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La CGT se rapproche des ONG et de la Conf'

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Par l’entremise d’Attac, la Confédération paysanne et la CGT ont signé une tribune commune, avec d’autres ONG et syndicats. Le texte marque un réchauffement des relations entre les deux centrales syndicales, qui lui-même fait écho à celui qui s’opère au même moment entre la CGT et les ONG environnementales.

Cela fait deux fois, en moins d’un mois, que la Confédération paysanne et la CGT s’expriment ensemble au niveau national. La première fois, c’était fin décembre : la Confédération paysanne avait relancé sa campagne contre « l’industrialisation de l’agriculture », en invitant à ses côtés plusieurs ONG et syndicats, dont la CGT, jusqu’ici peu prompte à aborder ce sujet.

Un mois plus tard, le 20 janvier, la CGT lui a, en quelque sorte, retourné la politesse à l’occasion d’une tribune parue dans le JDD. Sur proposition d’Attac, de la CGT et Greenpeace, le syndicat agricole a participé à un appel commun à « une véritable transition énergétique, agricole et industrielle », exhortant à bâtir un projet commun dans les prochains mois. D’autres syndicats (FSU) et ONG (Oxfam) étaient signataires.

Ce texte est un appel à « une véritable transition énergétique, agricole et industrielle, c’est-à-dire une transformation profonde des façons de produire et de consommer », avec « un meilleur partage des richesses ». « Notre initiative n’est pas une fin mais bien le début d’un processus ouvert à tous les acteurs qui comprennent que notre système est à bout de souffle ».

Cet évènement a marqué un rapprochement inédit entre la CGT et les ONG environnementales. Mais il a aussi confirmé le réchauffement des relations entre la CGT et la Conf.

Un réchauffement qui ne fait pas débat à la Conf'

L’idée de cette tribune est née cet été à l’occasion du G7 de Biarritz, où s’étaient retrouvés, pour un « contre-sommet », la CGT, Greenpeace, Solidaires et Attac. « C’était la première fois qu’on se retrouvait que l’on constatait qu’au-delà de nos différences, qui sont réelles, il y avait nécessité de trouver un accord et des messages communs », relate Jean-François Julliard à Agra presse.

Une fois l’accord trouvé pour une tribune commune, la CGT, Attac et Greenpeace ont choisi d’élargir le cercle, notamment à la Confédération paysanne. Une participation qui « n’a pas fait débat chez nous, explique Nicolas Girod, porte-parole national de la Conf'. Nous avons toujours eu des attaches à la fois sociales et environnementales ». De son côté, la CGT n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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Pour la Conf', cette tribune, comme la conférence de décembre, marque un réchauffement déjà à l’œuvre depuis plusieurs mois. « Nous cherchons souvent à travailler avec la CGT agricole, comme sur l’industrialisation de l’agriculture, mais ça n’a pas toujours été simple, car nous chamboulons leurs positions. Mais depuis quelques mois, nous arrivons à placer quelques échéances », explique Nicolas Girod.

Encore des écarts de vocabulaire

Le rapprochement a bien sûr ses limites. La tribune ne mentionne pas le terme « d’industrialisation de l’agriculture », que la CGT ne souhaite visiblement toujours pas intégrer à son vocabulaire. « Il est mentionné la nécessité d’une transition agricole, ce qui pour nous passe par la remise en cause de l’industrialisation de l’agriculture », se console Nicolas Girod.

Quant au projet décrit par la tribune : « C’est un projet de réflexion, qui reste encore à travailler, explique Nicolas Girod. Comme c’est expliqué dans la tribune, tout mouvement que l’on est, nous n’avons pas de solution toute faite. Mais les réponses du monde politique nous paraissent creuses ; nous ne voulons pas les remplacer, mais dire que nous avons des choses à proposer. »

Ce réchauffement entre la Conf' et la CGT paraît dériver en grande partie de celui opéré entre les ONG et la CGT, et des changements de position de chacune des parties. Greenpeace donnerait désormais davantage de place aux questions sociales : « Sur le sujet du nucléaire par exemple, ce n’est que récemment, depuis 5-6 ans, que Greenpeace a commencé à intégrer la dimension sociale d’une sortie de cette énergie », retrace Jean-François Julliard.

La CGT également aurait bougé, assure le leader de Greenpeace. « La CGT comprend sûrement que même en termes d’emplois, il y a plus de bénéfices à tirer de la transition écologique que de lutter contre elle ».

« Nous avons toujours eu des attaches à la fois sociales et environnementales »