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Fruits et légumes La concurrence des produits de loisirs

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La raison principale de la désaffection pour la consommation de fruits et légumes ne tient pas tant au facteur prix qu’à l’attractivité des produits « high tech », a indiqué Pascale Hébel, directrice du département « consommation » du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), lors d’une conférence de presse organisée le 12 juin par Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais.

Pascale Hébel a mentionné une « appétence forte des consommateurs pour la consommation de produits de nouvelles technologies » et une « très forte croissance des postes de NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication) ». L’arbitrage des consommateurs se fait en défaveur de l’alimentation en faveur des articles de grande consommation que sont les téléphones, appareils photos numériques, matériels audiovisuels.

La « génération Internet »

Au sein même du budget alimentaire, le poids des dépenses de fruits et légumes et pommes de terre diminue (18,2% en 1960, 13% en 2005), surtout chez les jeunes générations, a-t-elle mis en évidence. La « génération Internet » (individus nés entre 1977 et 1986) consomme quatre fois moins de fruits frais que la génération « robot électrique » (individus nés entre 1937 et 1946). Cette « baisse générationnelle » s’explique par un modèle alimentaire qui se simplifie : moins de plats dans les repas, augmentation des plateaux-repas, baisse du temps de préparation.

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De son côté, Catherine Roty, chargée d’études au CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes), a indiqué que le consommateur établit de manière plus ou moins consciente une hiérarchie des prix : les légumes verts « doivent » être moins chers que les fromages, ces derniers moins chers que la viande. On conçoit généralement qu’un produit sophistiqué « mérite » d’être payé plus cher qu’un produit peu élaboré. Or, malgré les apparences, les produits frais nécessitent une sophistication logistique et de suivi de la qualité au long de la chaîne nettement plus poussée que dans les produits industriels. Ceux-ci sont peu touchés par les fluctuations de volumes.

Fort décalage entre la perception des prix et l’inflation réelle

Alors que l’inflation ralentit nettement depuis avril 2004, le sentiment d’augmentation des prix a resurgi début 2006, selon le Crédoc. Les facteurs explicatifs sont le passage à l’euro, les fortes augmentations des charges de logement (électricité, gaz, ordures, eau), et aussi des services postaux, de transport urbain, le débat sur les baisses de prix et le pouvoir d’achat engagé par Nicolas Sarkozy en 2004. Enfin, le ralentissement de la croissance du pouvoir d’achat (+1% de croissance depuis fin 2002 au lieu de 2% précédemment) a donné aux consommateurs le sentiment que leur pouvoir d’achat régresse. « Dans ce contexte d’attention croissante aux prix, les consommateurs sont très attentifs aux prix du secteur alimentaire, notamment ceux des fruits et légumes (68,5% des consommateurs déclarent regarder systématiquement les prix des fruits et légumes) », selon Mme Hébel.