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Grandes cultures La baisse des cours est amorcée

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La récolte mondiale record pèse sur les cours mondiaux, malgré une consommation qui reste importante. La France aura probablement du mal à tirer son épingle du jeu en céréales, compte tenu d’une récolte de qualité moyenne et de la forte concurrence exercée tant au niveau des Vingt-sept que des pays du pourtour de la mer Noire.

«Cette année, on part à l’envers ». Une parole de courtier qui résume plutôt bien les changements survenus en un an dans le marché des céréales. Alors qu’à la même époque l’an passé, la tonne de blé tendre gagnait presque 5 euros par jour, elle en perd aujourd’hui quasiment autant. Le record de 300 euros/tonne enregistré durant quelques heures sur Euronext le 5 septembre 2007 n’est pas prêt de se reproduire. Depuis la mi-août, les cours du blé tendre sont orientés à la baisse, et au 3 septembre, la tonne de blé tendre rendu Rouen ne valait que 176 euros. Si ce chiffre fait triste figure par rapport à l’an passé, il reste encore très éloigné des 101,31 euros/t de l’ancien prix d’intervention. Mais attention : la baisse n’est probablement pas terminée, et plusieurs courtiers estiment que les cours pourraient descendre autour de 150 euros la tonne. Pourquoi un retournement si rapide ? Parce que le monde n’a jamais produit autant de céréales qu’en 2008. L’offre s’est très vite ajustée à la demande croissante, les agriculteurs choisissant d’ensemencer un maximum de terres avec du blé. Des conditions climatiques globalement favorables partout sur le globe sont venues renforcer l’effet « surface ».

Une demande toujours forte

Selon les dernières prévisions du CIC (Conseil international des céréales) publiées le 29 août, la récolte mondiale monterait à 1,749 milliard de tonnes, contre 1,687 milliard en 2007. Dans son rapport du 12 août, le département américain de l’Agriculture envisageait même une récolte de 1,759 Mt. Cette moisson record ne va toutefois pas régler toutes les tensions. La population comme le niveau de vie continuent d’augmenter dans les pays d’Asie, et des pays traditionnellement importateurs comme le Maghreb auront besoin de marchandise. Le Maroc, par exemple, ne va récolter que 3,8 Mt contre 6,3 Mt en 2006 et restera acheteur pour 3,4 Mt. Au total, le volume des importations de blé dans le monde monterait à 114,7 Mt, contre 109,1 Mt en 2007/2008. Les stocks devraient rester fragiles, atteignant tout juste 300 Mt en fin de campagne selon le CIC, une valeur qu’ils dépassaient allégrement en 2004/2005 ou en 2005/2006. En maïs, le conseil pronostique même une baisse, à 112 Mt contre 127 Mt en 2007/2008.

Concurrence intra et extra communautaire

Dans ce contexte, la France aura fort à faire pour commercialiser sa récolte. Ne serait-ce que parce que ses voisins s’en sortent plutôt bien. Pour preuve, la récolte européenne de blé s’affiche à 304 Mt contre 256 Mt en 2007, et celle de maïs est également prévue en nette progression, à 71 Mt contre 55 Mt l’an passé. Aucun des Vingt-sept n’affichant de résultats catastrophiques, les besoins seront probablement plus limités et la concurrence bien plus forte. D’autant plus que les blés français n’ont que peu d’atouts dans leur manche. « Nous avons de bons petits blés mais rien d’exceptionnel », remarque un courtier du Nord-Pas-de-Calais. Difficile de lutter contre les blés très protéinés des pays baltes, par exemple. Jusqu’à présent, le rapport qualité-prix de l’Hexagone n’était pas à la hauteur. Malgré les coûts de transport, les blés suédois ou anglais se sont montrés très compétitifs sur la Belgique ou les Pays-Bas. Selon plusieurs sources, les premiers chargements de blé fourrager anglais seraient arrivés en Bretagne. Les blés ukrainiens constituent par ailleurs une vraie menace, même si 60 à 70 % de la récolte semble classé en fourrager. Le pays a retrouvé une récolte normale, à 22,5 Mt contre presque moitié moins en 2007. Et il sait être agressif à la vente

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Du maïs encore dans les silos

Ce ne sera pas plus simple en maïs. Là aussi, la concurrence fait rage, la Hongrie retrouvant une récolte correcte de 8 Mt après une année de disette à 4 Mt. S’ajoutent à cela les stocks français de la campagne 2007/2008. « En règle générale, les opérateurs étaient habitués à voir le cours du maïs monter en été du fait de la soudure entre les deux campagnes, explique un courtier du Centre-Ouest. Mais cette année, où de vieux maïs étaient encore disponibles dans les silos portuaires, ça n’a pas du tout été le cas ». De fait, le cours de la céréale rendu Bordeaux a chuté de 200 euros/t début juillet à 155 euros/t début septembre. La concurrence est d’autant plus dure que les pays importateurs de l’Union n’ont pas cessé leur commerce avec les pays tiers. Bruxelles a déjà délivré 1,287 Mt de certificats d’importation en maïs, un chiffre légèrement moins élevé que les 1,456 Mt attribuées à la même époque en 2007.

La volatilité appelée à demeurer

La France s’est pourtant bien débrouillée en tout début de campagne, vendant vers l’Algérie, le Maroc et l’Iran. Mais elle a raté des appels d’offre vers l’Egypte. Certains s’inquiètent déjà d’un éventuel stock de fin de campagne qui plomberait les cours.

Une chose est sûre : la campagne de commercialisation promet encore une fois d’être émaillée de rebondissements. Une reprise du dollar par rapport à l’euro pourrait par exemple dynamiser les exportations européennes. La financiarisation des marchés à terme, le développement des transactions électroniques, l’expansion des contrats à prime, qui consistent à valider une transaction sans en fixer le prix, peuvent aussi faire en partie oublier les fondamentaux. De quoi continuer à donner des sueurs froides aux opérateurs. Si baisse des prix il y a, cela n’empêchera pas la volatilité de rester forte.