plus importantes, joue parfois les francs-tireurs mais finit la plupart du temps par se rallier au système. Quant aux syndicats agricoles minoritaires, ils critiquent le mécanisme, comme une soumission des agriculteurs aux impératifs industriels, mais la critique est bien discrète.
Il faudra attendre une lettre impérative du directeur de la DGCCRF (Direction de la concurrence et des prix), Bruno Parent, le 21 avril 2008, qui enjoint le Cniel de mettre un terme à l’émission de recommandations nationales d’évolution, pour que le système vole en éclats. La lettre est écrite à l’instigation du ministre du commerce de l’époque, Luc Chatel. Chargé de l’agriculture, Michel Barnier, tente vainement de recoller les morceaux. Mais le consensus qui existait dans la filière laitière ne sera plus retrouvé.
 
Un homme de filière à la tête de la FNSEA
Lorsqu’il se présente à la succession de Luc Guyau, en 2001, Jean-Michel Lemétayer dispose, comme atout n°1 de cette expérience d’homme de filière et d’artisan d’un système éprouvé de régulation. Son élection est d’ailleurs une des seules fois, dans l’histoire récente de la FNSEA, où un président d’association spécialisée prend la tête de la fédération nationale des syndicats. L’élection, ensuite, de Xavier Beulin, président de la Fop (fédération des oléagineux) et de Sofiprotéol confirmera cette tendance de même que l’importance du dialogue de filière. Plus que d’autres, il aura contribué à intégrer le monde agricole dans la société, allant même jusqu’à signer un accord de partenariat avec le Tour de France, convaincu que le Tour est une des plus belles présentations de la ruralité française.
De fait, lorsqu’il arrive aux commandes de la FNSEA (2001-2010), Jean-Michel Lemétayer présente une vision renouvelée du syndicalisme, vision avant tout économique et sociétale, se fondant notamment sur des relations de filière avec les transformateurs. C’est sous sa présidence, aussi, que se signe en octobre 2001 un accord de filière sur la viande bovine destiné à éviter un effondrement des prix dû à la crise de la vache folle. Un accord qui vaudra les foudres de Bruxelles et une lourde amende. Les Européens lui reprochent d’être discriminatoire à l’égard des importations. Cela ne lui sera pas reproché par les autres agriculteurs de l’Union puisque le Français est élu président du Copa (Comité des organisations agricoles de l’UE) en 2007.
 
Un syndicalisme économique
Jean-Michel Lemétayer mise l’essentiel de son action sur l’économique. Dès son arrivée et en 2004 notamment, à l’occasion du congrès de la FNSEA au Grand Bornand, il insiste sur le non-cumul entre mandats politiques et syndicaux, envisageant d’interdire, dans les statuts, le cumul entre mandat régional et syndical (le cumul entre mandat national et syndical est déjà prohibé). Le syndicaliste qu’il est aura sans doute plus manifesté auprès des grandes surfaces que des préfectures. Cela ne l’empêche pas de faire progresser le score de la FNSEA aux élections des chambres d’agriculture de 2007. Cependant, sa pratique des interprofessions ne va pas jusqu’aux distributeurs. Entre lui et son compatriote breton Michel-Edouard Leclerc, les relations n’ont jamais été bonnes. Jean-Michel Lemétayer reprochera toujours aux grandes surfaces la pression très forte qu’elles exercent sur l’amont, tant industriel qu’agricole. Et regrettera aussi, parfois, que le monde agricole, qui a si bien investit dans la transformation, la banque et l’assurance, n’ait pas réussi à prendre sa place dans la distribution.
 
Promouvoir l’alimentation française et bretonne
Intérêt pour la transformation et les filières, méfiance à l’égard des distributeurs, réserve vis-à-vis des politiques, les choix du président de la FNSEA après la fin de son mandat se dessineront rapidement. Il brigue et obtient la présidence de la Sopexa en 2009, cet outil quasi public de promotion des produits alimentaires devenu, par force, privé. Il continue aussi à veiller sur le Space, qu’il a contribué à fonder, épaulant son vieux camarade du syndicalisme des Jeunes agriculteurs, le commissaire général du Space, Paul Kerdraon. Et puis, dernier enfant chéri, le centre culinaire contemporain de Rennes qu’il a également contribué à créer, voulant redonnant des lettres de noblesse à la gastronomie bretonne et son savoir-faire. Ce qui ne l’empêchait pas de militer pour l’autre aspect de l’alimentation, celle qui nourrit les plus démunis, avec la création de Solaal, association de soutien aux associations caritatives spécialisées dans l’aide alimentaire aux plus démunis.

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