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Kronenbourg parie sur les innovations pour nourrir sa croissance

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Le brasseur d’Obernai, filiale de Carlsberg, a fait progresser ses ventes de 3,8 % l’année dernière, grâce à un été chaud et à la Coupe du monde, mais aussi à ses innovations dans les bières de dégustation, aromatisées et sans alcool. Il investit 45 millions d’euros en France pour augmenter les capacités de production et de stockage de son site alsacien.

Le brasseur d’Obernai, filiale de Carlsberg, a fait progresser ses ventes de 3,8 % l’année dernière, grâce à un été chaud et à la Coupe du monde, mais aussi à ses innovations dans les bières de dégustation, aromatisées et sans alcool. Il investit 45 millions d’euros en France pour augmenter les capacités de production et de stockage de son site alsacien.

L’investissement de 100 millions d’euros dans le site industriel d’Obernai (Bas-Rhin) avait été annoncé l’été dernier, mais c’est en 2019 que débute la première tranche. « Nous investissons cette année 45 millions d’euros dans une nouvelle ligne de production de bouteilles en verre d’une capacité de 500 000 hl et dans un agrandissement des capacités de stockage de 30 % », a déclaré Joao Abecasis, le p.-d.g. de Kronenbourg, filiale française de Carlsberg. Cette usine aux abords de Strasbourg représente une emprise foncière de 70 hectares, lui laissant assez de place pour s’agrandir encore. Avec ses 7 millions d’hectolitres produits chaque année, c’est la première brasserie de France (40 % de la production nationale) et le plus important site industriel du danois Carlsberg, sa maison mère. D’ici 2021, environ 40 millions d’euros supplémentaires seront investis dans la modernisation des onze autres lignes de conditionnement et dans les outils de filtration, puis une vingtaine de millions d’euros seront dépensés dans l’environnement, la sécurité et la santé.

Ces investissements vont permettre d’accompagner le développement de la brasserie qui a vu ses ventes en volume progresser l’année dernière de 3,8 % (+4,5 % en GMS, +1,1 % en consommation hors domicile) pour un chiffre d’affaires qui atteint 972 millions d’euros.

Parmi les facteurs explicatifs de cette progression, Kronenbourg avance un été chaud, la Coupe du monde de football, et plus globalement une tendance favorable à la consommation de bière en France. « Depuis cinq ans, les Français apprécient de plus en plus la bière, et presque autant que le vin », souligne Joao Abecasis. Selon lui, les consommateurs aiment la variété, les goûts nouveaux et l’offre élargie qu’on peut trouver aujourd’hui en France.

l’élargissement de l’offre avec l’année dernière, 29,2 % des bières vendues par l’industriel qui étaient soit sans alcool, soit aromatisées, soit de dégustation (10,2 % en 2010). Le produit sans alcool de Kronenbourg, Tourtel Twist, est un vrai succès avec une croissance de 30 % en 2018. Cette marque est le leader en France des bières sans alcool avec 70 % de Kronenbourg s’inscrit dans cette tendance à parts de marché. Désormais, 7 % du chiffre d’affaires de Kronenbourg sont réalisés avec les produits sans alcool. Quant à Grimbergen, elle a connu une hausse de ses ventes de 12,7 % en une année. Les innovations des cinq dernières années représentent un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros (12,1 % du chiffre d’affaires total) pour Kronenbourg.

Un portefeuille transformé par les petites marques

« Ces deux marques portent la transformation du portefeuille de Kronenbourg qui va se poursuivre en 2019 », annonce le p.-d.g. de la branche française de Carlsberg. Le brasseur lance dans les semaines à venir trois nouveautés sur les segments en croissance : Tourtel Twist pêche, Grimbergen Pale Ale et Skoll Moscow Mule. L’année dernière, le brasseur avait lancé une Skoll Caïpiroska, une Grimbergen Héritage de l’abbaye et une Tourtel Twist citron vert et menthe. Les innovations de Kronenbourg animent toute la catégorie des bières en grandes surfaces : 45 % du volume des innovations liquides en 2018 étaient portés par le brasseur alsacien.

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A côté des investissements dans l’outil industriel, Kronenbourg veut aussi améliorer ses approvisionnements pour couvrir toute la chaîne de production, « de l’épi au demi ». Pour les 5 prochaines années, le brasseur va ainsi investir 300 000 euros auprès de son fournisseur de céréales, le Comptoir agricole. But : encourager la recherche variétale pour obtenir des nouvelles variétés de houblon plus productives à l’hectare. « En France, nous cultivons 500 hectares de houblon, mais la filière brassicole aurait besoin de 5 fois plus de surface pour couvrir ses besoins », souligne Joao Abecasis. Kronenbourg achète 97 % de ses céréales en France, soit 80 000 tonnes par an.

À l’autre bout de la chaîne de fabrication, le brasseur veut aussi améliorer son impact sur l’environnement. Il s’est ainsi engagé à utiliser uniquement des bouteilles issues de verre recyclé en 2030, avec un premier palier à 90 % en 2022. Il a aussi noué un partenariat non capitalistique avec une start-up, Uzer, qui a mis au point Eugène, une appli qui facilite le tri pour les consommateurs en fonction du type d’emballage et de l’endroit où il se trouve. Kronenbourg va notamment s’assurer que ses références sont bien enregistrées dans la base de données d’Eugène.

Kronenbourg s’intéresse aux petits brasseurs

Si le géant Kronenbourg et ses 28,1 % de parts de marché en grandes surfaces en France en 2018 (source Iri en HM, SM, HD, drive et proxi) ne souhaite pas prendre le contrôle de petits brasseurs, il n’empêche qu’il suit de près les évolutions du tissu industriel. Les petites brasseries, très nombreuses avant la Seconde guerre mondiale (3 300 brasseries à cette époque) avaient presque disparu dans les années 1980, puisqu'on n'en comptait seulement 23 dans l’Hexagone.

Mais les choses ont bien changé avec aujourd’hui 1 600 "petites" brasseries, même si l'une d'entre elles, celle d'Obernai sort du lot, en produisant 40 % des volumes en France. Ces petites brasseries ont été à l’origine de la variété de l’offre qui a été le moteur du retour des clients vers la bière. Kronenbourg a choisi de lancer ses petites marques pour répondre à ces nouvelles attentes des clients, mais il a aussi noué des partenariats avec des petits brasseurs voulant mieux distribuer leurs produits. Il distribue déjà le corse Pietra, la Brasserie du Pays Basque, Brooklyn Brewery et Guinness. Cette année, c’est la Brasserie du Castellet (marque Fada) qui vient de rejoindre Kronenbourg pour bénéficier de son réseau de distribution.

CB