La Coordination rurale a choisi un département de forte influence, le Lot-et-Garonne, pour tenir son assemblée générale. L'occasion de rappeler au ministre ses promesses sur le pluralisme et de stigmatiser une Europe plus libérale qu'interventionniste.
Venu en voisin à Agen (Lot-et-Garonne), le Gersois Bernard Lannes, président national de la Coordination rurale, n'a pas pu saluer le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll. Celui-ci n'est pas venu honorer l'invitation à clôturer ce 21e congrès national de la Coordination rurale qui s'est tenu les 3 et 4 décembre. Il n'empêche, Bernard Lannes a rappelé au ministre ses promesses d'être le garant du pluralisme syndical. Le président de la CR a aussi rappelé son « principe de base » : l'unité des agriculteurs « pour défendre tous ensemble notre métier ». Stigmatisant « le diviser pour mieux régner », le président du deuxième syndicat agricole français demandait, « pour redonner le pouvoir aux adhérents coopérateurs que la CR rentre dans le Haut commissariat de la coopération agricole afin que la FNSEA ne soit plus la seule à représenter l'ensemble de la profession. »
À la tribune, son discours s'est poursuivi sur l'urgence pour l'Europe de sortir du libre marché. A 120 jours de la fin des quotas laitiers, il a tiré la sonnette d'alarme : « Depuis des mois, les prix du lait chutent dans tous les pays européens. Partout en Europe, la production est déconnectée du marché et la surproduction se généralise. Tout le monde prédit la catastrophe mais personne ne bouge ! L'Europe a mis en place un observatoire des prix et des marges mais pour l'instant, il observe sans apporter de solution. L'Etat français pourrait appuyer les éleveurs dans leurs négociations contractuelles face à l'industrie. Il ne le fait pas. »
Pac trop libérale
La Pac, jugée « trop libérale », a été largement visée. Au travers, d'abord, des conséquences de l'embargo russe sur les fruits et légumes : « Une fois de plus, nous constatons que les producteurs servent de variable d'ajustement dans une Europe qui ne les protège pas. »
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« Régulation, exception culturelle et reconquête de l'autonomie alimentaire » doivent, selon Bernard Lannes, redevenir les priorités de l'Union. Saluant la mobilisation en Lot-et-Garonne de la CR sur le dossier de la directive Nitrates, il a estimé que « ces nouvelles mesures sont d'autant plus inacceptables que, nous le savons les uns et les autres, l'extension des zones vulnérables n'est basée sur aucune justification scientifique ou écologique avérée. » Un sujet que Christian Buson, ingénieur agronome, était invité à développer à la tribune, expliquant une heure durant « le rôle bénéfique du monoxyde d'azote dans la physiologie ».
Enfin, c'est le verdissement de la Pac qui a été dénoncé. Le syndicat demande d'ailleurs le report d'un an de sa mise en place : « L'UE a laissé la liberté à chaque membre de renforcer ou pas ce prélèvement du premier pilier vers le deuxième. Contrairement à la France, les Allemands ne se sont pas trompés en prenant une version “light” du verdissement. Le choix français, avec le concept de l'agroécologie, nous expose à plus de contraintes et plus de sanctions, car les régions qui contrôlent ces fonds, sont infiltrées par de nombreux groupes écologistes.
Le Lot-et-Garonne est un des trois départements phares, avec la Charente et le Calvados pour la Coordination rurale. A Agen, Serge Bousquet-Cassagne, qui a succédé à Michel de Lapeyrière, préside la chambre d'agriculture départementale qui connaît son troisième mandat de rang avec une large majorité d'élus de la Coordination rurale. Les quelque 700 adhérents venus de toute la France ont donc reçu en guise d'accueil quelques conseils amicaux afin de faire « basculer à leur tour et dans leurs départements respectifs la chambre d'agriculture».