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La Compagnie du miel veut structurer une filière apicole à Madagascar

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Créée fin 2017, la Compagnie du miel a formé 10 apiculteurs malgaches dont elle achète et commercialise les miels mono floraux dans les épiceries fines et les restaurants haut de gamme. Un crowdfunding réussi sur Ulule va lui permettre de former 80 apiculteurs supplémentaires et d’implanter 1 600 nouvelles ruches.

C’est un projet original mêlant développement écologique et social dont l’ambition est de créer une filière apicole à Madagascar, quatrième pays le plus pauvre selon la Banque mondiale. 75 % de la population (25,5 millions d’habitants) y vit avec moins de 1,90 $ par jour. Malgré ces difficultés, l’île peut aussi faire valoir des atouts et qualités, notamment une biodiversité exceptionnelle avec 80 % de sa faune et de sa flore endémiques que menace toutefois la déforestation. "Selon une étude du laboratoire de la biodiversité des sols de l’université de Neuchâtel, l’île fait partie du quart de la planète épargnée par le pesticide néonicotinoïde qui tue les abeilles", explique Thibaut Lugane Delpon, président et cofondateur de La Compagnie du miel.

Sortir du seuil de pauvreté à partir de 20 ruches

Créée fin 2017 avec deux associés français, Gaël Hankenne et Olivier Carbon qui connaissent parfaitement l’île et la culture malgache pour y résider depuis plusieurs années, et un associé local, Haingo Rakotobe, la Compagnie du miel a pour ambition de former et d’accompagner des apiculteurs du cru. L’objectif : les aider à développer une activité leur permettant, dans le respect de l’environnement, de sortir du seuil de pauvreté. "C’est déjà le cas pour un apiculteur exploitant 20 ruches, sachant qu’à compter de 100 ruches, il peut accéder à la classe moyenne malgache et même viser les 1 000 € de revenus mensuels dès 400 unités", poursuit Thibaut Lugane Delpon. Les paysans locaux sont formés non seulement à l’apiculture, mais aussi à l’entrepreneuriat avec une formation initiale de deux mois et un accompagnement prévu dans la durée notamment grâce aux partenariats avec des ONG, la suissesse Helvetas notamment. Celle-ci dépêche des experts apicoles sur place, alors que les quatre associés de la Compagnie du miel ne peuvent suivre tous les apiculteurs répartis aux quatre coins de l’île, dans des endroits particulièrement difficiles d’accès.

En 2018, 10 premiers apiculteurs ont ainsi été formés, qui exploitent désormais 850 ruches implantées au nord-ouest, au sud-est et dans le centre de l’île pour des variétés de miel mono florales (eucalyptus, litchi, naiouli, palissandre, jujubier et mangrove). Leur production a atteint 3 tonnes l’an dernier, extraites sur chaque site, convoyées et filtrées à Antananarivo avant d’être expédiées en vrac (pot de 25 kg) par containers en Vendée où sont réalisés l’empotage, l’étiquetage et la distribution dans les réseaux des épiceries fines, de la restauration et de l’hôtellerie haut de gamme (pot de 170 g au PVC de 7,90 €). À court terme, une miellerie sera créée dans la capitale malgache pour y réaliser les opérations d’empotage et de conditionnement.

Tripler les récoltes

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Pour développer cette filière et communiquer à grande échelle, La Compagnie du miel vient de réussir une campagne de crowdfunding sur Ulule (voir encadré). Elle lui permet de s’installer dans une cinquième région de production à Diana (nord-ouest) et de former 80 apiculteurs supplémentaires. "Nous prévoyons ainsi de tripler nos récoltes (9 tonnes) en 2019 avec l’objectif de constituer des stocks suffisants comprenant une gamme quasi permanente de trois références (litchi, eucalyptus et niaouli 9 mois sur 12), complétée des références tournantes et saisonnières selon les récoltes et les variétés florales", annonce Thibaut Lugane Delpon.

Déjà vendus dans 50 épiceries et restaurants gastronomiques, ces miels se distinguent par leur originalité gustative et florale ainsi que leur rareté. Les miels africains sont de fait quasi inexistants sur les marchés occidentaux, notamment pour des questions de qualité de conservation et de traçabilité. La Compagnie du miel va d’ailleurs commencer à démarcher les enseignes de grande distribution haut de gamme (Le Bon marché, Les Galeries Lafayette…) et proposer bientôt des pots de 40 gr pour l’hôtellerie et de 500 gr pour la restauration. Si les coûts d’approche pour récupérer les récoltes sont très élevés et les contraintes logistiques multiples, l’entreprise a pour ambition de produire 15 tonnes de miel en 2020 et de compter 150 apiculteurs partenaires d’ici à cinq ans. Elle prévoit 125 k€ de chiffre d’affaires cette année.

Un crowdfunding réussi

Lancée sur la plateforme Ulule le 19 mai et bouclée le 21 juin avec un taux de réussite de 372 %, la campagne de crowdfunding a permis de récolter 31 485 € auprès de 2 235 contributeurs. Elle financera la formation de 80 apiculteurs supplémentaires et l’achat de 600 ruches, tout en sachant que La Compagnie du miel prévoit d’investir 40 k€ dans l’acquisition de 1 000 ruches supplémentaires afin de leur permettre d’en exploiter au moins 20 chacun. À noter que parmi les 10 premiers apiculteurs formés en 2018 (850 ruches installées), les plus importants exploitent 150 à 200 ruches. Il faut savoir qu’une ruche traditionnelle malgache ne produit que 7 kg par récolte, soit deux fois moins que le modèle proposé par La Compagnie du miel.