Les 17 pays membres du groupe de Cairns réunis à Carthagène en Colombie ont indiqué qu’ils n’accepteront pas d’accord sur le cycle de Doha sans un arrêt des mesures protectionnistes des pays développés. Soulignant que l’UE n’est pas une forteresse, contrairement à l’image que l’on répand à tort, Mariann Ficher Boel, commissaire à l’agriculture, a affirmé « qu’il n’est simplement pas acceptable de pénaliser ceux qui ont réformé leur politique agricole, tandis que ceux qui n’ont pris aucune initiative dans ce sens sont dispensés de critique ».
« Nous ne sommes pas disposés à accepter un accord ne mettant pas un terme aux obstacles qui empêchent un accès réel aux marchés », a déclaré le ministre australien du Commerce, Mark Vaile, président du groupe Cairns dont la 23e réunion des ministres de l’agriculture s’est tenue du 30 mars au 1er avril. Selon lui, les pays du groupe de Cairns (Afrique du Sud, Argentine, Australie, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Indonésie, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Paraguay, Philippines, Thaïlande et Uruguay), sont d’accord pour des avancées rapides permettant de terminer les négociations du cycle de Doha, ouvertes au Qatar en 2001 mais mises en sourdine après l’échec du sommet de l’OMC en 2003 à Cancun au Mexique.
De son côté, le ministre colombien de l’Agriculture, Andrés Felipe Arias, a insisté sur la nécessité de fixer rapidement une date définitive pour l’arrêt des subventions aux exportations agricoles par les pays développés, les Etats-Unis, l’Europe et le Japon.
Pour sa part, Mme Fischer Boel a indiqué à Carthagène que l’UE est prête à réduire ses droits tarifaires à l’importation comme prévu dans l’Accord Cadre de juillet 2004, « mais veut aussi pouvoir exclure un certain nombre de produits sensibles et maintenir le mécanisme de clauses de sauvegarde spéciale».
En ce qui concerne les soutiens internes, la commissaire à l’agriculture a précisé que l’UE était disposée à accepter des réductions substantielles dans les cas de distorsions commerciales. « Mais, de nouveau, notre volonté de coopérer n’est pas sans limite. Nous combattrons toute tentative visant à changer le contenu de la boîte verte », a-t-elle déclaré…
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« Les positions de l’UE et du groupe de Cairns sont beaucoup plus proches sur la concurrence à l’exportation», a-t-elle poursuivi ». Selon elle, « les efforts réalisés par l’UE pour mettre l’élimination de toutes les restitutions à l’exportation sur la table des négociations ont été reconnus ». « Cependant, a ajouté Mme Fischer Boel, en échange de l’abandon des restitutions à l’exportation, nous voulons un parallélisme total entre tous les instruments de soutien à l’exportation, à savoir les crédits à l’exportation, les entreprises à commerce d’État et les mesures d’écoulement des excédents déguisées en aide alimentaire qui ne sont pas compatibles avec le libre-échange ».
Enfin, Mme Fischer Boel a déclaré qu’elle ne pouvait repartir de Carthagène sans évoquer l’importance pour l’UE de la question de la protection des indications géographiques (IG).
Lors d’une réunion des représentants des États membres à Bruxelles, au sein du Comité 133 (commerce internationale) début avril, la France a demandé à la Commission européenne si les avis juridiques figurant dans le panel sur les IG rendu par le comité d’arbitrage de l’OMC Voir N° 2999 du 21/04/05 pouvaient être utilisés en tant qu’arguments dans les négociations multilatérales en cours. L’importance de ce panel a été soulignée par la Commission, qui a insisté sur la nécessité de poursuivre activement les travaux sur les IG dans le contexte du cycle de Doha. La Commission a mis en avant le fait que le panel de l’OMC permet à l’UE de maintenir un système de protection des IG et reconnaît la possibilité pour une indication géographique de coexister avec une marque commerciale. Selon Bruxelles, en dépit de ce que souhaitent les Etats-Unis et l’Australie, le panel confirme la légalité des IG et ne fait pas prévaloir les marques sur les IG au sein du Conseil de l’OMC sur la propriété intellectuelle (Trips).