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Financement/IAA La consolidation des industries alimentaires reste à faire en France

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Le cabinet Grant Thornton, un des leaders mondiaux de l’audit et du conseil aux entreprises, vient de réaliser une étude, à l’échelle mondiale, intitulée « Un appétit pour la croissance : regards sur l’avenir du secteur de l’agroalimentaire ». Selon celle-ci, 90% des professionnels interrogés par les différents bureaux du cabinet dans le monde envisageraient une hausse de leurs revenus et un tiers prévoient une hausse de leurs ventes de plus de 10% dans les années à venir. Un optimisme qui n’est pas partagé par les industriels français, selon Grant Thornton.

Pour Vincent Frambourt, associé en charge du secteur agroalimentaire au sein du bureau en France, « il est frappant de constater la différence entre l’optimisme constaté parmi les industriels des industries agroalimentaires dans le monde et le ressenti de malaise en France ». On a la sourde impression que dans notre pays tout va mal, mais ce sentiment doit être pondéré. « Beaucoup de secteurs industriels se satisferaient des performances dans l’agroalimentaire, notamment en termes de pertes d’emploi ». Les témoignages que le cabinet a recueillis auprès des dirigeants permettent de distinguer trois catégories. « Il existe une proportion de 30% des entreprises qui sont performantes et s’en sortent bien. Ce sont généralement des entreprises de taille importante, mais aussi des petites PME qui voient leur rentabilité augmenter et dont la croissance se fait par l’international », nous explique Vincent Frambourt.
« Un autre tiers est constitué d’entreprises qui sont entre les mains de fonds de private equity qui imposent des modes de gestion drastiques pour gagner en rentabilité. Ce n’est pas toujours négatif, car leur présence permet de donner aux dirigeants un œil externe sur leur environnement économique et leur apporter des informations utiles pour aller à l’export ou trouver des partenaires ».
 
Changer les mentalités
Le dernier tiers est en revanche fait de PME, le plus souvent familiales qui n’ont pas la vision pour aller conquérir de nouveaux marchés à l’export ce qui oblige à être plus dynamique, et n’ont pas les moyens de se développer pour répondre aux défis de demain. « Des acquisitions leur permettraient sans aucun doute d’obtenir une plus grande influence sur les prix de leurs marchés respectifs et de générer des économies d’échelle au niveau de leur production ». Cela implique un changement des mentalités des dirigeants de ces sociétés. L’étude de Grant Thornton met ainsi à jour une des explications au ressenti différent de l’avenir chez nos concurrents. Les industries alimentaires dans le reste du monde sont souvent en avance sur nous dans la consolidation de leurs filières. Cela leur donne plus de poids face à la grande distribution. Cette dernière est également plus disposée à être davantage attentive aux contraintes de leurs fournisseurs. « Je ne sens, en France, pas une volonté affichée de la part des enseignes d’aider au renforcement du secteur alimentaire », concède Vincent Frambourt.
 
Trouver des modes de financement innovants
Un autre point faible constaté par l’étude de Grant Thornton touche au financement. Les entreprises ne pouvant financer leurs projets d’expansion ou de recherche et développement sur leurs seules réserves de liquidités devront faire preuve d’ingéniosité dans la recherche de financements, du prêt bancaire à l’opération de private equity. « Les industriels que nous rencontrons sur le terrain font état de leurs difficultés pour accéder à des financements ». Ils font part, soit de l’intention de leur banquier de réduire leur découvert bancaire, soit ils demandent trop de garanties pour s’adosser à des crédits à moyen ou long terme. « Les banques prennent très peu de risques, même celles dédiées à l’agroalimentaire et il serait peut-être souhaitable d’envisager que l’Etat joue un plus grand rôle volontariste pour un accès plus facile au financement ». Il doit également y avoir tout un travail d’information des dirigeants sur les modes de financement autres que les prêts classiques, conclut Vincent Frambourt.

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