Jayro Bustamante est un réalisateur guatémaltèque. Il est aussi petit-fils d’agriculteurs. Son film, Ixcanul, raconte l’histoire d’une communauté agricole maya vivant au pied d’un volcan qu’elle vénère, mais dans laquelle les jeunes rêvent d’une vie urbaine. Ce film a reçu le prix Alfred Bauer dans la catégorie Ours d’argent au festival de Berlin en 2015.
Jayro Bustamante a toujours voulu raconter des histoires. Ses origines paysannes et guatémaltèques l’ont inspiré pour son long-métrage, Ixcanul, primé à Berlin d’un Ours d’argent en 2015. Le principal sujet est l’aspiration de la femme rurale à une vie autre que celle du travail dans les plantations de café et du mariage arrangé. Mais sans l’arrière-plan agricole, le film ne collerait plus à la réalité. La deuxième scène du film, un gros plan, se concentre sur l’égorgement d’un cochon à la ferme. Jayro Bustamante raconte l’agriculture sans pudeur. « C’est comme ça, c’est la réalité », considère-t-il. La violence des images n’est rien d’autre qu’une réalité mise hors de portée de la ville. Dans son enfance, Jayro passait ses vacances dans la ferme de ses grands-parents. La réalité rurale, il connaît. « J’ai vécu dans une communauté similaire à celle du film », se rappelle-t-il.
Marginalisation des paysans
Jayro dénonce la condition des communautés mayas qui vivent de l’agriculture : vivrière et ouvrière. Les paysans sont enchaînés aux grands propriétaires de plantations de café. Ils sont payés au poids de graines récoltées. « Le système est machiavélique », dénonce le réalisateur de trente-huit ans. Les grands propriétaires sont invisibles, mais très puissants. Jayro est ému : « Ils accordent des crédits aux villageois pour qu’ils se bourrent la gueule ». Résultat : le jour de la paie, les ouvriers agricoles doivent plus d’argent qu’ils n’en reçoivent. En outre, « c’est terrifiant : les gens, pendant la moitié de l’année, font le tour de tout le pays. Parce qu’ils font la récolte de café, puis de maïs, puis de la canne à sucre, etc. Ils se déplacent de fermes en fermes, de plantations en plantations. Les conditions sont très dures. »
Adoration de la nature
Derrière la caméra, Jayro complète le portrait. Le respect de la nature se transforme en adoration lorsque le personnage principal de Maria et sa mère prient le volcan dans une scène filmée au cœur du cratère. Ce n’est presque pas de la fiction. Pendant le tournage, à la demande des villageois, « nous avons fait un feu sacré et demandé aux plants de café la permission de filmer », sourit Jayro. La communauté adore l’essence de la nature. « Cela anime la vie », préfère-t-il dire.
Aspiration et droit à une autre vie
Mais cette adoration n’est pas une raison suffisante pour retenir au pied du volcan jeunes et femmes qui aspirent à une vie moins difficile. Le réalisateur précise : « Le secteur industrialisé ou mécanique au Guatemala est très réduit. On fait tout à la main, sous le soleil. Cette vie est encore très cruelle. » Loin de s’apitoyer sur le sort des paysans, le réalisateur pousse un cri de révolte et d’indignation à destination des autorités du Guatemala, en grande partie responsables de la marginalisation de ces populations. Quant à une amélioration de la situation, « on n’y est pas encore », regrette le réalisateur. Mais la reconnaissance internationale de son film est, au moins, un pas fait dans la bonne direction.
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Chiffres-clés de l’agriculture du Guatemala
(source : Le Monde diplomatique)
2 % des propriétaires possèdent 62 % des terres agricoles
90 % des exploitants disposent de moins de 7 hectares de terrain
Pour aller plus loin :
« Ghetto indien et luttes de classes au Guatemala », publié dans Le Monde Diplomatique en septembre 2015
Ixcanul sortira en salle le 25 novembre (1h31)
Maria, jeune Maya de 17 ans, vit avec ses parents dans une plantation de café sur les flancs d’un volcan, au Guatemala. Elle voudrait échapper à son destin, au mariage arrangé qui l’attend. Elle rêve de la grande ville.