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Bovins La Chine contrainte de se tourner vers le marché mondial de viande bovine

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La consommation de viande bovine en Chine ne peut pas être satisfaite par la seule production nationale. Ce manque est responsable, en partie, de la flambée des prix de la viande bovine, selon une étude menée par les experts de l’Institut de l’élevage (Idele-Chine n°4) publiée en décembre. Face au déclin de la production, le gouvernement chinois se tourne vers les importations.

« Depuis quelques années, la production de viande bovine (…) ne progresse plus », constatent les experts de l’Institut de l’élevage dans une étude sur la Chine (Idele-Chine n°4) publiée en décembre. Loin d’être la viande la plus consommée par les Chinois, elle a pourtant considérablement progressé depuis 1985 : elle est passée de 3% de la production chinoise de viande à 7%. Quoi qu’il en soit, depuis quelques années cette tendance semble s’essouffler. Le manque de disponibilités est reconnu par les pouvoirs publics chinois qui font état d’une baisse de 1% en 2011 par rapport à 2010. Si les données chinoises et américaines ne coïncident pas toujours, elles convergent concernant le recul de la production de viande bovine. Ainsi, cette dernière aurait été en 2011 de 5,55 millions de tonnes selon l’USDA (département de l’Agriculture américain) et de 6,48 millions de tonnes selon les autorités chinoises, deux chiffres en baisse par rapport à 2010. Pour 2012, l’USDA table sur une poursuite du recul avec 5,54 millions de tonnes produites.
Jean-Marc Chaumet, agroéconomiste au département Economie de l’Institut de l’élevage, explique qu’une des raisons de ce repli est la longueur du cycle de production de la viande bovine. « En viande bovine, l’éleveur peut attendre un an à un an et demi avant de toucher un revenu. Ce n’est pas le cas en élevage porcin et avicole, qui sont des activités de cycle court », souligne-t-il. En outre, face à la flambée du coût de l’alimentation, le prix payé à l’éleveur ne suffit pas pour générer un revenu intéressant. L’inflation incite aussi de nombreux éleveurs à chercher un travail plus rémunérateur. Ainsi, les opportunités de travail attirent les populations agricoles vers les villes. « Les salaires sont plus élevés en ville. Et le surplus d’argent peut être envoyé à la famille qui est restée à la campagne », ajoute-t-il. C’est dans ce contexte d’essoufflement de la production que les prix au détail ont flambé en 2012. « Une des conséquences les plus visibles de cette tendance réside dans la forte hausse des prix de la viande bovine au détail », explique l’étude. À titre d’exemple, un kilogramme de viande bovine coûte deux fois plus qu’un kilogramme de viande porcine et depuis 2000, le prix de la viande bovine a été multiplié par trois.

Opportunités pour les exportateurs

Face au repli des disponibilités chinoises, les pouvoirs publics se sont tournés vers le marché mondial. Ainsi, les ouvertures commerciales vers la Chine se font de plus en plus nombreuses. En 2012, ce devrait être près de 60 000 tonnes de viande bovine qui auront été importées. Rien qu’au mois d’octobre et de novembre 2012, c’est près de 30 000 tonnes de viande bovine qui ont été importées depuis l’Australie. L’Uruguay a aussi pu saisir des opportunités : la Chine se place au 7e rang des acheteurs de viande uruguayenne. Pour sa part, le Canada a tiré son épingle du jeu avec 1 700 tonnes équivalent carcasse envoyées vers la Chine, qui a aussi autorisé le Costa Rica à exporter. Les portes s’ouvrent les unes après les autres. Mais ce n’est pas le cas de nombreux pays. L’Union européenne est toujours bloquée par un embargo ESB (encéphalo-spongiforme bovine). Face à cette porte close, la France est sur le point de trouver un accord avec le Japon, connu pour être très exigeant d’un point de vue sanitaire. « Si nous parvenons à exporter vers le Japon, ce sera un argument majeur pour convaincre la Chine de la qualité sanitaire de nos productions », rapporte-t-on au ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Même analyse chez FranceAgriMer qui parle d’un éventuel « effet tâche d’huile » après l’ouverture du marché japonais. Taïwan et la Corée du Sud semblent d’ores et déjà intéressés. Et la Chine reste une priorité dans la stratégie à l’export de la France et pas seulement pour la viande bovine.
Néanmoins, concernant nos opportunités, Jean-Marc Chaumet précise que les productions françaises correspondent principalement à des marchés de niche (restaurants par exemple). Un des marchés plus communs serait celui des abats, dont les Chinois sont « friands ». Parallèlement à une stratégie commerciale, les pouvoirs publics chinois orientent le budget agricole vers des aides au secteur de l’élevage bovin. Un rapport du Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture sur le commerce international agricole de la Chine mentionne que « dans le cadre du XIIe Plan quinquennal (2011-2015), le gouvernement a prévu de nouvelles mesures pour l’agriculture : modernisation des infrastructures agricoles, augmentation du revenu des agriculteurs… ». Jean-Marc Chaumet ajoute que les fonds destinés à l’amélioration génétique du cheptel ont été multipliés par trois entre 2010 et 2011, passant de 2,3 millions d’euros à 7,6 millions d’euros. Pour 2013, le gouvernement chinois devrait poursuivre sa politique de soutien en augmentant encore le budget alloué à l’amélioration génétique du cheptel.

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