Abonné

Franck Alétru, président de l’association européenne des apiculteurs « La compétition entre abeilles et pollinisateurs sauvages est un faux problème »

- - 5 min

Alors que le congrès européen de l’apiculture s’ouvre à Quimper le 21 octobre, le président de l'association européenne des apiculteurs (EPBA), Franck Alétru passe au crible les principaux enjeux du secteur : pesticides, étiquetage, mais aussi fraudes sur les importations. La France serait plutôt en avance sur plusieurs dossiers, grâce à un syndicalisme apicole « particulièrement dynamique ».

Quels seront les principaux thèmes sur lesquels associations et syndicats travailleront lors du congrès de Quimper ?

La plupart des pays membres de l’EPBA souhaitent que la mention abeille sur les pesticides, qui reste pour l’heure une démarche franco-française, soit portée à Bruxelles. Il faudrait que cette restriction des usages en fonction de la floraison ou des horaires puisse être appliquée dans l’ensemble des territoires. Un autre sujet, c’est l’arrêt définitif des néonicotinoïdes, alors que des exemptions ont été accordées en France, en Allemagne, en Pologne, ou en Belgique. Le troisième sujet serait la généralisation de l’étiquetage du miel avec les origines présentées par ordre décroissant, comme l’Espagne, l’Italie ou la France le font. Enfin, nous voudrions nous assurer d’une meilleure homogénéité dans les médicaments vétérinaires, notamment pour que les rubans autorisés ailleurs en Europe contre le varroa puissent être accessibles à tous les apiculteurs.

Entre l’arrêté abeille et l’étiquetage du miel, peut-on considérer que la France est plutôt en avance en matière de prise en compte de l’apiculture ?

C’est bête de le dire, mais le syndicalisme apicole français est l’un des plus dynamiques. Certains sujets demeurent malgré tout nationaux. Nos collègues dans les Balkans ou en Pologne, par exemple, s’inquiètent de la prédation par l’ours. La lutte contre un nouveau coléoptère, Aethina tumida, était plutôt un problème pour les apiculteurs siciliens. Les fraudes, aussi, inquiètent particulièrement les producteurs proches des points d’entrée, comme les Bulgares.

La DGCCRF a identifié en France 43 % de miels non-conformes dans l’enquête menée en 2019, principalement pour des problèmes d’étiquetage. Comment lutter contre la fraude ?

Le problème, c’est que nous avons affaire à la malhonnêté de pays tiers. L’idéal serait que tout produit exporté subisse un contrôle de l’Etat à l’arrivée, ce qui supposerait plus de moyens. Les conditionneurs font bien leurs propres analyses, mais une fois que la marchandise est arrivée chez vous, il est très compliqué de la renvoyer.

Comme on le voit en matière d’élevage, y a-t-il pour vous des différences significatives entres les exploitations apicoles dans les différents pays européens ?

Le niveau technique est aujourd’hui assez homogène : informations et outils se diffusent si rapidement que tout le monde travaille de la même façon. En Autriche, le président du syndicat apicole possède par exemple 10 000 ruches, mais la moyenne dans le pays est bien inférieure à celle de la France, de l’Espagne, ou de l’Italie. En Europe centrale et du Nord, les exploitations étaient encore un peu plus petites, mais elles ont tendance à se développer avec l’augmentation de la demande en produits européens. Mais dans certains pays, en Suède ou en Norvège par exemple, la taille des exploitations sera cependant toujours limitée, en raison d’une saison plus courte et d’une ressource plus réduite. Ce qui ne veut pas dire que ces pays ne sont pas capables d’atteindre 40 kg de miel par ruche certaines années ! Ce sont aussi des pays qui ont beaucoup d’îles, et qui sont donc performants en matière de sélection parce qu’ils peuvent éviter les croisements entre souches.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Pensez-vous que la ruche automatisée récemment développée par une start-up israélienne a du potentiel en Europe ?

Ils ont fait une levée de fonds phénoménale, mais j’attends encore les résultats économiques d’un tel modèle. Tout comme ceux de la pollinisation par drone. Une ruche compte plusieurs dizaines de milliers d’abeilles, et on en met jusqu’à quarante dans les champs pour la production de semence. Faites le compte : cela représenterait plusieurs centaines de milliers de drones. Des robots très chers, qui pourront éventuellement terminer sur les pare-brise des automobilistes…

Le congrès sera-t-il aussi l’occasion d’aborder certaines critiques désormais adressées à l’apiculture sur le bien-être animal, ou la compétition avec les pollinisateurs sauvages ?

C’est en France que ces controverses sont les plus développées. Le clippage des ailes des reines reste anecdotique, à peine 0,5 % des apiculteurs le pratiquent. Cela permet simplement de récupérer plus facilement les essaims qui ont une forte valeur génétique. Sur le transport des ruches, ensuite, laisser les abeilles dans des endroits sans fleurs serait pire pour elles que de les transporter une heure ou deux.

Enfin, la compétition pour les ressources est un argument développé par les firmes qui détourne du vrai problème. Entre les pesticides, le climat et l’évolution du paysage agricole, nous avons perdu 80 % de la masse des insectes en trente ans : c’est là que se trouve le vrai problème. Je le dis aux entomologistes : arrêtez de compter les morts et venez avec nous pour vous battre, et exiger plus de protection pour les pollinisateurs.

« Le niveau technique est aujourd’hui assez homogène en Europe »