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Poulet chloré La Commission européenne cède aux pressions américaines

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Sous la pression de Washington, relayée avec ferveur par le commissaire européen à l’industrie, Gunter Verheugen, la Commission européenne s’est finalement engagée, le 13 mai lors du Conseil économique transatlantique, « à trouver une solution » pour régler le différend qui oppose l’UE aux Etats-Unis à propos de l’utilisation de substances chimiques pour désinfecter les poulets et à « présenter des propositions de changements de la législation européenne ».

Malgré l’hostilité des commissaires européennes à l’agriculture et à la santé, Mariann Fischer Boel et Androulla Vassiliou, Bruxelles devrait, d’ici à la fin du mois de mai, adopter un projet de texte qui pourrait ouvrir les portes de l’UE aux « poulets à la javel », tout au moins pour deux ans, le temps de procéder à de nouvelles études scientifiques. La Commission européenne s’est engagée auprès des Etats-Unis, lors du Conseil économique transatlantique, le 13 mai, à « proposer, avant le sommet UE/Etats-Unis de juin, des changements de la législation communautaire en vue de permettre l’importation de viande de volaille ayant subi des traitements anti-microbiens, ainsi que l’utilisation de telles méthodes en Europe pour la production de viande de volaille destiné à la consommation dans la Communauté ». La Commission a « exprimé sa détermination à trouver une solution acceptable sur cette question en travaillant avec les Etats membres et le Parlement européen, avant le prochain Conseil économique transatlantique, prévu à l’automne 2008 », indique un communiqué de presse américano-européen publié à l’issue de la réunion.

Un projet de texte déjà prêt

Toutefois, étant donné la forte hostilité des Etats membres à l’égard de cette pratique, qui va à l’encontre des règles d’hygiène et de prévention en vigueur dans la Communauté, il y a fort à parier qu’il sera très difficile pour le projet de la Commission d’obtenir une majorité de pays de l’UE en sa faveur, lors du vote, prévu à ce stade lors du Comité permanent de la chaîne alimentaire du 15 et 16 juillet. Pour le bloquer, les Vingt-sept devront constituer une majorité qualifiée contre le texte. Si ce n’est pas le cas, les députés européens auront, jusqu’au 25 septembre prochain, la possibilité de faire valoir leur droit d’examen.

Selon une version provisoire du texte déjà préparé par la Commission européenne, le retour en Europe des poulets traités à l’aide de substances chlorées serait conditionné à l’utilisation de mesures préventives de lutte contre la prolifération des bactéries dans les poulaillers. Une fois trempée dans un bain chloré, la viande devrait, de plus, être rincée à l’eau potable. Enfin, les produits vendus aux consommateurs devraient clairement indiquer qu’un tel procédé chimique a été utilisé en cours de fabrication.

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Cette décision ne serait valable que deux ans. Pendant cette période, des études scientifiques plus poussées seraient menées pour examiner l’impact sur l’organisme humain de cette méthode, notamment en termes de résistance à certaines bactéries, et son effet sur l’environnement.

La France opposée

L’interdiction de cette technique de décontamination a été mise en place par la Communauté en 1997, à la suite de la publication d’un rapport alarmiste, rédigé par des vétérinaires européens, sur les conditions de production de la viande de volaille aux Etats-Unis. Ce document mentionnait l’existence de bains d’eau insalubre dans lesquels étaient plongées les carcasses avant d’être préparées pour leur commercialisation. D’ores et déjà la France a indiqué qu’elle était « opposée à la reprise des importations de poulets américains chlorés car les consommateurs européens ne souhaitent pas une mise sur le marché de volailles ayant subi un traitement de cette nature ». La veille, le ministre allemand de l’Agriculture Horst Seehofer était allé dans le même sens. De son côté, le commissaire à l’industrie Günter Verheugen considère que « l’interdiction n’est justifiée par aucune base scientifique ».