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Crise alimentaire La baisse des investissements dans l’agriculture en cause

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La crise alimentaire mondiale est surtout due à un moindre investissement dans l’agriculture au cours de la dernière décennie, ont développé le 28 mai Bernard Bachelier, directeur de Farm, et Gwenaël Éliès, consultant français à Londres et connaisseur de l’industrie sucrière.

«La situation actuelle est le résultat d’une décennie de désinvestissement et de désintérêt des politiques économiques pour l’agriculture dans le monde », a déclaré Bernard Bachelier lors de cet « atelier thématique », auquel était invitée la presse, et organisé par la filière de l’éthanol. Il s’agissait pour cette dernière de montrer, autrement que par une attitude défensive, la crise alimentaire a des causes plus profondes que celles qui apparaissent au premier abord.

La hausse des rendements céréaliers se ralentit

De 1961 à 1999, les rendements céréaliers ont augmenté de 2,5 % par an dans les pays en développement. Depuis la fin des années 1990, la progression des rendements dans ces pays est tombée à 1,1% par an. Les milieux économiques et politiques de ces pays ont pris pour habitude d’importer à bas prix plutôt que de faire appel aux marchés locaux. La hausse actuelle des prix peut profiter aux agriculteurs locaux, à condition qu’elle leur soit transmise, ce qui n’est pas forcément le cas, a poursuivi le directeur de Farm.

Il plaide pour un investissement massif du monde industrialisé dans les cultures vivrières, notamment en Afrique de l’Ouest, pour relancer les productions alimentaires.

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L’éthanol n’empêche pas les cours du sucre de baisser

Gwenaël Éliès a signalé quant à lui que 80% de la fonte des stocks céréaliers mondiaux au début des années 2000 est imputable à la politique céréalière chinoise. La production céréalière chinoise a plongé au début de la décennie.

Il a montré que le blé, céréale qui est dans l’œil du cyclone des hausses mondiales, n’est utilisé qu’à hauteur de 0,6% pour la production d’éthanol. Pour le maïs, certes 10% de la production mondiale sont dédiés à l’éthanol, mais la hausse de la production américaine a plus que compensé le détournement pour la carburation. À telle enseigne que les États-Unis ont maintenu à un niveau élevé leurs exportations.

Enfin, les deux plantes saccharifères que sont la betterave et la canne, sont certes les plus concernées par les industries d’éthanol, puisque 20% de la production de betterave et de canne est affectée à la production d’alcool. Mais la détournement vers l’éthanol ne semble pas avoir d’effet haussier sur les prix : on constate au contraire une baisse des cours mondiaux du sucre depuis 2005 : 180 dollars la tonne fin 2005, 130 dollars en mars 2008.