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La Confédération paysanne veut plus d’État pour plus de régulation

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Face à la succession de crises agricoles, la Confédération paysanne craint que les pouvoirs publics et le syndicat « majoritaire » décident d’accompagner les agriculteurs « vers la sortie ». Dans un contexte de « marasme », le syndicat présentait le 26 janvier son programme de travail pour l’année 2016, appelant de ses vœux un encadrement plus fort de l’État.

« Les trésoreries des éleveurs sont à sec », affirmait Laurent Pinatel, président de la Confédération paysanne le 26 janvier, à l’occasion de la présentation des vœux du syndicat à la presse. Inquiet, il établit un diagnostic sévère des actions menées par le gouvernement et la FNSEA. Les éleveurs de porcs perdent 40 € par animal, les producteurs de lait « ferment boutique » et les petits producteurs fermiers de volailles risquent de faire face à des mesures d’assainissement qui pourraient faire « plus de dégâts encore que la grippe aviaire », affirme le syndicaliste.

La Confédération paysanne estime pourtant avoir des solutions… à long terme. Dans l’immédiat « le “y’a qu’à, faut qu’on”, nous non plus on l’a pas », reconnaît la Confédération paysanne. Elle regrette que l’interprofession porcine, en pleine implosion, n’ait pas travaillé à la question de la segmentation. « La France a sa place à prendre dans le haut de gamme » comme l’ont fait les Espagnols et les Italiens. Car l’absurdité de la France est qu' « elle produit ce qu’elle ne consomme pas et elle importe ce qu’elle consomme ».

« La France a sa place à prendre dans le haut de gamme » selon la Confédération Paysanne

Dans le lait, si la segmentation a été faite, la différenciation des prix est insuffisante et la surproduction handicape lourdement les producteurs français. Pourtant, le syndicat est convaincu qu’avec une régulation des quantités, chaque éleveur pourrait vendre, aux industriels français pour le marché intérieur, 90 % de sa production à un prix « A » rémunérateur. Les 10 % restants seraient vendus à un prix « B » plus bas, pour l’export. Un prix « C » dissuasif viendrait décourager les éleveurs à produire davantage.

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Les idées défendues par la Confédération paysanne ont une condition préalable : une intervention plus forte de la puissance publique. Celle-ci doit mettre en place « un encadrement dynamique de la production », à travers la gestion des volumes de production, explique le syndicat. Il regrette la voie prise par le gouvernement en place : celui de diminuer les charges pour alléger le coût du travail. « Écraser la protection sociale et les coûts de la main-d’œuvre, c’est mettre en danger les paysans et les salariés » des secteurs agricoles et agroalimentaires.

Une politique agricole et alimentaire

Consciente de tenir « un discours un peu décalé », la Confédération paysanne admet qu’il faudra du temps pour modifier les pratiques agricoles. Mais elle appuie ses propositions "sur des preuves" : les agriculteurs de la Confédération paysanne, s’ils sont touchés par la crise le sont dans une moindre mesure, car leurs pratiques, plus éloignées de l’agriculture industrielle, donnent « du sens » et du revenu. Convaincre la puissance publique de se tourner vers ce type d’agriculture est tout le défi du syndicat, qui compte bien s’appuyer sur la société civile. Elle la sollicitera en 2016, afin de travailler avec elle à l’organisation d' « assises de l’agriculture » qui devraient se tenir en février 2017. Il s’agira d’y construire un nouveau projet de politique agricole, intrinsèquement lié à l’alimentation, dans l’espoir peut-être de faire de la prochaine Pac une Paac dont le « A » supplémentaire serait celui de l’alimentation.