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Politiques agricoles La campagne présidentielle a déjà commencé

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Les programmes agricoles des candidats à l’élection présidentielle ne sont pas encore finalisés. Mais, déjà, leurs états-majors commencent à se positionner et, de plus en plus, à se montrer dans les réunions professionnelles. Nicolas Sarkozy poursuit, pour sa part, ses rencontres avec le monde agricole et prend des positions non dénuées de soucis électoraux, même s’ils ne font pas toujours plaisir au syndicat agricole majoritaire. L’UMP a planché sur la question agricole en faisant intervenir plusieurs professionnels. Le PS a laissé connaître une partie de son programme agricole via son accord avec Europe-Ecologie-Les Verts. Pour leur part, les organisations professionnelles publient ou font part de leurs principales demandes. La FNSEA s’apprête à publier sa plateforme professionnelle agricole à destination des candidats. Coop de France vient de le faire. Les syndicats minoritaires feront prochainement de même. La campagne est lancée… dans les campagnes.

«Ce qui est inclus dans l’accord avec Europe Ecologie Les Verts, n’est qu’une partie de notre programme prévu pour l’agriculture », affirme Stéphane Le Foll, député européen et proche conseiller de François Hollande. Le programme global, lui, devrait être prêt pour l’époque du Salon de l’agriculture 2012, annonce l’organisateur de la campagne du candidat du PS. Il n’empêche, passé sous silence du fait des discussions intenses sur le nucléaire, la dimension agricole de cet accord est importante : soutien aux circuits courts, lutte contre les OGM « tels qu’ils sont » selon les termes de Stéphane Le Foll, suppression des soutiens aux biocarburants de 1ère génération, pluralisme syndical dans les interprofessions, etc. De quoi faire sortir le président de la FNSEA de ses gonds et l’inciter à demander une nouvelle rencontre avec François Hollande. « Une rencontre tout-à-fait possible », dit-on dans l’entourage du candidat à a présidentielle. En attendant, Xavier Beulin dénonçait cet accord qualifié de « nuisible » à la compétitivité de l’agriculture, dans une lettre ouverte adressée à François Hollande.

La plateforme de la FNSEA

La FNSEA elle-même se prépare à publier une « plateforme professionnelle agricole à destination des candidats à l’élection présidentielle ». Une plateforme qui devrait être proposée à la signature du CAF (Conseil de l’agriculture française) regroupant la FNSEA, les JA, l’Assemblée des chambres d’agriculture et les membres de la CNMCCA (Mutualité, Coopération et Crédit agricoles).
Rien d’étonnant à ce que la plateforme de la FNSEA tranche avec les idées jusque-là annoncées par le PS. Démarrant avec un chapitre sur la compétitivité puis sur la « gestion des entreprises », cette plateforme est clairement orientée « économique », privilégiant le rôle de production du monde agricole français vu par son principal syndicat. Objectif numéro 1 : corriger les distorsions de concurrence, sécuriser les activités de production, notamment avec des outils fiscaux et assurantiels. C’est même sous l’angle économique qu’est abordé le soutien aux productions bio ainsi que l’accompagnement des transmissions et installations. La FNSEA va plus loin en aval et, dans un esprit cohérent avec les leitmotive de son président, suggère un soutien des investissements et de la « composition des groupes agroalimentaires de taille européenne, voire internationale ». Le développement des industries agroalimentaires sur les territoires français, « dans le cadre d’une ré-industrialisation de notre pays » figure également parmi les priorités. Autre objectif, bien dans l’air du temps, l’instauration d’une TVA sociale permettant d’alléger les charges sociales des entreprises. Une part belle est également accordée à l’innovation technologique, dont « les progrès génétiques et variétaux » : comprendre, les OGM. Enfin, le droit de la concurrence devrait être adapté afin de rendre possibles les démarches collectives et coopératives, notamment via les engagements contractuels. Mieux encore, des mesures de régulation des marchés seraient suggérées dans ce document à venir de la FNSEA, qui inclut également un volet social et le traitement de la question rurale en général.

Les potentialités des biocarburants

C’est également et d’abord sous l’angle économique que devrait être évoquée la question environnementale selon le projet de la FNSEA : « dans ses contributions à la gestion durable et productive des ressources naturelles au service de l’alimentation » et « dans ses potentialités de production bioénergétique et chimie du végétal ». Une dimension que ne comptent pas nier les socialistes. Stéphane Le Foll explique que si les agrocarburants de 1ère génération feraient l’objet d’une réduction du soutien fiscal, les socialistes seraient extrêmement attentifs à ne pas détruire une filière qui s’est créée et qui est également productrice d’aliments pour animaux. « Nous regarderons la fiscalité des biocarburants avec un souci de ne pas remettre en cause ce qui a été fait », assure le conseiller de François Hollande. Devant les coopératives, le 29 novembre, celui-ci évoquait aussi l’importance que le PS compte donner au problème de l’installation des jeunes. Des jeunes qui doivent pouvoir s’installer en pleine connaissance des enjeux économiques et des conditions dans lesquelles ils peuvent commercialiser leurs produits. Au lieu de s’obnubiler sur la SMI, surface minimum d’installation, on devrait s’intéresser à la SMI, « surface minimum d’interconnexion », plaisantait le député européen.

L’UMP a consulté

Il n’empêche : à considérer les programmes (en ébauche encore pour le PS, quasi complet pour l’UMP, lire page 6) les plateformes du syndicalisme majoritaire et des coopératives semblent avoir plus de points communs avec les velléités de compétitivité et de protection de l’UMP qu’avec les changements annoncés par les socialistes. Compétitivité, filières, protection, régulation, gestion, simplification administrative… le projet UMP porte aussi la marque d’une large consultation des élus professionnels du syndicalisme majoritaire, notamment réunis lors d’une table ronde le 28 novembre.
Un processus de construction que ne reconnaîtront pas les syndicats minoritaires. La Confédération paysanne plaide avant tout pour la reconnaissance du pluralisme dans les interprofessions, gage, selon elle, d’une « vraie alternative agricole ». Selon Philippe Collin, le porte-parole du syndicat, « s’il n’y a pas une vraie démocratie à l’intérieur de l’agriculture, rien de ce que l’on défend sera possible ». Sur le plan économique, la Confédération paysanne voudrait que le prochain pouvoir s’attache à ce que les prix agricoles repassent au-dessus des coûts de production. Une revendication que tout syndicat agricole a toujours clamé mais pas en invoquant les mêmes moyens. La Coordination rurale revendique, comme la FNSEA, la mise en place de la TVA sociale, capable d’alléger les charges sociales des entreprises agricoles en traitant de la même manière les produits importés et ceux qui proviennent de France. Elle aussi veut réclamer le pluralisme dans les interprofessions, estimant, explique le président de la CR Bernard Lannes que « si on avait eu de vraies interprofessions » avec l’ensemble des sensibilités syndicales représentées, « la contractualisation serait déjà sur pied ». La CR serait-elle sensible aux orientations proposées par les socialistes ? Très partiellement seulement, tant le verdissement plutôt accepté par la PS rend « vert de rage » son président.

Peu de moyens

Tout ceci n’empêche pas certaines convergences qui se manifesteront sans doute durant la campagne électorale. Le développement des circuits courts, une gestion raisonnée des ressources en eau, la conciliation entre performance économique et exigences écologiques, la revalorisation des retraites agricoles… autant de revendications incluses dans le projet FNSEA, semble-t-il, et sans doute aussi revendiquées par les autres syndicats. Mais tout est question de priorités et de moyens. Et, quel qu’il soit, de droite ou de gauche, le prochain pouvoir élu fera face à un même contexte : la faiblesse de ses moyens budgétaires. Il lui faudra plus que jamais faire des choix drastiques. C’est sur ces choix que se distingueront les différents programmes à l’œuvre. Faut-il subventionner le bio ou les biocarburants ? Les circuits courts ou l’exportation ?

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