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Elections La campagne en manque de maires

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Consacrer du temps à la collectivité n'est pas toujours facile pour les habitants des campagnes, agriculteurs ou non. Vanik Berberian, président de l'Association des maires ruraux de France (Amrf), revient sur le rôle de maire et les difficultés à faire vivre une commune rurale.

Certaines communes rurales n'ont pas de liste à présenter pour les élections municipales. Pourquoi ?

Il n'est pas facile de trouver des candidats prêts à consacrer du temps à l'intérêt général. 64 communes sont sans candidats au 1er tour. Bien souvent il est difficile d'atteindre le nombre de postes à pourvoir. Les services de l'Etat sont de moins en moins présents sur les territoires ruraux et les gens ont peur de se retrouver face à des difficultés qu'ils ne peuvent pas assumer. Pour être un bon maire, il faut des compétences en matière de gestion, de réglementation, d'urbanisme … D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'on est un agriculteur, qu'on est un meilleur maire. L'absence d'élu aujourd'hui est la conséquence de politiques publiques qui ont négligées les territoires et ses élus.

Les problématiques rencontrées par les maires sont-elles les mêmes dans les milieux ruraux isolés que dans les campagnes péri-urbaines ?

Dans les zones péri-urbaines, certains agriculteurs qui prennent leur retraite sont tentés de revendre leur terrain en constructible plutôt que de le laisser à l'agriculture. Près des villes, les prix sont beaucoup plus attractifs. Pour le coup, le maire n'y peut pas grand chose même s'il est possible d'avoir une politique locale qui favorise ou non les lotissements. Dans les milieux très ruraux, le fait d'être isolé physiquement, sans haut débit par exemple, est difficile. Souvent, les communes n'ont pas de moyens suffisants pour répondre aux attentes des gens.

Selon vos termes « la campagne est sacrifiée », pouvez-vous expliciter ?

Tout est misé sur la ville, l'urbain, la métropole. Regardez les textes de loi ici et là : ils sont toujours dans le sens d'un développement de la zone urbaine. En ce moment, on parle beaucoup de la redéfinition des cantons. Eh bien, certains cantons ruraux sont sacrifiés au profit des cantons urbains. On nie la réalité locale et on renforce l'échelon urbain supérieur.

L'intercommunalité n'est-elle pas une solution pour sauver la campagne ?

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C'est un outil mais ce n'est pas la panacée parce que ce n'est pas en additionnant quatre pauvres que vous faites un riche. On peut mutualiser mais ce n'est pas ça qui va modifier les injustices qui caractérisent les territoires ruraux. Il faudrait que les pouvoirs publics pensent différemment. Quand vous savez qu'il y a un ministre de la ville mais pas de ministre de l'aménagement du territoire, ça pose tout de même question. On raisonne toujours en nombre d'habitants, on oublie de raisonner en kilomètres. Plutôt que de favoriser un développement équilibré des territoires, on continue à concentrer les moyens et le travail dans les zones urbaines. Il faut inverser ces données pour trouver un meilleur équilibre.

Les citadins reviennent de plus en plus dans les campagnes. Est–ce que ce phénomène est générateur de conflits ?

C'est ça qui m'agace dans les médias, il y une situation caricaturale et on en fait tout un plat. C'est l'histoire du coq qui chante et réveille madame, alors on va tuer le coq parce qu'il fait du bruit ! Moi je suis maire depuis 25 ans dans un village qui est touristique et agricole (Gargilesse-Dampierre dans l'Indre). Un jour, quelqu'un est venu me voir pour me dire qu'il y avait de la terre sur la route. Je lui ai répondu qu'il habitait à la campagne et que, même avec un temps pourri, les agriculteurs avaient besoin de travailler. J'ai dû dire ça trois fois en 25 ans donc, ce sont des situations tout à fait marginales.

Les nouvelles populations s'intéressent-elles à la vie communale ?

Certains viennent à la campagne et ont envie de s'intégrer, d'autres ont envie de vivre tranquille chez eux. Cela est plutôt lié au tempérament des gens, pas à la campagne.

Etes-vous confiant dans l'avenir des territoires ?

Non, je suis plutôt inquiet car nous avons beaucoup alerté les membres du gouvernement et il ne se passe rien. Les partis politiques sont en général dirigés par des urbains. Même s'ils nous écoutent, ils restent dans des dimensions urbaines. Prenons un exemple : la loi de 2013 sur les élections a rendu obligatoire la carte d'identité pour aller voter. Avant, elle n'était obligatoire que pour les communes de plus de 3 500 habitants. Aujourd'hui, toute personne qui doit voter doit venir avec une pièce d'identité. En ville, on comprend, les gens ne se connaissent pas mais à la campagne, où tout le monde se connaît, c'est un peu ridicule. Moi dans ma commune, j'ai des gens qui n'ont pas le permis de conduire, pas de permis de chasse, pas de carte d'identité, et qui ont une carte vitale sans la photo : en théorie, je ne devrais pas les laisser voter. C'est stupide ! Voilà encore une illustration du fait que les gens qui rédigent les lois vivent sur une autre planète.