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Produits laitiers « La création d'un Observatoire du marché du lait au centre de nos travaux »

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Entretien avec Roger Waite, porte parole de la Commission européenne

D'aucuns estiment que l'année 2014 promet d'être une année charnière pour la production et la transformation du lait en Europe. Suite au marathon des négociations du « paquet laitier » et de la réforme de la PAC des solutions pour la filière laitière semblent se concrétiser avec la perspective de la publication d'ici l'été d'un rapport de la Commission européenne contenant une série de propositions pour le secteur et en particulier l'instauration d'un « Observatoire du marché du lait censé » amener plus de transparence dans la filière laitière européenne. Les Etats membres accepteront-ils de mettre en place un tel instrument de contrôle ? Quel sera le rôle exact d'un tel observatoire ? D'ici la disparition des quotas laitiers en 2015, comment évolue le marché intérieur du lait ? Quelles significations peut-on donner aux progressions de prix du lait de ces derniers mois dans certains Etats membres et pas dans d'autres ? Pour répondre à toutes ces interrogations, Agra Alimentation a interrogé Roger Waite, porte-parole de la Commission européenne pour les questions agroalimentaires.

Agra Alimentation : Ces derniers mois, les prix payés aux producteurs de lait ont connu une embellie mais pas de la même ampleur dans tous les pays de l'UE. En France et dans les pays baltes par exemple il n'y aurait pas eu de progression significative des prix comparée au reste de l'UE. Comment la Commission européenne explique-t-elle cette différence ? En ce qui concerne plus précisément la France: cette non progression significative des prix serait-elle due aux contrats à long terme imposés par le gouvernement français aux producteurs ?

Roger Waite : Le secteur laitier européen ne fonctionne pas comme un bloc monolithique dont les mouvements seraient uniformes. Le secteur laitier européen est hautement atomisé: on dénombre quelque 5 000 acheteurs et environ 900 000 producteurs. Le prix du lait est le point de rencontre entre l'offre et la demande. Il varie non seulement d'un Etat membre à l'autre, mais également d'une région à l'autre, et même d'un producteur à l'autre. Les moyennes nationales que la Commission européenne recueille peuvent cacher des évolutions très différentes – parfois même opposées – entre les différents acteurs du marché. Certains éléments d'établissement du prix du lait sont partagés par la grande majorité du secteur. De manière générale, le prix du lait dépend de sa qualité, de sa teneur en matières grasses et en protéines. Au-delà de ce socle commun, les variations peuvent dépendre de nombreux autres facteurs, notamment la valorisation du lait par les acheteurs. On peut considérer, de manière générale, qu'une laiterie qui valorise le lait dans des produits laitiers à haute valeur ajoutée ou dans des produits innovants pour lesquels le marché est demandeur pourra mieux rémunérer le lait qu'elle achète. Certaines laiteries plus orientées à l'exportation pourront avoir une plus forte variation du prix payé aux producteurs si celui-ci suit de près ou de loin les fluctuations du marché mondial. Pour les entreprises privées, l'existence de contrats écrits peut également jouer un rôle. Tout dépend de la manière dont ces contrats sont conçus. L'avantage des contrats est d'apporter un élément de stabilité. Lorsque les conditions de marché sont favorables, on peut comprendre que la stabilité soit considérée par certains comme un inconvénient plutôt qu'un avantage. En période de baisse des prix, on peut s'attendre à l'attitude inverse. La France n'est pas la seule à avoir opté pour des contrats écrits. La moitié des Etats membres environ ont adopté cette approche. Certains ont imposé des durées minimales, d'autres pas. Celles-ci varient de 6 mois à 5 ans.

Les progressions du prix du lait de ces derniers mois dans un certain nombre d'États membres sont-elles dues à une demande mondiale en hausse comme l'affirme l'industrie laitière européenne, ou sont-elles à mettre sur le compte d'une hausse intentionnelle dans le chef des industriels à la veille de la disparition des quotas laitiers comme le prétendent certains syndicats européens ?

La hausse des prix actuelle s'explique par l'évolution de l'offre et de la demande. Dans l'Union, la fin de l'année 2012 et le début de l'année 2013 ont été caractérisés par une baisse de production, due en 2012 à la hausse des coûts des intrants sans hausse concomitante du prix du lait et, en 2013, à des conditions hivernales défavorables prolongées par un printemps froid et pluvieux. Les autres grandes régions laitières dans le monde ont connu également des baisses de production. En revanche, la demande - notamment dans les pays émergents tels que la Chine-n'a pas faibli. Le point de rencontre entre cette offre en baisse et cette demande dynamique a logiquement conduit à une hausse des prix du lait. Depuis le milieu de l'année 2013, la production est repartie à la hausse dans l'Union et dans la plupart des grandes régions laitières. Cette évolution est globale et peut donc très difficilement résulter d'une manipulation de l'industrie laitière européenne. D'ailleurs, la production actuelle est tellement inférieure aux quotas laitiers dans la plupart des Etats membres que les quotas ne jouent plus de rôle sur le volume de la production. Cependant il reste quelques Etats membres où cela représente encore une restriction.

En 2013, le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, a proposé la création d'un « Observatoire du marché du lait”. Où en est-on exactement dans ce dossier ? Quand sera-t-il mis sur pied concrètement ? Y-a-il un calendrier précis pour la création d'un tel instrument censé apporter de la transparence sur le marché laitier européen ?

Les services de la DG Agriculture travaillent actuellement à la mise en place de cet Observatoire.

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Après la tenue de la conférence à Bruxelles le 24 septembre 2013 sur « l'avenir du secteur laitier après l'abolition des quotas », la DG Agriculture a préparé un résumé de ses idées sur la question de cet Observatoire, résumé que le commissaire Dacian Ciolos a présenté au Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE du 17 décembre 2013. Les Etats membres sont actuellement en train de discuter au CSA (Comité Spécial Agriculture qui regroupe représentants de la Commission européenne et des Etats membres, ndlr) des différents éléments des propositions du commissaire.

Au Parlement européen, la commission de l'agriculture est également en train de préparer ses conclusions. Les avis de ces deux institutions alimenteront nos réflexions pour le rapport que nous avons promis de présenter en juin 2014 au Conseil des ministres de l'UE et au Parlement européen sur le marché du lait. Nous n'excluons pas d'inclure dans ce rapport des propositions concrètes, notamment pour cet Observatoire.

Quelles seront les principales missions de cet Observatoire du marché du lait? Certains disent qu'au-delà de la surveillance du marché laitier, il devrait également pouvoir réagir et procéder aux ajustements de volumes indispensables à l'obtention de prix rémunérateurs pour les producteurs. Quel est l'avis de la Commission européenne sur cette dernière suggestion ?

Le commissaire européen à l'agriculture Dacian Ciolos a confirmé lors de la Semaine Verte de Berlin il y a quelques jours (17 au 26 janvier 2014, ndlr) que cet Observatoire ne sera pas une « agence externe » qui aura pour mission d'intervenir sur le marché mais que ce sera plutôt une structure constituée d'experts de la DG Agriculture de la Commission européenne dont le mandat sera d'observer et d'analyser le marché du lait de la manière la plus transparente possible afin d'améliorer la réaction des opérateurs, des Etats membres et de la Commission pour notamment réduire les menaces de spéculation sur les marchés. N'oubliez pas à ce sujet que lors du débat sur la réforme de la PAC en 2013, un des membres du Parlement européen, Michel Dantin, a essayé d'introduire dans ses amendements des outils de marché pour réduire la production de lait en cas de crise du marché mais ses propositions ont été rejetées non seulement par le Parlement européen mais également par le Conseil des ministres de l'UE.

Quels sont en détail les chantiers importants concernant le lait que la Commission européenne compte entreprendre sous la présidence grecque de l'UE ?

De nombreux dossiers « lait » sont sur la table pour l'année 2014. D'abord des propositions pour la mise en œuvre de l'Observatoire du marché du lait. Ensuite la présentation en juin d'un rapport de la Commission au Conseil et au Parlement sur la situation de marché du lait, sur le fonctionnement du « Paquet Lait » (pouvoir de négociation renforcé des producteurs, contractualisation, interprofessions, transparence, régulation de l'offre pour les fromages AOP/IGP), sur l'évolution de la production laitière dans les zones défavorisées et sur les incitations à plus de coopération dans le secteur. Il y aura également la rédaction d'un rapport de la Commission au Conseil et au Parlement sur la possibilité d'introduire un étiquetage obligatoire du pays d'origine pour le lait et les produits laitiers. Egalement la présentation, le 30 janvier, d'une proposition de règlement visant à instaurer un nouveau programme pour le lait et les fruits à l'école et enfin la mise en œuvre par le biais d'actes délégués et d'exécution de la nouvelle PAC dans le secteur laitier.