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Réforme de la Pac La baisse de production chez nos voisins profiterait à la France

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Le fait que la France ait opté pour le recouplage partiel alors que ses voisins ont choisi le découplage total doit permettre à la France de leur prendre des parts de marché. C’est ce qui est ressorti d’une table ronde, le 19 janvier à l’Académie d’agriculture, sur l’application de la réforme de la Pac dans les Etats membres. Les représentants britanniques, allemands et néerlandais le reconnaissent mais se félicitent de cette réforme. Ils partagent avec les responsables français l’inquiétude quant à l’avenir du financement de la Pac.

Lors d’une séance à l’Académie d’agriculture sur la réforme de la Pac le 19 janvier, Ludwig Sättler, premier conseiller à l’ambassade d’Allemagne en France, a expliqué qu’une étude d’un institut de recherche allemand montre que les exploitations laitières intensives allemandes vont perdre jusqu’à 20 % de leur revenu. « Cela devrait toucher 40 % des exploitations laitières », a-t-il précisé. « Les producteurs de viande seront aussi perdants, de même que les producteurs de maïs, a-t-il ajouté. Nous allons sans doute donner le marché aux Français ». Bruno Hot, directeur de la DPEI au ministère de l’Agriculture, a indiqué que les Italiens, qui ont opté pour le découplage total, ont estimé que la production de blé dur en Italie devrait baisser de 30 %. De même, les Irlandais s’attendent à une baisse de production de viande de 20 à 30 %. « Nous avons une chance de prendre des parts de marché des autres Etats membres, avoue-t-il. Le recouplage a pour but de maintenir une production pour fournir les industries agroalimentaires françaises ». « Mes arguments sont opposés à ceux de Bruno Hot, a répondu Ludwig Sättler. L’Allemagne a renforcé le découplage afin de favoriser le marché et maîtriser la surproduction. Avec le découplage, chacun fait ce qu’il veut. Au contraire, un producteur de vaches allaitantes en Auvergne risque de perdre de l’argent en continuant de produire ». « Les zones agricoles sont peut-être plus homogènes en Allemagne ce qui permet de remplacer facilement une production par une autre, a rétorqué Bruno Hot. Ce n’est pas le cas de la France et nous devons gérer sa diversité de paysages et de terroirs ».

La réforme que les Anglais attendaient

On le voit, l’interprétation de cette réforme de la Pac se révèle complètement différente de part et d’autre du Rhin. Le Britannique Edmund Neville-Rolfe, correspondant de l’Académie pour la Grande-Bretagne, et le Néerlandais Leo Braakenburg, attaché agricole auprès de l’ambassade des Pays-Bas en France, partagent la même vision que l’Allemagne. « C’est la réforme que nous attendions depuis 40 ans », lance le Britannique. Leo Braakenburg insiste quant à lui sur le fait que, pour trouver un compromis dans l’adoption de cette réforme, il a fallu créer des exceptions pour chaque Etat membre. « Malgré tout, le financement lui, continue de venir de Bruxelles », a rappelé le représentant allemand.

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Grave interrogation sur le financement futur de la Pac

Michel Jacquot, ancien directeur du Feoga, a mis en garde : « La Pac va dépendre des discussions sur les perspectives financières de 2007 à 2013. L’accord de 2002 ne permettra pas d’aller jusqu’en 2013. Il faut être vigilant : si chaque Etat membre a ses propres mécanismes de distribution des aides, je ne pense pas qu’il y aura un financement commun ». « Les prochaines réformes de la Pac se réaliseront sous contrainte budgétaire. Le prochain élargissement aussi. Cela nécessitera une réduction des aides Pac à partir de 2008-2009. C’est ce qu’on appelle la dégressivité », a ajouté Leo Braakenburg, de l’ambassade des Pays-Bas. Autre inquiétude de Michel Jacquot : « Le but de la réforme est d’arriver dans de bonnes dispositions à l’OMC, de sorte que nos aides puissent entrer dans la boîte verte. Le recouplage à la française va-t-il recevoir la bénédiction de la boîte verte ? Personnellement, je ne le pense pas !» La France devra-t-elle, bientôt, revoir sa copie ?