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Chiffres La consommation d’antibiotiques en élevage reste stable depuis 10 ans

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Environ 1 190 tonnes d’antibiotiques ont été consommées en médecine vétérinaire en France en 2008, un chiffre quasiment stable depuis 1999 (1 317 tonnes). Cette utilisation massive d’antibiotiques place la France au deuxième rang des pays les plus consommateurs d’antibiotiques de l’Union européenne. Or, la question de l’excès d’antibiotiques dans l’élevage et le risque majeur de santé publique qu’il représente sont les grands absents des Grenelle 1 et 2 de l’environnement. C’est la raison pour laquelle le cabinet d’études économiques « Formules Economiques Locales » a souhaité attirer l’attention sur le sujet lors d’une conférence à Paris le 6 mai 2010.

Les Grenelle 1 et 2 de l’environnement sont passés à côté de la problématique de l’utilisation massive d’antiobiotiques dans l’élevage. Pourtant la question est d’actualité puisque les prescriptions en élevage sont restées stables depuis 10 ans en France tandis qu’en médecine humaine, elles ont réussi à baisser de 25 %. Et ce malgré l’interdiction d’utilisation d’antibiotiques comme accélérateur de croissance des animaux depuis 2006. Un paradoxe sur lequel le cabinet d’études économiques « Formules Economiques Locales » a voulu attirer l’attention à la veille du débat sur le projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche (LMAP) qui va avoir lieu au Sénat à partir du 18 mai 2010.

La moitié des antibiotiques dans l’élevage sont utilisés dans la filière porcine
L’Union européenne estime à 25 000 le nombre de décès imputables à l’antiobiorésistance (phénomène rendant impossible la guérison de certaines maladies en raison du développement de bactéries de plus en plus résistantes aux antibiotiques, trop utilisés). Malgré ce risque majeur de santé publique, le nombre de tonnes d’antibiotiques vendus reste stable depuis 10 ans. Environ 1 190 tonnes d’antibiotiques en médecine animale ont encore été vendues en France en 2008, soit très légèrement moins qu’en 1999 (1 317 tonnes), d’après les chiffres d’un rapport sur le suivi des ventes de médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques en France en 2008 publié par l’AFSSA-Agence nationale du médicament vétérinaire en novembre 2009. « Quelle que soit l’année considérée, plus de la moitié des ventes d’antibiotiques (exprimées en tonnage de principe actif) sont à destination de la filière porcine et plus de 90 % des ventes sont à destination des 3 principales filières de production animale (bovins, porcs et volaille) », explique le rapport. Des utilisations dont on pourrait tout-à-fait se passer, selon le microbiologiste Antoine Andremont. « L’humanité n’en a pas besoin mais par sécurité on a constaté une généralisation de l’utilisation de plus en plus large sur les 60 dernières années. Les antibiotiques sont des médicaments “miracle” qui ont été inventé pour soigner les individus malades. Les autres utilisations sont secondaires », explique le microbiologiste plaidant en faveur d’un usage raisonné des antibiotiques. Des théories que certains producteurs comme Christian Valette, éleveur de race Aubrac à Laguiole mettent en pratique au jour le jour. « Moi, je dis non au traitement antibiotique préventif. Je les utilise uniquement pour les animaux déclarant une maladie », explique-t-il. Mais à la question « faites-vous figure d’exception parmi les éleveurs ? », Christian Valette préfère ne pas se prononcer.

Ventes d’antibiotiques : 200 millions de chiffre d’affaires pour les vétérinaires
Connaissant les risques que représente une consommation excessive et compte tenu de l’interdiction d’utiliser des antibiotiques à des fins de croissance des animaux depuis 2006, pourquoi la France ne parvient-elle pas à diminuer la consommation d’antibiotiques en élevage alors que certains pays européens ont réussi à la baisser de 60% ? « Les vétérinaires ont besoin des ventes d’antibiotiques, qui représente 200 millions de chiffre d’affaires », explique l’économiste Pascal Perez, directeur du cabinet d’études économiques « Formules Economiques Locales », ajoutant que « les laboratoires vendent des antibiotiques comme ils vendent des shampoings. En fin d’année, les meilleures ventes sont récompensées par un chèque ». Une situation qui, d’après le député Gérard Bapt, est également due à un manque de volonté politique. « L’État, par son inaction, est responsable du maintien élevé de l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire. Il tire un avantage à court terme au plan financier de la situation. Il sous-paie la mission de surveillance de la santé des vétérinaires puisque ce sont les ventes de médicaments qui assurent la présence territoriale des vétérinaires. »
C’est dans ce contexte que plusieurs solutions ont été proposées par le cabinet d’études économiques. Par exemple, l’Etat pourrait agir sur le prix des antibiotiques génériques qui favorise leur utilisation excessive, interdire les marges des laboratoires sur les antibiotiques comme au Danemark, accompagner la mutation du modèle économique des vétérinaires et éleveurs et enfin se tourner vers des alternatives aux antibiotiques comme par exemple les produits anti-infectieux à base de plantes. Autant de propositions stratégiquement présentées avant les débats sur la LMAP au Sénat et la future loi de santé publique renouvelée tous les cinq ans.

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