C’est le lait qui a retenu l’attention lors du congrès de la Coordination rurale qui s’est déroulé le 4 décembre à Bourges. Le syndicat est prêt à lancer un mouvement de grève des livraisons coordonné au niveau européen pour se faire entendre des industriels. Des actions de sensibilisation sur le terrain vont commencer dès le 9 décembre.
La Coordination rurale n’a pas digéré l’accord sur le prix du lait signé par le syndicalisme majoritaire. Pour François Lucas, président du syndicat, qui s’est exprimé à l’occasion du congrès de sa structure, le 4 décembre à Bourges, cet accord entérine une baisse des prix qualifiée de « supportable » par les signataires, mais qu’il juge, lui, « insupportable et inacceptable ». Le sujet a largement animé les débats internes. « La baisse est catastrophique pour les producteurs compte tenu de la hausse des charges de 25 % », a estimé en marge du congrès Jean-Louis Naveau, président de l’OPL, la branche laitière du syndicat. La Coordination rurale a l’intention de réagir en s’appuyant sur l’EMB (European Milk Board), organisation qui regroupe des producteurs dans 13 Etats européens et à laquelle elle adhère depuis un an.
Une grève du lait à l’échelle européenne
« Imaginez ce que peut entraîner un arrêt des livraisons synchronisé et coordonné avec le flux tendu que pratiquent aujourd’hui les laiteries et la chaîne de distribution », a lancé François Lucas aux adhérents de son syndicat. Car c’est bien une grève du lait à l’échelle européenne que souhaite organiser la Coordination rurale pour se faire entendre. Dans un premier temps, le syndicat va mobiliser ses troupes. Des réunions sont déjà prévues à Montauban et Clermont-Ferrand le 9 décembre, avec des producteurs de lait belges et allemands. D’autres sont programmées le 16 décembre en Mayenne et le lendemain en Côtes-d’Armor. L’objectif est simple : « Lors de ces réunions appelées à se multiplier jusque dans les cantons et même dans les communes, les éleveurs seront appelés à faire des promesses de grève le jour où l’EMB et l’OPL les y appelleront », a déclaré François Lucas. Un moyen de crédibiliser les producteurs européens et de leur rendre un pouvoir de négociation vis-à-vis des industriels. Car, comme l’a rappelé François Lucas, « il est simple de faire comprendre qu’une semaine de livraison, c’est 2 % de la production annuelle, et 2 semaines, 4 %, ce qui est considérable ». Le syndicat compte profiter de la hausse des prix du lait prévue en janvier pour faire monter la pression.
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Le sujet de la redistribution des aides évacué
L’organisation, qui s’est d’abord développée chez les céréaliers, semble connaître depuis plusieurs mois un vrai essor chez les laitiers, particulièrement dans les régions où les producteurs n’ont pas développé de grosses structures et craignent que la fin programmée des quotas ne remette en cause leur production. Pour le moment, le syndicat parvient à surmonter les conflits d’intérêt entre céréaliers et éleveurs, que l’épineux dossier de la redistribution des aides a exacerbé à la FNSEA. « Nous refusons fermement de cogérer cette très mauvaise politique », a affirmé François Lucas, en référence à ce chapitre du bilan de santé de la Pac. La Coordination rurale ne veut pas être tenue pour responsable du « monstre » enfanté par Bruxelles. Pour Nicolas Jacquet, président de l’OPG, branche céréalière du syndicat, ce sont des prix rémunérateurs et non des aides qui doivent assurer le revenu de tous les agriculteurs. Selon lui, les nouvelles règles vont pénaliser toute la profession, en faisant « une catégorie sociale à part, exclue de la solidarité nationale et enfermés dans un égalitarisme agricolo-agricole ».