Alors qu'une période difficile se profile dans le monde laitier, les demandes de création d'un nouveau mécanisme de gestion de la production deviennent plus insistantes.
Le 1er avril 2015, la production laitière en Europe sortira du système administré des quotas pour être libéralisée. La France a toujours défendu la mise en place d'un nouveau système de gestion des volumes en cas de crise, jusqu'à présent sans succès. Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a assuré qu'une proposition en ce sens serait présentée lors du prochain conseil des ministres de l'agriculture européens, en décembre. « Il y a aujourd'hui plus de disponibilité pour discuter de l'après quota » chez ses collègues ministres européens, a-t-il assuré lors de la signature du Pacte laitier de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), le 26 novembre à Paris.
Mais « si on est sorti des quotas, ce n'est pas pour revenir à des quotas », prévient-il, expliquant qu'on ne ferait « pas la même chose ». Aujourd'hui, « nous n'avons qu'une seule solution, le filet de sécurité avec les prix d'intervention : c'est a posteriori, et c'est coûteux », rappelle-t-il.
La FNPL pour une incitation à la réduction volontaire
« J'aurais tant aimé pouvoir inclure dans ce pacte un dispositif volontaire de gestion de crise européen. C'est une obligation face à une volatilité qui nous met à trop rude épreuve », a regretté Thierry Roquefeuil, président de la FNPL. Le syndicat plaide pour un système d'aides européennes incitant à la réduction de la production en cas de crise. Il a demandé à Stéphane Le Foll de « convaincre l'Europe ».
European Milk Board poursuit son lobbying à Bruxelles
European Milk Board (EMB), une association d'éleveurs européens, a présenté un programme de responsabilité des marchés, pour réguler le marché laitier en cas de crise après la fin des quotas, le 20 novembre, lors de son assemblée générale à Saint-Brice-en-Coglès (35). Ce système permet d'identifier les crises, et propose trois niveaux de réaction : l'alerte rapide, qui autorise le stockage privé, la crise, qui adjuge des suspensions de livraisons et des primes à la réduction de production, et enfin la réduction obligatoire, qui contraint les éleveurs à produire moins pendant une période donnée jusqu'à ce que le marché se redresse.
« EMB n'est pas contre l'augmentation de la production, mais nous voulons éviter la volatilité », explique John Comer, éleveur irlandais. « Nous savons qu'il y aura des opportunités, que l'on aura des débouchés, mais nous voulons pouvoir gérer les volumes en cas de périodes critiques », argumente-t-il. « Si dans un an, la demande augmente et qu'il faut se remettre à produire, comment fera-t-on ? Des éleveurs auront arrêté, les trésoreries seront dans le rouge », argumente Paul de Montvalon, président de France Milk Board.
EMB espère convaincre le nouveau commissaire européen irlandais Phil Hogan : « Il est libéral, mais il connaît bien la situation de l'agriculture familiale. S'il y a une crise laitière, je suis sûr qu'il peut changer d'avis », commente son compatriote John Comer.
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Des solutions dans les textes existants
Aurélie Trouvé, maître de conférences à AgroParisTech, travaille sur « des marges de manœuvre dans l'organisation commune de marché (OCM) unique, avec la possibilité de mettre en place un peu dérégulation en cas de chute des prix ». C'est ce qu'elle a expliqué lors de l'assemblée générale de l'association des producteurs de lait indépendant (Apli), le 20 novembre à La Selle-en-Coglès. Elle cite notamment l'article 219, qui évoque la possibilité de mettre en place des « outils de réponse » en cas de hausse ou de baisse des prix, ou l'article 221 qui peut autoriser le stockage. « Tout dépendra de la pression qui pourra être mise par les gouvernements, français en particulier, et sur le rapport de force syndical », prévient-elle.
Un « tunnel de prix » pour la Confédération paysanne
La Confédération paysanne plaide aussi pour une régulation. Elle demande « d'encadrer la dynamique de production en se servant de ce qui existe », anticipant une crise laitière en 2015, expliquait Yves Sauvaget, qui suit le dossier au sein du syndicat, lors d'une conférence de presse à Paris le 26 novembre. La Conf' travaille sur l'idée d'un « tunnel de prix » qui prend en compte les coûts de production : le prix du lait serait compris entre un plafond et un plancher. Si un prix minimum est atteint, un mécanisme oblige à réduire la production. « Nous avons espoir qu'il y ait une prise de conscience avec la crise, mais à quel prix ? De nombreux éleveurs vont mettre la clé sous la porte », anticipe Yves Sauvaget.
Euronext lancera au printemps 2015 de nouveaux contrats à terme sur les produits laitiers européens. Ce complexe de dérivés sur produits laitiers « couvrira les trois principaux produits laitiers négociés aujourd'hui en Europe et à l'international : le beurre, la poudre de lait écrémé et la poudre de lactosérum », explique la bourse spécialisée dans les marchés à terme, dans un communiqué du 27 novembre. Il « permettra ainsi aux acteurs de l'industrie laitière européenne de couvrir leur exposition face aux risques de fluctuations de prix sur ce marché volatil, au moment-même où les quotas laitiers prendront fin sur le marché européen », affirme Euronext.
Un contrat a terme avait déjà été lancé en 2010, sans succès : « Nous avions certainement trop anticipé », explique Nicholas Kennedy, responsable du business development matières premières d'Euronext.
« L'Europe exporte 10% de sa production, certains pays vont augmenter leur production après les quotas, avec un risque de volatilité accrue, explique-t-il. Nous cherchons aussi à créer une référence de prix européens, qui manque cruellement ». Selon lui, Euronext a reçu de nombreuses demandes venant des entreprises.