La région Bretagne vient de lancer une mesure de soutien à l’agriculture de conservation des sols. Objectif : accompagner cent agriculteurs d’ici cinq ans. Intitulée Maec sols, comme la politique communautaire, elle n’est toutefois pas soutenue par l’Europe.
La région Bretagne vient de se doter d’un nouvel instrument qu’elle a choisi d’appeler « Maec sols », du nom de la mesure agro-environnementale communautaire. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une Maec, puisque l’Union européenne ne la finance pas, mais l’esprit est le même. Elle vise à accompagner financièrement cent agriculteurs sur deux périodes de cinq ans pour qu’ils couvrent les sols toute l’année, stoppent le labour au bout de deux ans et diversifient leurs rotations.
Les absences de l’Union européenne et de l’État sont compensées par un acteur privé, le fonds carbone Livelihoods, qui verse avec le conseil régional 3 millions d’euros chacun. Livelihoods finance depuis 2011 des projets de restauration d’écosystèmes dans des pays en développement en contrepartie de crédits carbone recherchés par ses financeurs (Danone, Michelin, La Poste, Schneider Électric, etc.). C’est la première fois qu’il intervient en Occident.
Les agriculteurs concernés seront soutenus à hauteur de 80 euros par hectare et par an pendant les cinq premières années (phase de transition) avec un plafond à 7 500 euros par an par exploitation ; puis à hauteur de 46 euros par hectare et par an les cinq années suivantes pour le maintien des pratiques (plafond à 5 000 euros).
140 000 tonnes de carbone
L’agriculture régénératrice ou agriculture de conservation constitue le prolongement du non-labour né sur le continent américain dans la première moitié du XXe siècle pour lutter contre l’érosion par le vent. Elle vise à reconstituer les qualités productives du sol et à réduire les émissions de gaz à effet de serre. La « Maec sols » ambitionne d’orienter en Bretagne 11 000 hectares vers cette agriculture pour séquestrer 140 000 tonnes de CO2eq.
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Si un quart à un tiers des cultures annuelles sont conduites en Bretagne sans labour préalable, « seulement 3 à 4 % des surfaces associent couverts généralisés, non-labour et rotations multiples », explique Olivier Allain, vice-président de la Région, en charge des affaires agricoles. Pour Roland Hallegouet, président de l’association Sols d’Armorique, partenaire de l’opération aux côtés de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne qui apporte son soutien technique, l’agriculture régénératrice n’a que des vertus. « Elle permet d’améliorer la marge de l’agriculteur, un point essentiel dans un contexte de prix mondiaux volatils ».
Pascal Simon, éleveur de porcs (150 truies naisseur engraisseur et 60 hectares de terres) de Plouider – la présentation à la presse de la Maec était organisée sur son exploitation – est entré « par conviction » dans l’agriculture régénératrice, il y a une douzaine d’années. Il voulait, dit-il, « préserver la structure de sols », essentiels sur son exploitation : toutes ses cultures alimentent ses animaux après transformation dans une unité de fabrication dont il s’est doté. Il s’est beaucoup renseigné au début. Puis a bénéficié des connaissances du groupe dédié de la chambre d’agriculture du Finistère, avant-gardiste en matière d’agriculture de conservation en Bretagne.
Assolement sur huit ans
Pascal Simon a avancé « avec un esprit pionnier ». Il a d’abord stoppé le labour sur le maïs, puis sur la totalité de ses cultures. Aujourd’hui, ses terres sont toujours couvertes, en inter-cultures court ou long, dans un assolement sur huit ans : colza-blé-orge-maïs-orge (ou blé)-maïs-féverole-blé. Il ne se sert de machines que pour niveler avec une herse rotative, ou semer avec un vibro-semoir. Résultat, « la vie du sol est plus riche qu’avant, poursuit-il. Le sol maintient de l’humidité dans la couche superficielle au profit de la plante quand il fait chaud l’été. » Surtout, les rendements sont restés identiques alors que le coût des intrants (fongicides, herbicides) et les charges de mécanisation ont nettement baissé.
Qu’est-ce qui pourrait dissuader les agriculteurs d’entrer dans la « Maec sols » ? « Peut-être la peur du changement et la crainte des mycotoxines », poursuit Pascal Simon. Pour André Sergent, président de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne, cette Maec ne doit effrayer personne. En laissant les cultures enrichir le sol, « il y a plus de vie en terre avec moins d’interventions humaines et moins de charges, dit-il. C’est de l’intérêt des agriculteurs d’y aller ».