Confrontée à des baisses de rendement depuis l’interdiction des épandages aériens en 2014, qui l’empêche de lutter efficacement contre la cercosporiose noire, la filière antillaise a abandonné, faute de succès commercial, la variété résistante Pointe d’or, avec laquelle elle souhaitait construire une filière bio. Elle s’attend à disposer de variétés NBT résistantes d’ici « trois à quatre ans ».
À l’occasion d’une conférence de presse le 26 février au Salon de l’agriculture, les groupements de producteurs antillais de bananes de l’UGPBan ont annoncé avoir renoncé à leur projet de filière bio associée à la variété Pointe d’or. Résistant à la cercosporiose noire, ce bananier développé par le Cirad avait été implanté depuis 2020 sur 40 ha en vue de développer une filière bio. « Nous avons fait des essais avec Carrefour, mais nous avons abandonné fin 2022 », a annoncé Pierre Monteux, directeur général de l’UGPBan. Les essais en rayons se seraient révélés non concluants en raison de la couleur de la banane, jaune avant d’être mûre, virant vers le noir à maturité, ont expliqué les professionnels. La variété serait par ailleurs très fragile.
Une occasion ratée de reconquérir un marché qui lui a jusqu’ici toujours échappé. En France, les bananes bio proviennent presque exclusivement de l’étranger. Les professionnels français sont d’ailleurs souvent à l’offensive contre cette filière. Après avoir affiché le message « la Banane française, mieux que bio c’est possible » lors du Sia 2018, l’UGPBan avait notamment perdu le procès qui l’opposait aux importateurs de bananes bio étrangères. Ce marché aurait légèrement reculé en raison de l’inflation, après avoir atteint 15 % des ventes dans les grandes surfaces françaises, selon l’UGPBan.
NBT d’ici « trois à quatre ans »
L’avenir n’est visiblement plus à la banane bio dans les Antilles, il serait plutôt dans les NBT. Car la cercosporiose noire grève également les rendements du conventionnel, depuis l’interdiction des épandages aériens en 2014. Lors de cette même conférence de presse, les dirigeants de l’UGPBan ont indiqué qu’ils espéraient que des plants résistants soient disponibles d’ici « trois à quatre ans ». « Nous espérons beaucoup de la recherche variétale, il existe une voie très prometteuse avec les NBT, a indiqué le directeur de l’UGPBan, Pierre Monteux. Plusieurs laboratoires travaillent dessus, nous espérons qu’un plant résistant sera prêt d’ici trois à quatre ans. »
Une fois disponible, la filière prévoit de renouveler l’intégralité de sa sole (7 000 hectares) en trois à quatre années. Pour cela, il faudra que la réglementation autorise ces variétés en France. Le Parlement européen a adopté, le 7 février, sa position sur la réforme de l’encadrement des NBT. Les producteurs de bananes s’attendent à une entrée en vigueur de la réglementation d’ici deux ans.
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Grâce aux rendements attendus de ces variétés, la filière espère revenir à un niveau de production de 250 000 t (contre 200 000 tonnes attendues en 2024). De son côté, le gouvernement australien a délivré mi-février la première licence de commercialisation pour une banane de variété Cavendish génétiquement modifiée pour résister à la maladie TR4 (maladie de Panama). Cette initiative est regardée de près par les Antillais, pour évaluer la persistance dans le temps de la variété.
D’ici là, l’UGPBan espère également obtenir la réautorisation de l’épandage par drone. La loi Egalim avait instauré une expérimentation similaire de trois ans qui s’est achevée en 2022. La filière banane avait travaillé avec l’Institut français du vin (IFV) sur des expérimentations, dont les résultats seraient probants pour leur production, rapportent-ils. En 2023, les sénateurs avaient voté en faveur d’une nouvelle expérimentation, et le ministre de l’Agriculture s’y était montré favorable. Un extrait de projet de texte de la loi d’orientation agricole (LOA) récemment diffusé par le Modef inclut d’ailleurs cette disposition.
L’épandage de pesticides par drone est interdit à l’échelle européenne depuis 2009. En début d’année, une députée d’extrême droite de l’Hérault a déposé, en 2023, une proposition de loi pour le réautoriser en France sur fortes pentes – qui n’a pas encore été examinée. Ce retour est notamment demandé par la filière viticole afin d’éviter les accidents liés aux retournements d’engins d’épandage terrestres sur fortes pentes.