La Coopérative forestière Bourgogne Limousin (CFBL) alerte sur la nécessité de prévoir le reboisement des parcelles de douglas en France et surtout d’améliorer la qualité des peuplements.
La Coopérative forestière Bourgogne Limousin (CFBL) a souhaité, dans une conférence de presse le 21 septembre, alerter sur la nécessité d’améliorer la qualité des peuplements de douglas en France. « Plus les douglas sont gros et plus la qualité se dégrade », affirme Cyrille Ducret, président de Forêt et sciages d’Autun. Vu la demande des industriels et les débouchés, Lionel Say, directeur général de CFBL, explique que la solution passe par une plantation plus dense et une coupe plus tardive entraînant la production de bois de plus petit diamètre mais avec un duramen (1) plus conséquent. « La culture du gros bois (diamètre de 65-70 cm), c’est une culture du petit bois (diamètre 35-40 cm) ratée », souligne Yves Rambaud, président de CFBL. La demande des industriels porte actuellement sur du petit bois mais avec un duramen important. Les propriétaires forestiers ont planté en trop faible densité et n’ont pas assez élagué, aussi le bois est de diamètre important mais pour un duramen peu développé. Ils sont alors tentés d’attendre encore pour favoriser le développement du duramen.
Une récolte de 6 millions de m3 attendue pour 2035
Comme le précise Yves Rambaud, « la culture du gros bois se choisit à la plantation. Elle ne se subit pas, sinon la qualité ne sera pas au rendez-vous ». Il note également qu’il « reste un marché pour le gros bois mais qui restera un marché de niche car on a de moins en moins besoin de grosse poutre » et là encore, la qualité est primordiale (pas de nœud). De plus, l’origine génétique des arbres est également importante. Autre problème que soulève Lionel Say, c’est l’effort de reboisement « clairement insuffisant ». Actuellement la filière profite de plantations effectuées il y a plus de quarante ans. Selon Yves Rambaud, une récolte de 6 millions de m3 est attendue à l’horizon 2035 contre 2,3 millions en 2014. La France est le premier pays producteur en Europe (420 000 ha) devant l’Allemagne (220 000 ha), la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Italie. Le douglas est la deuxième essence de reboisement après le pin maritime et représente aujourd’hui un stock de bois sur pied de 100 millions de m3.
Un retour sur investissement pas toujours effectif
Michel Moulin, directeur technique au CFBL, explique que reboiser coûte environ 4 000 €/ha. « Cela peut poser problème », souligne-t-il, surtout que parfois la coupe précédente couvre juste les frais de reboisement, parfois plus. En outre, pour obtenir des bois de qualité, il faut les élaguer. « Un élagage à 6 mètres de hauteur, c’est 3 à 4 euros par arbre », relève Gilbert Tisserand, propriétaire forestier. « Pour amortir un élagage, il faut une révolution de 65 ans ». Or, pour un douglas de 35-40 cm de diamètre, la révolution est d’environ 45 ans. « Produire du bois de qualité est un très gros investissement, sans toujours de dividende à la clef », relève Gilbert Tisserand. Yves Rambaud soulève un autre frein : « Tous les gens qui ont des arbres… c’est pour l’éternité ! » Il faut donc aussi changer la vision du propriétaire et l’inciter à couper ses arbres à temps.
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« Produire du bois de qualité est un très gros investissement, sans toujours de dividende à la clef »
(1) : Le duramen ou bois de cœur, correspond aux zones d’accroissement les plus anciennes (cellules mortes). Elles sont situées au cœur de l’arbre et correspondent aux parties les plus solides et imputrescibles du bois. À l’inverse, l’aubier, situé en périphérie du duramen, constitue la partie vivante de l’arbre. Deux arbres d’un même diamètre peuvent avoir un duramen plus ou moins développé en fonction de leurs conditions de vie.
Crise de l’élevage et reboisement dans le Massif Central
Face à la crise que traverse l’élevage, notamment dans le Massif Central, lieu de la majorité des plantations de douglas, certains éleveurs ne seraient-ils pas tentés de reboiser ? « Nous n’avons pas la main là-dessus. Ce sera la somme de décisions individuelles », répond Yves Rambaud, président de la Coopérative forestière Bourgogne Limousin (CFBL). Il évoque un exode rural déjà effectué après la Deuxième guerre mondiale et surtout un agrandissement des exploitations, sans diminution de la surface agricole utile. « Sinon, nous avons les techniques sylvicoles » pour effectuer ce reboisement, précise-t-il. La CFBL vient d’éditer un livre intitulé : « Le douglas, une chance pour la France et les sylviculteurs » afin de faire partager les connaissances sur le sujet.