Economie et compétitivité étaient les maîtres mots du congrès de la Confédération paysanne, le 23 avril, à Saint-Jean-Pied-de-Port. Ils y sont revenus régulièrement aussi bien dans la bouche des syndicalistes que dans celle du ministre de l'Agriculture. Le syndicat minoritaire semble prendre conscience de la nécessité de développer un argumentaire différent, chiffres à l'appui, pour convaincre de la valeur de ses idées.
Au-delà des « enjeux sociétaux et environnementaux », reste un enjeu à ne pas perdre de vue: l'enjeu économique ! Telle a été l'une des premières réparties de Stéphane Le Foll aux attaques de Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, lors du Congrès annuel du syndicat minoritaire, le 23 avril, à Saint-Jean-Pied-de-Port. Les discussions furent serrées et argumentées aussi bien avec la salle qu'en réponse au discours de Laurent Pinatel sur la Pac et la petite agriculture paysanne. Un ministre qui répond du « tac au tac », qui « maîtrise mieux ces sujets qu'au congrès de la FNSEA », qui « assume sa politique » et « ne s'en laisse pas compter »... Les qualificatifs des syndicalistes sont allés bon train à la suite de l'intervention de Stéphane Le Foll. Pour clôre le congrès, Laurent Pinatel est revenu sur l'intervention du ministre : « C'était quand même violent ce matin [avec Stéphane Le Foll,ndlr], non pas par sa prestation mais par son absence d'annonce ». Il a cependant reconnu son « courage » politique. De son côté, Stéphane Le Foll a repris son « projet » pour l'agriculture de demain au travers de l'agro-écologie. « L'agro-écologie, c'est quoi ? C'est de l'économique, du social et de l'environnemental ! », a-t-il rappelé. Si, le matin, la salle s'est manifestée au mot « d'économie » de Stéphane Le Foll, c'est bien le terme de « compétitivité » qui est revenu dans la bouche des syndicalistes durant la table ronde de l'après-midi, intitulée « l'agriculture paysanne, restons fermes ! ».
Une «PAC schizophène», divisée entre durabilité et compétitivité
« Vous, vous faites dans la durabilité. Oui, mais... Et la compétitivité ? Et l'économie ?, vous a rappelé le ministre ce matin », a commencé Jean-Christophe Kroll, agro-économiste et professeur émérite à Agro-sup Dijon, lors de cette table ronde. Il a donné sa vision de la Pac, une Pac qualifiée de « schizophrène à travers ses deux piliers ». Selon lui, « on passe son temps à réparer dans le deuxième pilier, les dégâts du premier pilier. Le premier pilier donne des aides pour la spécialisation des exploitations et le deuxième pour la diversification, etc. ! ». Il est revenu sur la compétitivité des grandes exploitations, qui dégagent un revenu par actif plus important, mais du fait qu'elles « drainent plus d'aides publiques ! [...] Plus vous êtes grands, plus vous touchez d'aides. C'est un paradoxe quand on connaît la suppression d'emploi que l'agrandissement entraîne ». D'après lui, les grandes exploitations « ne sont pas rentables » car elles ont des coûts supplémentaires pour la société (chômage, santé, environnement...). Comme le rappelle un intervenant de la salle, « nous sommes dans une logique comptable qui oublie d'autres paramètres ». Pour Jean-Christophe Kroll, « l'agriculture industrielle a gagné car elle a fait passer l'idée qu'elle était plus compétitive que l'autre », celle des petites exploitations. Il défend le terme de « compétitivité » et non de « viabilité » car cela « sonne plus fort ». Il reconnait l'impérieuse nécessité « d'un travail de fond » pour démontrer la compétitivité des petites structures. « Nous avons tous les éléments pour gagner la bataille. Nous avons des systèmes performants, efficaces. Nous la perdrons si on laisse les autres faire croire qu'ils ne sont pas efficaces », affirme-t-il.
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Stéphane Le Foll n'a pas fait d'annonce durant le congrès de la Confédération paysanne, le 23 avril à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il a cependant défendu point par point sa politique et la nouvelle Pac, avec une pointe d'agacement. « Ecoutez, c'est toujours pareil. On peut critiquer, on peut dire que l'on n'est pas d'accord mais on ne peut pas dire des choses qui ne sont pas vraies », s'est-il exclamé. Les aides ont été passées au crible, notamment l'Indemnité de handicap naturel (ICHN) et l'Aide aux bovins allaitants (ABA), dont l'enjeu est important dans cette région de montagne qu'est le Pays Basque. Le manque de prise en compte « des petites ferme s» par la Pac a enflammé les débats. Stéphane Le Foll s'est justifié en rappelant la diversité des agricultures du territoire français et la nécessité de trouver des « compromis ». Changement de gouvernance des SAFER, reconnaissance du statut des GAEC par Bruxelles, convergences des aides, mise en place de groupements d'intérêt économique et environnemental (GIEE) ont été autant de sujets abordés par le ministre. « Monsieur Le Foll, c'est pas assez ! Oui. Mais qu'est ce que cela aurait été si cela n'avait pas été Monsieur Le Foll ! J'ai fait des choix avec des objectifs », a-t-il déclaré. Reste un syndicat un peu amer quant à sa demande de reconnaissance des chênaies et chataîgneraies comme surfaces productives pour pouvoir percevoir l'ICHN. Elle n'a pas eu de réponse de la part du ministre.
Des arguments économiques, chiffres en mains
La Confédération paysanne veut donc argumenter, chiffres en main. « L'idéologie libérale est une foi. On ne se bat pas contre une foi », si ce n'est avec des arguments pratiques, interpelle Alain Hebrard, paysan dans le Tarn. « Allons plus loin dans notre argumentation », relève un autre syndicaliste dans la salle. Il propose d'utiliser les financements publics pour faire des études sur le sujet. Dans son discours de clôture, Laurent Pinatel reviendra encore une fois sur le sujet : « Le seul projet qui est viable pour l'agriculture est celui qu'on porte, il va falloir expliquer que l'agriculture paysanne est l'agriculture de l'avenir ». Il reconnaît que le discours économique de la Conf semble moins audible auprès des agriculteurs et du grand public que celui plus environnementale ou sociétale que le syndicat porte. Une explication peut-être au recul du syndicat lors des dernières élections aux chambres. « Nous restons persuadés que nous avons les bonnes solutions, mais nous avons du mal à convaindre les agriculteurs qu'il faut changer. Le changement fait peur et quand les aides publiques n'aident pas, cela va à l'encontre » de ce que défend la Conf', estime Laurent Pinatel. Des arguments économiques donneront donc plus de poids au message du syndicat pour défendre « les petits agriculteurs ». Le syndicat ne s'est d'ailleurs pas trompé de région pour défendre ses idées durant son congrès. Dans le Pays Basque, les exploitations font en moyenne 30 ha et sur certaines communes, il reste parfois près d'une cinquantaine d'exploitations quand, dans d'autres régions de France, il ne reste parfois plus qu'un agriculteur vieillisant.