L’industrie française de la transformation des viandes ne veut pas entendre parler de mention obligatoire du lieu de production des produits primaires sur les étiquettes. Dans leur réponse commune à la consultation publique sur le Livre Vert sur la qualité des produits agroalimentaires , la Fict (Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs et transformateurs de viandes) et l’Adepale (Association des entreprises de produits alimentaires élaborés) estiment qu’une telle mention risque d’induire en erreur les consommateurs et considèrent donc qu’elle doit rester volontaire.
« Nous sommes opposés à l’indication obligatoire du lieu de production des produits primaires car cela n’a aucun avantage pour les produits transformés ». C’est la réponse bien tranchée que les industriels français de la charcuterie et des la transformation des viandes ont apportée au questionnaire de Bruxelles sur les bénéfices ou les inconvénients de rendre obligatoire la mention du lieu de production des produits primaires. Ils considèrent qu’une mention obligatoire se traduirait nécessairement par une augmentation des coûts administratifs, qu’elle figerait les approvisionnements (en cas de crise sanitaire, qu’elle handicaperait les produits faisant mention d’un pays pour lequel les produits transformés ne seraient pas concernés comme par exemple la dioxine dans la viande irlandaise) et qu’elle rendrait les produits difficilement vendables hors du pays d’origine des matières premières. De plus elle laisserait supposer au consommateur que l’origine est un critère qui influe sur la qualité du produit alors que, sauf produits sous AOP, « c’est faux », clament les industriels français, « puisque c’est la transformation (y compris à travers le choix des ingrédients) qui donne au produit ses caractéristiques ». Ils ajoutent que la mesure, telle qu’elle est présentée, donnerait une « information vague et très imprécise (la Suisse est hors UE, la Roumanie est dans l’UE) qui conduirait inévitablement les consommateurs à considérer cette information comme une hiérarchisation des produits (en particulier du point de vue de la sécurité et de la qualité) ».
Selon eux, « toute mention de provenance seule est de nature à fausser les règles de la concurrence, le consommateur considérant que la proximité vaut qualité ».
Quant aux conséquences que pourraient avoir les définitions de produits figurant dans les normes de commercialisation de l’UE sur les producteurs, les négociants et les consommateurs, les industriels de la transformation des viandes estiment que les trois parties prenantes ont tout intérêt à la mise en application de normes de commercialisation et que la remise en cause de ces normes « aurait des conséquences très importantes sur le nom des produits (par exemple les espèces entrant dans la composition des conserves de sardines, le poids minimum des foies gras, etc…). L’avantage de ces normes de commercialisation, disent-ils, est la production de produits de qualité, leur inconvénient est de rendre plus difficile la commercialisation des produits non conformes pour des raisons d’aspect ou de taille.
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Pour la diversité des patrimoines gastronomiques
Faut-il introduire des critères supplémentaires pour restreindre les demandes d’enregistrement notamment des Indications Géographiques Protégées ? A cette question, les leaders de la Fict et de l’Adepale ont répondu par un « non » catégorique dans la mesure où ils estiment que la multiplicité des IGP existantes « traduit la diversité des patrimoines gastronomiques au niveau européen ». Renforcer les critères applicables aux IGP reviendrait, selon eux, à les confondre avec des AOP. Les industriels considèrent que les systèmes mis en place sont complémentaires et sont adaptés à la diversité (de catégories de produits, de lien à la zone géographique, de traditions gastronomiques, …) et qu’il n’y a donc pas lieu de renforcer ces liens.
Faut-il harmoniser les systèmes de protection des appellations ?
Quant à savoir comment l’UE devrait s’y prendre pour protéger le plus efficacement possible ses indications géographiques dans les pays tiers, les transformateurs des viandes estiment que par principe « toutes les AOP/IGP dont la notoriété peut être usurpée doivent être défendues et cela « quel que soit leur poids économique ». L’UE, selon eux, doit défendre les appellations protégées au niveau européen mais celle-ci ne doit pas retenir que le seul critère économique dans ses choix de dossiers prioritaires.
Les industriels ne voient pas non plus d’avantage pour les produits transformés d’indiquer l’origine des matières premières dans les cas où celles-ci proviennent d’une autre zone que celle de l’indication géographique. Ils estiment que si, lors du montage du dossier IGP, l’origine des matières premières des IGP « n’a pas été jugée déterminante, elle n’a pas à être indiquée ». La protection géographique reposant, selon eux, sur des critères objectifs qui permettent de différencier le produit protégé de produits similaires. Le choix entre une IGP et une AOP est le plus souvent fait en fonction du lien existant entre l’origine de la matière première et le produit. C’est donc en expliquant positivement au consommateur la nature et le contenu des ces signes européens, via des campagnes de communication, qu’il en comprendra la nature et non en complétant l’étiquetage par des mentions sans rapport avec la qualité et les caractéristiques du produit. « Il y aurait tromperie du consommateur à lui laisser supposer que l’origine de la matière première a une influence sur la qualité du produit », soulignent la Fict et l’Adepale. Quant au sort qui devrait être réservé aux trois systèmes de protection existant en Europe (IGP, AOP et STG), les deux associations françaises affirment que ces trois systèmes s’appliquent à des produits de nature différente et qu’il n’y a pas lieu de les harmoniser. Par contre, pour chacun d’entre eux, il serait sans doute judicieux « d’harmoniser les interprétations faites dans les Etats membres », concluent-elles.