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Marchés mondiaux La Chine et le climat guident les matières premières

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Selon le rapport CyclOpe, la Chine et le climat joueront encore en 2013 les principaux agents perturbateurs sur les marchés mondiaux des « commodités ». Les produits agricoles connaîtront à nouveau la situation la plus tendue. Vu le niveau des stocks, le moindre accident météo pourrait avoir de lourdes conséquences.

Les incertitudes liées à la croissance chinoise et au climat resteront les principales sources de variation des cours des matières premières, prévient le rapport CyclOpe 2013. « Nous sommes toujours au cœur d’une phase de fortes tensions des marchés internationaux dans un contexte de grande instabilité », a déclaré le professeur Philippe Chalmin, coordinateur de la soixantaine d’auteurs de cette Bible des « commodités » sortie le 14 mai. Les marchés agricoles resteront les plus exposés. Leur grand perturbateur étant le climat. Grâce à lui en 2012, les céréales ont joué « les vedettes » avec des prix mondiaux atteignant des records en blé et maïs à l’automne en raison de la sécheresse aux Etats-Unis et d’une météo défavorable autour de la mer Noire, a remarqué Philippe Chalmin. « Pour de nombreux produits, nous sommes sur le fil du rasoir », a-t-il estimé. Etant donné le niveau des stocks mondiaux, le moindre accident climatique pourrait avoir de lourdes conséquences. « Jusqu’à présent, les estimations de récoltes sont excellentes pour reconstituer des stocks historiquement bas, mais y aura-t-il de la pluie cet été aux Etats-Unis ? », s’est interrogé le patron de CyclOpe. Le phénomène s’est répété récemment pour le lait, avec la sécheresse en Nouvelle-Zélande, principal fournisseur de l’Asie.

Panne de gouvernance mondiale

« La saison a montré que l’homme reste fortement dépendant de la nature », a insisté Philippe Chalmin. Une situation qui met en lumière, d’après lui, la « panne » de gouvernance mondiale, y compris dans les systèmes d’alertes du G20 sur la situation alimentaire mondiale. Résultat, les marchés tanguent, reflétant l’état de crise économique et l’humeur des investisseurs, gagnés par un « sentiment de lassitude ». Même avec des conditions climatiques « normales », les prix agricoles resteront à des niveaux élevés, selon CyclOpe. Un avis basé sur une prévision de croissance chinoise « optimiste », de l’ordre de 9 %. « L’Asie et son fort appétit de viande maintiendra la pression sur les matières premières végétales », a souligné Jean-Paul Simier, un des auteurs de CyclOpe et par ailleurs directeur Filières alimentaires à l’Agence économique de Bretagne.

L’épée de Damoclès chinoise

Pour les experts, la Chine apparaît comme un pôle d’animation des marchés. Le pays importe déjà 60 % du soja mondial, a souligné François Luguenot, analyste des marchés du groupe coopératif InVivo et autre contributeur de CyclOpe. Sa croissance économique joue un rôle moteur. « Nous vivons tous sous l’épée de Damoclès chinoise, a estimé Philippe Chalmin. Selon que la croissance en Chine sera plus proche de 7 ou de 9 % en 2013, le profil des marchés des commodités sera très différent. » Avec son marché intérieur, dont la demande est loin de se tarir, Pékin « garde de la marge », a souligné l’économiste chinois Xiaoqi Yang, également coauteur de CyclOpe. « La Chine rêve de pouvoir fixer le prix des matières premières, elle conserve une énorme ambition », a-t-il affirmé. Elle garde aussi sa toute puissance sur les marchés agricoles. « Ayant pollué son sol, son eau et son air, elle est obligée de continuer ses importations de lait, soja et maïs. ».

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