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Syndicalisme La Confédération paysanne monte au créneau en provoquant le débat

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Pendant trois jours, la Confédération paysanne a installé militants, animaux de ferme et produits du terroir sous une tente, à côté de l’Assemblée nationale, qui examine, depuis le 29 juin, le projet de loi de modernisation de l’agriculture. Le syndicat dénonce une politique fondée sur la contractualisation qui permettra aux industriels de « choisir leur paysans » fournisseurs par le biais des contrats. Seuls les « meilleurs » auront droit aux assurances car ils pourront payer. Pour Philippe Collin, porte-parole du syndicat, « le choix a été fait par cette loi de liquider une partie de la paysannerie pour gagner en compétitivité ». Une orientation intolérable pour le syndicat qui a multiplié débats et rencontres avec des politiques, économistes, associations pour faire passer d’autres idées.

«L’agriculture est un métier d’avenir pour peu que les politiques décident de ne pas tuer tous les paysans ». Cette formule de la Confédération paysanne, quelque peu abrupte, témoigne de son rejet du projet de loi de modernisation de l’agriculture censée rendre de la compétitivité à l’agriculture française. « Notre objectif en nous installant à côté de l’Assemblée nationale est de dénoncer les erreurs et les insuffisances » de cette loi, explique André Bouchut, trésorier du syndicat. « Les paysans qui estiment exercer le plus beau métier du monde sont pourtant nombreux à vouloir arrêter, prévient le syndicat. Ils se sentent abandonnés, ils ont besoin d’une politique agricole, non pas pour les aider à disparaître petit à petit dans le silence et l’indifférence générale mais pour continuer à vivre ».

Une agriculture « destructrice »

La société a besoin de ces paysans « si elle veut autre chose qu’une nourriture industrielle et issue d’une agriculture destructrice », plaide la Confédération paysanne. Michel Raison, le rapporteur de la loi, est venu dialoguer avec les militants de la Confédération paysanne, le 30 juin ainsi que Germinal Peiro du Parti socialiste, Jacques Muller, sénateur Vert… Favorable au pluralisme syndical, Michel Raison estime que la Confédération paysanne, qui « a un projet pour l’agriculture française » – ce qui est « à noter » – « ignore le fait que la France a des concurrents en Europe et dans le monde ». « Ce syndicat souhaite une loi trop dirigiste et fait fi des règles européennes ou de l’OMC », avance le rapporteur qui estime que « sur un plan économique, ce n’est pas réalisable » ni réaliste.
Les députés Yves Cochet et Noël Mamère sont venus au contact, des militants, le 29 juin annonçant la « belle bagarre » que promet l’amendement modifié de Marc Le Fur sur le seuil des installations classées. « Le productivisme agricole continue à faire son effet », commente Yves Cochet, dénonçant « le coûts de traitement des algues vertes qui atteint des dizaines de milliers d’euros pour les collectivités territoriales ».

Un pluralisme « décidé par les professionnels » 

Ce même jour, Philippe Collin, est allé saluer Jean Glavany, ancien ministre de gauche de l’Agriculture qui passait devant la ferme. Ce dernier a précisé qu’il ne souhaitait pas servir de caution à Bruno Le Maire sur le sujet du pluralisme syndical. Bruno Le Maire avait indiqué à la fin mai qu’après « avoir échangé avec certains de mes prédécesseurs, dont messieurs Patriat et Glavany », il considérait que le passage par la loi n’était pas la bonne solution. Point de vue réitéré le 29 juin lors de la discussion de projet de loi à l’Assemblée nationale : « J’ai la conviction que dans le monde nouveau dans lequel nous entrons, il est plus que jamais nécessaire que l’esprit de rassemblement l’emporte sur les divisions. Il est plus que jamais nécessaire que les professionnels travaillent ensemble (…). C’est à eux de prendre librement cette décision », a conclu le ministre interpellé par le député PS Germinal Peiro. Une posture qui énerve la Confédération paysanne. « C’est quand même extraordinaire de nous dire pendant 6 mois “déposez des amendements en ce sens” pour finir par déclarer que le pluralisme ne doit pas s’inscrire dans la loi », a conclu Philippe Collin.

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