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La compensation écologique avance à tâtons

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Les députés ont planché le 27 janvier autour d’une table ronde sur la compensation écologique. Si les avis divergent sur la manière de faire, une certitude rassemble : quantifier et rationaliser la destruction de l’environnement va prendre du temps.

« Comment la nature, très complexe, peut être transformée en des unités réduites bien identifiées que l’on peut vendre et acheter et qui seraient substituables d’un lieu à l’autre ? », a interrogé l’historien Christophe Bonneuil, du CNRS, au cours d’une table ronde organisée par l’Assemblée nationale, le 27 janvier. Spécialisé dans la sociologie des sciences et des techniques, il rappelle que le travail sur la compensation écologique a commencé dans les années soixante-dix aux États-Unis. Du chemin a été parcouru, certes. Mais en France, il reste encore beaucoup à faire, du moins dans le domaine de la recherche. La compensation écologique n’est pas mathématique. « La compensation est peut-être trop extensive… », estime Bernard Chevassus-au-Louis, président de l’association Humanité et biodiversité. Cet agrégé de sciences naturelles rappelle qu’il est difficile de rationaliser la valeur de la nature. Dans le même temps, « le manque de règles crée des incertitudes », analyse Harold Levrel, économiste écologiste et professeur à AgroParisTech.

Les agriculteurs ont un rôle à jouer

Si la recherche est toujours mobilisée sur le sujet, les cas concrets de compensation écologique ne manquent pas. Surtout, elle reste obligatoire pour les projets d’aménagement du territoire comme le barrage de Sivens ou l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Certaines règles de base existent. « Si vous détruisez une zone humide, vous ne pouvez pas compenser en plantant des arbres, explique Jérôme Genin, responsable des projets opérationnels du CDC biodiversité. C’est très surveillé par les pouvoirs de l’État ». Par ailleurs, la compensation doit être “au plus près de l’impact” ». Sur les moyens de compenser, les agriculteurs ont un rôle à jouer. « Plus de la moitié des projets que nous traitons impliquent des agriculteurs », illustre Jérôme Genin. Il peut s’agir de mettre en place des nichoirs, de favoriser la rétention d’eau, etc. Les agriculteurs impliqués dans la compensation écologique perçoivent une « indemnité pour perte de production ». La participation des agriculteurs dépend des territoires. Mais selon les régions, la façon de « s’y mettre » n’est pas la même. Les prairies, garantes d’une biodiversité et habitat de certaines espèces, peuvent être des mesures de compensation écologique. Elles sont donc mises en œuvre plutôt dans les zones d’élevage. « Les céréaliers des grandes plaines peuvent s’impliquer », complète Jérôme Genin. Certains oiseaux préfèrent ces grands espaces. Mettre en place des nichoirs est une action de compensation écologique. Si le préjudice écologique venait à être inscrit dans la loi française (1), ce type d’actions pourrait être amené à se développer. Quant à la compensation agricole pour lutter contre l’artificialisation des terres cultivées… « C’est en cours de discussion », tempère Jérôme Genin.

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(1) Lire la rubrique « Enjeux » à la fin de ce numéro

J. Genin : « Plus de la moitié des projets que nous traitons impliquent des agriculteurs »