La Conserverie de Provence-Le Cabanon, spécialiste de la transformation de la tomate implanté à Camaret-sur-Aygues dans le Vaucluse passe de mains chinoises à portugaises. Le nouvel actionnaire compte relancer l'activité de cette marque emblématique et redresser à terme les comptes de l'entreprise.
LE tribunal de commerce d'Avignon a choisi l'offre de reprise du groupe portugais Unitom qui propose de garder 49 emplois sur 77, pour reprendre le Cabanon, qui fût en son temps la plus grande coopérative de transformation de tomates de France. L'entreprise de Fundão, au centre du Portugal, l'a emporté à la barre face à l'offre de Raynal et Roquelaure, moins-disante en matière d'emplois. Le spécialiste des plats cuisinés dispose de son usine spécialisée dans les plats italiens (Zapetti) sur la même zone d'activité. L'ancienne coopérative, qui a compté jusqu'à 1 800 coopérateurs dont 120 producteurs de tomates dans le Sud-Est, était dirigée depuis 2004 par le chinois Chalkis qui l'avait rachetée, alors en pleine déroute, à la coopération. Le repreneur n'a jamais réussi à redresser la barre. En 2012, Le Cabanon affichait un résultat net négatif de 6,5 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 22,75 millions.
EXPORTER SUR L'EUROPE DU NORDPlus précisément, la reprise de Cabanon s'est opérée via la société de droit portugais Green Biz, filiale d'Unitom. Paulo Ribeiro est l'actionnaire majoritaire des deux entreprises. Très discret concernant les chiffres, ce dernier nous a confié en exclusivité, son projet d'entreprise. « Dans un premier temps, nous allons reconstruire la relation de confiance de Cabanon avec ses clients quasi exclusivement français. Ensuite, nous allons développer une nouvelle gamme élargie de préparations cuisinées à destination du marché de détail. Nous comptons mieux exploiter les capacités industrielles du site, utilisées aujourd'hui à seulement 25 % et investir dans l'ensemble de la chaîne de production en commençant par installer une nouvelle chaudière. Nous voulons reconstruire cette marque très connue, développer une équipe commerciale locale et réorganiser l'outil logistique. Notre grande ambition reste l'export sur l'Europe du Nord. En juin, les premiers conteneurs sortiront de France. Sur place, nous avons dépêché deux cadres, un portugais et un irlandais. Le siège de l'usine de Camaret-sur-Aygues développera les relations avec l'ensemble des partenaires du Sud de la France. Le développement international sera piloté du Portugal ».
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Paulo Ribeiro reste tout aussi peu loquace sur Unitom et ne dévoile pas son chiffre d'affaires. « Notre société à capitaux essentiellement portugais, compte également parmi ses actionnaires des fonds étatsuniens et espagnols. Elle réalise près de 90 % de son chiffre d'affaires dans le commerce tomates transformées, le reste avec l'huile d'olive et les fruits. Nous disposons de bureaux en Chine et aux Etats-Unis. Je tiens d'ailleurs à dénoncer les allégations émises dans le Sud-Est de la France comme quoi nous serions liés à Chalkis. Nous connaissons le groupe chinois depuis près de 12 ans avec lequel nous entretenons uniquement de bonnes relations professionnelles ».
PÉRIODE CHINOISELe Cabanon revient de très loin. En avril 2004, Chalkis avait acquis pour 7 millions d'euros 55 % des parts de l'entreprise à statut coopératif alors en pleine déroute. Ce fut insuffisant. Ce groupe chinois basé dans la province occidentale du Xin Jang (2,3 millions de travailleurs, 1,5 million d'hectares cultivés, 1,8 million de tomates traitées, 325 000 tonnes de concentré produits dans 12 usines, ainsi que des champs de coton) dépensera 5 millions d'euros supplémentaires pour prendre la totalité du capital, avant de nommer un directeur français qui travaillait jusque-là à Hong Kong, Eric Diers. Pour sauver l'entreprise, ce dernier a mobilisé 6 millions d'euros supplémentaires. Puis l'entreprise a été dirigée par une équipe chinoise sans relations réelles avec son environnement. En 2004, le Cabanon réalisait 72 millions d'euros de chiffre d'affaires et 3,5 millions d'euros de pertes. L'usine employait 450 équivalents temps plein dont 276 permanents. Ces chiffres donnent le potentiel sur lequel compte d'appuyer Paulo Ribeiro pour relancer cette marque emblématique du XXe siècle.