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Jean-Paul Bigard va quitter la présidence de Culture viande

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Le 24 septembre, le patron de Bigard a annoncé qu’il quittera la présidence du syndicat d’industriels de la viande, tout en restant aux manettes du groupe de Quimperlé. Un retrait qui coïncide avec la fusion en cours avec la Fedev, l’autre syndicat des métiers de la viande.

« C’est mon dernier discours » en tant que président de Culture viande. C’est par ces mots que Jean-Paul Bigard a annoncé sa retraite syndicale à l’occasion de l’assemblée générale de la fédération d’industriels de la viande, le 24 septembre à Paris. Pour l’heure, il resterait cependant président du groupe Bigard, indique-t-on de source syndicale. En 1997, Jean-Paul Bigard a succédé à son père à la tête du leader français de la viande, basé à Quimperlé. Classé 168e fortune de France en 2019 par Challenges, le patron de 70 ans est connu pour sa discrétion, inversement proportionnelle à son influence sur le marché (environ 40 % de la viande bovine française).

L’annonce de ce retrait coïncide avec la fusion en cours entre Culture viande (qui regroupe les « grosses » entreprises du secteur) et la Fedev (qui rassemble plutôt les « petites »). Ce rapprochement était annoncé pour début 2020, mais prend du retard pour des raisons de formalisme juridique, a indiqué Gilles Gauthier, le président de la Fedev, invité à l’AG de Culture viande. « Il ne faut pas que la période de doute et d’hésitation dure trop longtemps », a martelé M. Bigard, fixant le retard acceptable à « quelques semaines ». De son côté, Gilles Gauthier a insisté sur le caractère historique de cette fusion, car « cela faisait 25 ans qu’on ne se parlait pas. » À l’heure où la filière est remise en cause, la nouvelle structure permettra de « défendre nos métiers ensemble », a rappelé le président de la Fedev. Une réunion est prévue le 10 octobre.

« Le système de la grande distribution se grippe »

Le départ de M. Bigard intervient aussi dans un contexte économique incertain pour le secteur, entre baisse des achats des ménages et remise en cause de la consommation de viande. « Depuis trente ans, les grandes surfaces ont été la véritable locomotive du développement de la viande, a rappelé M. Bigard dans son discours devant l’assemblée générale de Culture viande. Mais aujourd’hui, le système se grippe. »

À quelques semaines du début des négociations commerciales annuelles, le président de Culture viande a mis la pression sur la grande distribution, demandant une revalorisation du steak haché. M. Bigard a aussi déploré la disparition des bouchers « dans certaines enseignes ». Ce qui pénalise notamment les viandes de veau et d’agneau, moins présentes dans l’esprit des consommateurs. Il y a « une corrélation entre la qualité du boucher, son professionnalisme, la file d’attente et le chiffre d’affaires du rayon », a pointé l’industriel.

Autre élément favorisant les achats en grandes surfaces : la présence d’éleveurs dans les magasins. « Chaque fois qu’un éleveur fait une animation, on passe un palier en termes de vente », remarque Thierry Meyer, responsable du porc chez Bigard. Les 150 éleveurs de porcs de la filière Label rouge Opale reçoivent une formation et réalisent des animations en magasin. « Chaque année, nous connaissons une progression à deux chiffres, alors que le rayon frais s’effrite », se félicite Thierry Meyer. Lancée en 2005, la filière représente aujourd’hui « 60 % du porc Label rouge en France » avec environ 450 000 bêtes abattues par an. Un succès qui a permis de « reverser deux millions d’euros à nos éleveurs pendant six mois lors de la crise du porc en 2015 », affirme M. Meyer.

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Segmentation, réassurance et imaginaire

L’AG de Culture viande était placée sous le signe des solutions pour « sortir de l’impasse économique » en répondant aux nouvelles attentes des consommateurs. Pour la filière viande, l’avenir passera par un savant mélange de proximité, de montée en gamme et de réassurance des consommateurs, estiment les professionnels. « Il faut que l’offre soit segmentée, c’est ce qui fera sa richesse", a insisté Jean-Louis Arquier, directeur de Tendriade (viande de veau). "La société et les consommateurs vont de plus en plus exiger que l’on soit vertueux. Nous devons afficher des réponses très précises », a-t-il résumé. Il était venu présenter sa nouvelle gamme « Les éleveurs de chez nous », qui propose, via un QR code sur chaque barquette, de découvrir l’éleveur à l’origine de la viande.

« Je crois beaucoup en l’origine France, elle rassure le consommateur, indique de son côté Florent Moulis, directeur des achats alimentaire de Sodexo. Mais, aujourd’hui, ce n’est plus suffisant. Nos clients nous questionnent beaucoup sur les pratiques d’abattage, sur ce que fait l’amont. » « Je crois que la clé, c’est de raconter une histoire autour du produit, lance l’économiste Jean-Marc Sylvestre (LCI). Le consommateur a besoin d’information rationnelle et d’imaginaire. » Une réponse immatérielle pour tenter de résoudre une crise bien concrète.

« Je crois beaucoup en l’origine France. Mais, aujourd’hui, ce n’est plus suffisant »

Viande bovine: la Confédération paysanne conteste la gestion d'Interbev

La Confédération paysanne a tiré, le 14 septembre, à boulets rouges sur l'interprofession des viandes et du bétail Interbev, dénonçant une «gabegie» dans sa gestion et l'absence d'actions destinées à soutenir des éleveurs en souffrance. En conséquence, elle réclame au ministre de l'Agriculture «de ne pas renouveler l'extension de la cotisation interprofessionnelle» que payent les éleveurs au bénéfice d'Interbev et de la rendre facultative, dans un communiqué. Rappelant avoir dénoncé en juin les «fastueux 40 ans d'Interbev», la Confédération paysanne a estimé que l'interprofession faisait preuve d'«inconséquence» dans la gestion de ses moyens de fonctionnement. «En 2018, Interbev a ainsi dépensé plus de 30 millions d'euros en communication, soit plus des trois quarts de son budget», déplore la Conf'. «Les accords et les actions, notamment de communication, ont été validés dans les formes prévues par Interbev. La communication est au coeur des actions historiques de l'interprofession et contenue dans le règlement communautaire qui fixe nos actions», a déclaré à l'AFP Dominique Langlois, président d'Interbev.