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Kiwi : troisième récolte décevante consécutive, inquiétude sur les ventes

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La récolte française de kiwis pour 2023-2024 devrait encore rester à un niveau faible, comme les deux précédentes. Les producteurs doivent lutter sur plusieurs fronts : renforcer la place de leur fruit dans les linéaires, lutter contre les parasites, gérer l’irrigation et agir pour le renouvellement des vergers.

Dans un contexte de recul européen de la production sur 2023-2024 (-4 % toutes variétés confondues, -6 % pour Hayward), et malgré de meilleurs calibres attendus, la récolte française de kiwi devrait être sensiblement identique en volume à l’année précédente : elle avait atteint alors 45 000 tonnes. C’est ce qu’a indiqué le Bureau interprofessionnel du kiwi (BIK) le 10 octobre à l’occasion d’un déplacement presse. En cause les intempéries du mois de juin, avec notamment des épisodes de grêles qui ont causé jusqu’à 100 % de dégâts et des épisodes de tempêtes qui ont arraché certains vergers du Sud-Ouest.

C’est la troisième année consécutive de récolte historiquement basse. La date de début de la récolte n’est pas encore fermement définie pour la variété Hayward (98 % des volumes français) car les producteurs espèrent un grossissement du fruit dans les prochains jours, pour atteindre d’encore de meilleurs calibres. Cependant, les chantiers devraient s’étaler entre le 1er et le 20 novembre.

Lutte pour que kiwi français garde sa place

Du côté des ventes, la saison 2022-2023 s’est globalement bien déroulée, mais une inquiétude s’est fait jour. « Pour la première année, les ventes ont reculé, en volumes et en valeur, relate Adeline Gachein, directrice du BIK. Si en saison, le kiwi français représente 80 % de l’offre, il n’est pas arrivé à dépasser ce niveau. Les débuts de campagne sont toujours délicats avec une distribution réclamant le produit français alors que celui-ci n’est pas encore à pleine maturité » . Un fruit plus cher, couplé à l’inflation, expliquerait la tendance. Si le kiwi hexagonal s’est renchéri, c’est aussi que les volumes de fruits francisés, c’est-à-dire un kiwi étranger estampillé français vendu moins cher, ont singulièrement baissé (ils ont pu représenter jusqu’à 15 % des volumes), grâce à l’action du BIK, très actif sur le sujet. « Du coup, on a vu automatiquement le renchérissement de notre kiwi », précise Adeline Gachein.

Pour lutter contre la francisation, l’interprofession travaille à la création d’une base de données sur les caractéristiques du kiwi français. « En 2021 et 2022, des échantillons de kiwi ont ainsi été récoltés pour voir s’il est possible de caractériser l’origine France des kiwis par des analyses. Encore deux à trois années seront nécessaires pour construire une base de données solide », explique la directrice du Bik. L’interprofession a par ailleurs saisi la DGCCRF le 5 octobre sur des ventes de kiwis d’origine européenne de variété hayward en sous-maturité (inférieur à 9,5°brix). Pour la filière kiwi française, de telles pratiques sont « inacceptables et de nature à totalement perturber le marché français », car susceptibles de provoquer le rejet du consommateur et « ainsi limiter les achats et saper la confiance du consommateur dans le produit, toutes origines confondues ».

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Dépérissement, eau et punaise diabolique

Le dépérissement des vergers français est aussi un sujet de préoccupation majeure pour la filière. Depuis 2020, il a entraîné la disparition de plus d’une centaine d’hectares en France. Depuis un an et demi, le BIK a mis en place une thèse ayant pour objectifs d’évaluer l’importance des facteurs entraînant le dépérissement (engorgement en eau par exemple), déterminer s’il est visible (facilitant le repérage) et d’étudier des solutions de remédiation ou de prévention pour les producteurs. Par ailleurs, une dynamique de plantations nouvelles est à souligner : « De nouveaux vergers entreront en production d’ici deux ans, ce qui permettra d’apporter des volumes supplémentaires », indique Christophe Gautheron, co-président du BIK.

Autre sujet de préoccupation ; le développement de la punaise diabolique depuis plusieurs années. Si son effet est pour l’instant limité sur le kiwi vert, l’insecte peut entraîner des chutes de fruits de 30 à 40 % en variété jaune. Pour le contrecarrer, la France est moins dotée que ses concurrents : « En Italie, trois molécules sont disponibles alors que nous n’en avons qu’une, et encore avec une dérogation 120 jours », regrette Christophe Gautheron. Des recherches menées dans le cadre du projet Polcka (régulation des punaises pentatomides en culture de choux, concombre, kiwi et aubergine) pourraient permettre un premier usage d’une guêpe parasitoïde en 2024. L’objectif à terme est de créer un modèle complet des pontes de la punaise diabolique, afin de permettre aux producteurs d’intervenir au juste moment en fonction de leur stratégie de lutte.

Enfin, l’irrigation est aussi matière à réflexion, le kiwi étant à la fois sensible à la sécheresse et à l’excès d’eau. L’utilisation de sondes capacitaires chez les producteurs a permis de réguler l’apport en eau. Une étude a été lancée en mai pour évaluer les effets de chaque système d’irrigation sur le système racinaire des vergers de kiwi. Les résultats pourront permettre de choisir au mieux selon les besoins du kiwi et les caractéristiques pédologiques de la parcelle. « Nous finançons environ 80 % des travaux de recherche à partir des contributions financières des 250 producteurs du BIK, rappelle Adeline Gachein. Et la particularité de notre organisation, c’est que la cotisation est basée sur les volumes ».

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