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Dominique Amirault, président de la Feef « La bataille pour récupérer les linéaires perdus va être âpre »

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Si les marques nationales et les marques de distributeurs ont vu leurs ventes s’envoler dans les grandes surfaces à l’occasion du confinement des Français, les marques de PME ont plus de mal à s’en sortir face à des consommateurs, et des distributeurs, qui ont récemment privilégié les produits les plus vendus et les plus accessibles en termes de prix. Dans ce contexte difficile, Dominique Amirault, président de la Feef, fait le point sur les difficultés éprouvées et anticipées par les PME. Selon lui, celles qui ont le plus misé sur le RSE sont les mieux armées pour passer ce moment délicat.

Quelles sont les principales conséquences de la crise du Covid-19 pour les PME ?

La crise a d’abord entraîné une désorganisation brutale de la production et de la logistique, liée notamment à l’absentéisme du personnel de production, aux ruptures d’approvisionnement… se traduisant par une baisse de la productivité chez les PME. Beaucoup de PME connaissent également une très forte baisse de leurs ventes et de leur chiffre d’affaires, et donc des difficultés de trésorerie. Enfin, l’arrêt des commandes en RHD et le ralentissement de l’export a réduit les débouchés commerciaux des PME entraînant des pertes d’exploitation importantes.

Quelles solutions mettent-elles en place ?

Grâce à leur agilité, les PME ont su réagir et s’adapter très vite pour réorganiser leur production et assurer la continuité de leur activité. La priorité a été de mettre en place les mesures sanitaires nécessaires à la sécurité des salariés. Il faut également être en veille permanente pour suivre l’évolution de la situation en termes d’approvisionnement et évaluer les risques de rupture. En termes de production, certaines PME ont dû aller à l’essentiel et prioriser les formats, les produits, en fonction de la demande des distributeurs. En revanche, pour les PME dont le stock n’a pas trouvé preneur, notamment en RHD, le don a permis d’éviter le gaspillage alimentaire et de participer à la solidarité nationale.

Dans quelle mesure sont-elles fragilisées pour la situation actuelle ?

En premier lieu, elles ont été fragilisées car les distributeurs, pour parer à l’urgence, se sont concentrés sur les produits stratégiques et à fort volume, entraînant une suspension de commandes sur les références à petites rotations, c’est-à-dire les marques PME. Cela représente un manque à gagner important pour ces industriels. Cela pose également des questions sur l’après car elles auront probablement des difficultés pour réinstaller sur les linéaires des distributeurs les produits qui auront disparu et ce d’autant plus avec des forces de vente par nature limitées chez les PME. Le manque de visibilité sur les modalités du déconfinement et le rallongement des délais de paiement contribuent également à nourrir un climat d’incertitude pour les PME. De manière générale, elles sont fragilisées car les dirigeants de PME sont isolés. C’est d’ailleurs le rôle de la Feef de pallier cet isolement en apportant des services concrets à nos adhérents pour les soutenir dans leur business. Nous organisons notamment des webinars avec les directions d’enseignes et avons mis en ligne un fil info PME-Enseignes spécial Covid-19 ouvert à tous pendant cette crise.

Certaines PME peuvent-elles tirer avantage de cette situation particulière ? Si oui, lesquelles et comment ?

En tant qu’entrepreneur PME, je le crois car cette crise, comme toute crise, peut être une source d’opportunité. Les PME qui pourront tirer leur épingle du jeu sont celles qui ont un engagement sincère et durable envers leurs collaborateurs et leurs parties prenantes dans les territoires. On appelle cela la RSE. Au-delà d’une norme, c’est avant tout une question d’éthique et de comportement, de pratiques sur le terrain qui ressortent inévitablement avec force et véracité en temps de crise. Les entreprises labelisées PME + sont l’incarnation de ces PME locales, authentiques et responsables et qui pourraient bénéficier de la situation.

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Quelles sont les attentes des PME dans ce contexte : vis-à-vis des pouvoirs publics, des clients, des fournisseurs ?

Les PME, garantes des emplois et de la vitalité de nos régions, sont les acteurs clefs pour relancer l’activité et la richesse nationale. Les pouvoirs publics doivent agir en ce sens.

Sur le plan des relations commerciales, cela passe par une remise à plat de la loi Egalim : ramener a minima le SRP à 105 % pour mettre un terme à l’effet masse de marge favorable aux multinationales mondialisées au détriment des marques locales et supprimer l’encadrement en volume des promotions pour relancer la dynamique commerciale et rendre à l’industriel la liberté de son tarif. La liberté du tarif est indispensable pour permettre aux PME d’investir, d’innover et développer ainsi notre tissu industriel.

Sur le volet économique, il faut continuer à soutenir la trésorerie des PME dans la durée, leur permettre de souffler par une annulation pure et simple de certaines charges sociales et favoriser le crédit d’impôt pour financer les investissements d’avenir. Les entrepreneurs à la tête de PME auront également besoin de simplification administrative, voire un moratoire sur la réglementation. Il ne faut pas pénaliser les entrepreneurs PME avec des contraintes réglementaires changeantes qu’ils ne pourront plus suivre.

Concernant les fournisseurs et les clients, nous devons continuer à construire des relations collaboratives et sur la durée, privilégier les circuits courts et les approvisionnements français, pour réussir à surmonter cette crise tous ensemble et de manière pérenne.

Comment jugez-vous l’attitude de la grande distribution vis-à-vis des PME dans le contexte actuel ?

Les distributeurs ont conscience que cette crise a de lourdes conséquences pour les PME. Certaines enseignes ont pris des engagements forts comme Système U qui a mis en place le paiement comptant pour soutenir la trésorerie des PME. Le retour des forces de vente en magasin fin avril chez Intermarché, Auchan et Système U dans le respect des règles sanitaires est également une excellente nouvelle pour les PME. Nous espérons que toutes les enseignes vont suivre.

Néanmoins, les PME restent inquiètes quant au respect de l’exécution de leur plan d’affaires 2020, en termes de références, de mise en avant des innovations et des opérations promotionnelles. La bataille à la sortie du confinement pour récupérer les linéaires perdus va être âpre. Nous comptons sur les distributeurs pour faire preuve de discernement. C’est le moment d’agir en faveur des PME françaises et valoriser les produits locaux !