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Salariés La CFDT dénonce le focus sur le coût du travail

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Alors que les discours des politiques et des employeurs se cristallisent sur le coût du travail, aucune proposition ne vient remettre en cause ce qui affecte réellement la compétitivité du secteur agricole, a estimé lundi 13 février la Fédération générale agroalimentaire de la CFDT. Dans sa ligne de mire : la grande distribution et les distorsions sociales européennes.

«Les employeurs et les politiques ont placé le coût du travail sur le devant de la scène. Mais ça n’est qu’un des facteurs de compétitivité, qui dédouane au final tant les employeurs que le gouvernement de leur part de responsabilité sur la perte de compétitivité de l’agriculture », a commenté lundi 13 février, le secrétaire général de la Fédération générale agroalimentaire de la CFDT, Patrick Massard, lors d’une conférence de presse. Si le débat sur le TVA sociale « a le mérite de reposer la question du financement de la protection sociale », a estimé le syndicat, il a aussi rappelé son opposition à la mesure qu’il juge inefficace pour le secteur agricole. Quid en revanche, a-t-il suggéré, de la remise en cause du quasi-monopole de la grande distribution ? « Rien n’est fait » dans ce domaine. Et pis encore : la grande distribution
« pourrait être la principale bénéficiaire d’un tel dispositif au détriment des consommateurs et des filières les plus fragilisées de l’agriculture française ». Comment par ailleurs prétendre rendre ainsi l’agriculture française plus compétitive au regard de ce qui se passe en Allemagne ?, a interrogé Patrick Massard en confirmant que « 50 à 90% des salariés dans les abattoirs allemands ne bénéficient même pas des avantages des salariés allemands, en toute légalité ».

La Pac, levier de la convergence sociale

La solution pour lutter « contre ce dumping social en Europe » doit passer par la mise en place d’un salaire minimum dans l’ensemble des pays européens, a prôné la CFDT qui mise sur la Pac comme « levier d’harmonisation sociale et de prise en compte des sept millions de travailleurs agricoles en Europe ». Concrètement, le syndicat a suggéré la création d’un observatoire européen de l’emploi en vue de définir des mesures d’accompagnement et de sécurisation des parcours professionnels. Il a aussi réclamé l’amélioration du dispositif de « plafonnement-dégressivité » des aides directes proposées par la Commission, la prise en compte du champ social dans la délivrance des aides et le déploiement « au bénéfice direct des travailleurs » d’une partie des soutiens de la Pac aux fins d’actions de formation « indispensables pour faire face aux mutations économiques », a indiqué Frédéric Malterre, secrétaire national FGA-CFDT.
Ces démarches européennes devront être associées à des initiatives nationales, a poursuivi le syndicat, qui fait de l’organisation des filières, sa « priorité n°1 » : il faut parvenir « à rééquilibrer les relations amont-aval en regroupant l’offre et en diversifiant les débouchés », « pacifier » ces relations « en renforçant la transparence des prix et des marges par des participations croisées entre l’amont et l’aval » et par « des stratégies de filières impliquant l’ensemble des acteurs ». Toutes ces mesures doivent concourir non seulement à peser face à la grande distribution mais aussi à développer l’emploi dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, a insisté la CFDT qui a annoncé la mise en place d’un groupe de travail dédié, tout en rappelant l’urgence du défi : en 2009-2010, les intérimaires et les CDD ont été touchés par la crise. Leur nombre n’étant pas revenu depuis à leur niveau antérieur, si la crise frappe, elle « va taper sur les permanents ».

Statu quo sur les négociations salariales dans l’agroalimentaire

Les responsables de la FGA-CFDT ont enfin dénoncé l’actuelle « timidité des employeurs ». « Les résultats des entreprises agroalimentaires sont plutôt bons, voire très bons en 2011. Mais nos patrons ne prennent pas de décisions », a déploré Patrick Massard. « Ça n’est pas un problème d’argent, mais un problème de confiance », suscité à la fois par la crise et l’échéance présidentielle. Les propositions des employeurs, en matière d’augmentations salariales tourneraient aujourd’hui autour de 1,8 % ou 2 %, a poursuivi Pascal Souzy, secrétaire national FGA-CFDT. Or, le Smic ayant augmenté de 2,44 %, ces propositions engendrent un risque de « tassement des grilles de salaires ». Si la situation ne se débloque pas dans les branches, « des actions » sont à prévoir dans les semaines à venir, a prévenu la Fédération qui a par ailleurs évoqué « déjà des ruptures de négociations ».
La FGA-CFDT réunit aujourd’hui 53 000 salariés dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

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