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Mutualité sociale agricole Jeannette Gros : un livre en guise d’adieux

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La présidente de la MSA n’est pas candidate à sa succession aux élections de janvier 2005. Avant de quitter son poste, qu’elle a occupé huit années durant, elle se livre dans un ouvrage de 175 pages à un vibrant hommage à la mutualité agricole et à ceux qui la font, contre les vents contraires du libéralisme et de l’individualisme. Loin de régler ses comptes, elle fait l’éloge d’une protection sociale de proximité, loin des schémas dictés « d’en haut », où les femmes tiennent un rôle de premier plan. Un ouvrage à la première personne du pluriel, où celle qui a redonné son honneur à la MSA montre toute sa modestie et sa foi intacte de militante.

Jeannette Gros l’a annoncé. Elle ne se représentera pas à la présidence de la MSA en janvier prochain. Dans son livre La protection sociale à cœur ouvert, elle a voulu dresser le bilan de ces huit années riches en turbulences et en réformes d’envergure. Ceux qui s’attendaient à une autobiographie ou à des réglements de compte en seront pour leurs frais. Le « je » et la rancœur sont quasiment absents des 175 pages de l’ouvrage. Il n’est pratiquement question que de protection sociale dans ce « manifeste » qui ressemble surtout à un récit des actions et combats menés au nom des plus modestes, et conjugué à la première personne du pluriel.

Le « nous » plutôt que le « je »

C’est bien « Je » qui « suis arrivée à la Caisse centrale en 1997 » mais c’est « nous » qui « avons essayé de reprendre le sauvetage de COREVA», le système de retraite complémentaire volontaire, qui a échoué. C’est « nous » qui « sommes partis en croisade pour rebâtir une retraite complémentaire, obligatoire cette fois ». Et c’est « nous » qui « avons continué à nous battre pour améliorer la situation de nos ressortissants les moins biens couverts ». Jeannette Gros ne croit pas à l’action solitaire et valorise systématiquement le rôle des élus de terrain, sans en citer aucun. Comme si l’action de chacun n’avait de sens que dans le projet mutualiste, qu’elle présente comme un rempart face à la déferlante individualiste, portée par le vent libéral. Le seul chapitre où elle se livre personnellement est celui consacré au rôle des femmes dans le monde paysan. « On a accusé le monde agricole, en particulier le monde paysan, d’être misogyne. C’est une réputation fausse. J’ai vécu exactement le contraire : je n’ai jamais eu de problème de vexation ou d’humiliation parce que j’étais une femme », explique celle qui s’est hissée à la tête de l’une des structures agricoles les plus importantes. « Quand une femme prend des responsabilités, il faut que dans le couple il y ait une grande générosité », confie-t-elle en guise de confidence. Rappelant que la MSA compte vingt et une présidentes de caisses, elle estime que les organismes qui se passent totalement de femmes et ne veulent régler les affaires qu’entre hommes « se mutilent un peu, parce qu’ils ont automatiquement une vision incomplète de la société ». Femme de tête et de conviction, Jeannette Gros aura durablement marqué la MSA. Son successeur, qu’il soit un homme ou une femme, aura certainement du mal à la faire oublier.

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*Le Cherche midi, 175 pages, 17 euros.