Kronenbourg annonce la cession de sa brasserie de Champigneulles, dont la production est passée de 3 millions d’hectolitres de bières en 2000 à 1,6 million l’année dernière. Le brasseur, qui affiche 893 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie au total 1 670 personnes, propose aux 190 salariés du site une mutation dans l’Hexagone. Et notamment vers son usine d’Obernai, qui devrait voir ses volumes atteindre 8 millions d’hectolitres. Aux éventuels repreneurs, Kronenbourg propose la spécialisation dans la production de bières MDD, une activité déjà présente sur le site, qui devrait permettre de maintenir 45 à 90 emplois.
L’annonce n’a surpris personne. La brasserie de Champigneulles est un poids dont Kronenbourg a décidé de se séparer. Avec une production en chute libre depuis 2000, le site est désormais « exploité à moins de 50 % de sa capacité », affirme la société strasbourgeoise. Pour preuve, les volumes de bière produits dans l’usine sont passés de 3 millions d’hectolitres à 1,6 million cette année. Propriété du brasseur britannique Scottish & Newcastle (voir encadré), Brasseries Kronenbourg a donc « présenté aux représentants du personnel un projet de cession » de ce site de Meurthe et Moselle.
Un avenir sous le signe des MDD
« On s’y attendait, c’était inévitable », reconnaît Stéphane Lardy, secrétaire fédéral FGTA-FO. Sur les 260 personnes employées actuellement sur le site, 70 ont déjà accepté d’être transférées prochainement sur le site d’Obernai, principale brasserie de la société. Pour les « 190 salariés présents sur le site fin 2006 », le leader français de la bière (38% de parts de marché) propose trois solutions : une mutation géographique en France, le transfert d’une centaine d’entre eux à Obernai, et enfin le maintien de 40 à 95 emplois à Champigneulles, grâce à une possible reprise. Selon Kronenbourg, l’activité pourrait s’y poursuivre via la production de bière pour marques de distributeurs, en direction de la grande distribution comme du hard-discount. « Les études menées indiquent la possibilité d’exploiter durablement le site selon un modèle économique correspondant à la fabrication » de ce type de produit. Et pour soutenir l’argument, la société est prête à laisser à tout candidat les volumes de MDD actuellement produits sur le site.
Le site d’Obernai « plus importante brasserie d’Europe »
Ainsi Kronenbourg (893 millions d’euros de chiffre d’affaires pour au total 1 670 personnes) compte muer son site d’Obernai en « plus importante brasserie d’Europe », qui concentrerait la production de toutes les marques de bière de l’entreprise avec un volume qui atteindrait les 8 millions d’hectolitres (dont 1,4 million rapatriés de Cham-pigneulles). Cette concentration de ses sites de production, débutée il y a près de quatre ans, reflète la conjoncture d’un marché durement touché par l’évolution des habitudes de consommation.
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Baisse de 16 % de la consommation ces huit dernières années
Suite au renforcement de la réglementation et des campagnes de prévention anti-alcool, les ventes de bière dans l’Hexagone ont baissé de près de 16 % ces 8 dernières années. Le développement des marques de distributeurs dans les linéaires des grandes surfaces a aussi sa part de responsabilité : elles ont touché de plein fouet les marques d’entrée de gamme du marché des bières blondes classiques, à l’instar de Kanterbräu – première production du site de Cham-pigneulles – dont les ventes ont diminué de près de 8 % au cours des huit dernières années.
Miser sur le haut de gamme
Face à ces tendances de fond, tous les grands brasseurs cherchent à réduire leurs effectifs dans l’Hexagone : InBev annonçait il y a peu la suppression de près de 300 postes, Heineken plus de 200… Kronenbourg n’y échappe pas. Pour sa part, le brasseur aurait logiquement choisi de concentrer ses efforts sur ses marques Kronenbourg et 1664, placées dans le trio de tête sur le marché français. Avec le lancement d’une bière « Pur Malt » et la promotion de ses marques en RHF Cf. Agra alimentation n°1908 du 8 décembre 2005, p.33, le brasseur mise clairement sur le haut de gamme… et se laisse jusqu’en juin pour trouver à sa brasserie de Cham-pigneulles un repreneur.