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La Conf’ à la relance contre les « fermes usines »

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La Confédération paysanne relance sa campagne contre « l’agriculture industrielle », en s’entourant de nouveaux partenaires, les salariés de l’agroalimentaire de la CGT et les enseignants agricoles de la FSU.

Hasard du calendrier, la Confédération paysanne a relancé, le 17 décembre, sa campagne syndicale contre « l’industrialisation » de l’agriculture, quelques jours après une victoire devant les tribunaux contre l’emblème de cette lutte, la ferme des 1000 vaches.

Après les « mille vaches » dans la Somme en 2009 et les « mille veaux » dans la Creuse en 2014, c’est désormais à un élevage morbihannais que s’attaque la Confédération paysanne. Il s’agit d’un projet d’élevage de volailles de chair de 120 000 places dans la commune de Langoëlan, dévoilé en janvier.

« Aujourd’hui il y a une frénésie en Bretagne autour de la filière volaille », estime Nicolas Girod. Nommé au printemps porte-parole national de la Conf’, cet éleveur jurassien reprend ainsi le flambeau de cette lutte qui avait marqué l’action de son prédécesseur Laurent Pinatel.

Dans les années 2010, la cible de « l’agriculture industrielle » a pris le relais de la lutte contre les OGM comme étendard, notamment après le moratoire français de 2012. Concrètement, cette campagne consiste à enrayer des projets d’exploitation allant à l’encontre de leur modèle d’agriculture « paysanne ».

Reprendre la main

En relançant le sujet, la Conf’ tente au passage de reprendre la main sur des concepts, comme « les fermes usines », dont elle a dénoncé l’usage par Greenpeace. Il y a un an, l’ONG avait lancé une compagne axée exclusivement sur l’effet environnemental des projets « industriels ».

Le 17 décembre, le syndicat en a donc présenté sa propre définition. Le critère le plus important pour la Conf’ est l’« autonomie » des agriculteurs (par exemple, choix de la génétique). Sont également pris en compte « le travail avec la nature » (consommation d’eau) ou la « répartition » (de la production, des aides, du foncier).

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À cette occasion, la Conf’ s’est présentée avec un cercle élargi de partenaires issus de la société civile. Un contre-pied, selon la Conf’, à la dénonciation de l’« agri-bashing » (dénigrement des pratiques agricoles) par la FNSEA, reprise par le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume.

La CGT et la FSU en soutien

Au-delà des traditionnels alliés écologistes, dont le sénateur Joël Labbé (Morbihan), la Confédération paysanne a réussi à réunir autour d’elle les salariés de l’agroalimentaires de la CGT (Fnaf) et les enseignants agricoles de la FSU (Snetap). La CGT n’était jusqu’ici pas encline à dénoncer « l’industrialisation ».

La convergence n’est toutefois pas « totale », convient-on à la Conf’. La CGT préfère notamment dénoncer « l’agriculture capitaliste » et la « concentration agraire » plutôt que « l’industrialisation ». Mais elle n’écarte pas la réorientation des aides de la Pac vers « l’agriculture paysanne intensive en emploi » au travers d’une conditionnalité de l’aide à l’actif, « salarié et agriculteurs ».

Les lignes bougent donc, mais le débat, lui, est vieux comme l’industrie. Premier grand critique de « l’industrialisation » au XIIIe siècle, Rousseau voyait déjà dans le progrès technique un « pharmakon », à la fois poison et remède, rappelle le chercheur Pierre Musso, auteur en 2017 de l’ouvrage La religion industrielle.

« Aujourd’hui il y a une frénésie en Bretagne autour de la filière volaille »