Abonné

Alimentation La crise aviaire bouleverse les marchés mondiaux

- - 6 min

Un séisme : quelques semaines après son apparition en Asie du Sud-Est, la grippe aviaire est sur le point de bouleverser les marchés mondiaux des produits carnés, voire des produits de grande culture. Les signes avant-coureurs sont déjà là. Tandis que le commerce des produits avicoles est quasiment paralysé en Asie du Sud-Est, les Etats-Unis ont vu, temporairement au moins, leurs exportations bloquées du fait de l’apparition de deux foyers de grippe aviaire dans le Delaware. La Thaïlande, fournisseur majeur de l’Europe, a vu les portes de ses principaux marchés se fermer. L’Union européenne n’en profite pas pour autant, étant données ses difficultés à lutter avec le Brésil, tant sur les marchés des pays tiers que sur le vieux continent lui-même. En revanche, certains signes montrent que la production porcine pourrait bien profiter de la situation. Mais les Français restent très prudents : attentifs à éviter toute apparition du fléau sur le territoire, les industriels voient apparaître avec appréhension des réticences de consommateurs sur les achats de volailles.

Quand un poulet thaïlandais éternue, c’est le marché mondial de la viande et des produits agricoles qui prend froid. La preuve ? Les marchés céréaliers et du soja qui se sont déjà mis au diapason. A Chicago, la découverte de deux cas de grippe aviaire dans le Delaware, même s’il ne s’agit pas du même virus que celui de la grippe asiatique, a provoqué une baisse des cours du soja. Les opérateurs s’attendent à une réduction des débouchés traditionnels que sont les élevages industriels de poulets. Plus directement, la crise actuelle, qui concerne la seconde viande consommée dans le monde (74 millions de tonnes, devant le bœuf avec 58 MT et derrière le porc avec 74 MT) aura très certainement des impacts forts sur les filières des productions animales. Cinq phénomènes sont d’ores et déjà constatés :

1. Un soulagement du marché européen

Les importations en provenance de Thaïlande, qui avaient représenté l’an dernier 166 000 tonnes sur l’Europe sont partiellement stoppées. Ces importations étaient contestées par les Européens parce qu’elles profitaient d’une nomenclature à faible droit de douane, celle des produits saumurés. Cependant, la filière française ne crie pas victoire. Les produits cuits d’origine thaïlandaise ont encore accès à l’Europe. Ils représenteraient 60 000 tonnes principalement à destination de Grande Bretagne ou d’Allemagne. De plus, des stocks importants de produits thaîlandais seraient présents en Europe. Cependant, les Allemands commencent, du fait de la crise aviaire, à remettre en cause l’origine Thaïlande ce qui pourrait profiter aux découpes françaises. Reste la concurrence du Brésil qui demeure très active, même au sein de l’Union européenne.

2. La suprématie de la production brésilienne

La crise asiatique, ainsi que l’apparition de deux cas de grippe aviaire aux Etats Unis, devraient renforcer la suprématie de la production brésilienne. Chez Doux, qui contrôle le troisième producteur du pays, on confirme que les commandes auprès de sa filiale brésilienne sont en forte hausse. C’est le Japon qui sollicite le plus la production brésilienne. L’an dernier, le pays du soleil levant importait 250 000 tonnes de productions avicoles issues de Thaïlande, 250 000 tonnes de Chine, 50 000 tonnes des Etats Unis et 150 000 tonnes du Brésil. Aujourd’hui, seul ce dernier pays est sûr de pouvoir exporter vers le Japon. La Corée est également en passe d’importer de grandes quantités de produits avicoles, un contrat d’approvisionnement de 50 000 tonnes qui a été annoncé le 10 février. Cet afflux de demande pourrait soulager le Moyen Orient et la Russie de la présence brésilienne, ce qui rendrait service aux Européens. Certains opérateurs font aussi remarquer que, même si les produits des Etats Unis sont à nouveau en mesure d’être exportés, la demande locale en volailles y est si forte actuellement (en raison de l’ESB qui ralentit la demande de bœuf) que le solde exportable risque d’être réduit.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

3. Un report de consommation sur le porc

Justement, les effets de transfert entre les exportateurs Danois commencent à témoigner d’une augmentation de la demande en production porcine. Un phénomène qui est dû, également, à la crise des exportations bovines américaines depuis l’apparition d’un cas de vache folle en décembre. Le contexte est donc très favorable à ce que les restitutions sur les exportations de porcs soient efficaces. «Il y a une forte demande sur la Russie ou encore sur la Corée» explique-t-on à la Cooperl, sans que l’on puisse distinguer la part relative des boycott décidés sur le bœuf ou sur les produits avicoles. Cependant, la France n’est pas en première ligne pour profiter de cet effet. Les Danois ont en effet été les principaux opérateurs à stocker du porc à l’occasion de l’opération lancée il y a quelques mois par l’Union européenne. Sur 80 000 tonnes stockées avec une aide dans les frigos privés, 50 000 tones l’ont été par les Danois. Ce sont des viandes qu’ils pourront maintenant exporter à la faveur de la crise aviaire entre autres. Il n’empêche : le soulagement général du marché porcin, en partie grêace au phénomène avicole, ne peut que faire remonter les cours. Au marché du cadran breton, le cours est remonté au dessus d’un euro le kilo.

4. Un début de ralentissement de la consommation en France.

Selon plusieurs sources émanant d’industriels ou de distributeurs, une baisse de 10% à 15% de la consommation de volailles serait enregistrée chez les grandes surfaces depuis une quinzaine de jours. Les opérateurs ne paniquent pas pour autant, ce phénomène étant largement dû à l’impact médiatique de la crise aviaire en Asie. Un retour à une situation normale peut intervenir tout aussi rapidement. Néanmoins, l’inquiétude des consommateurs semble réelle et touche toutes les gammes de produits. Il n’est pas rare de voir des clients de grandes surfaces demander aux chefs de rayons si les poulets labels ne viennent pas en fait de Thaïlande.

5. Le renforcement des conditions de sécurité pour les élevages français

Bien que la France n’ait pas connu de grippe aviaire depuis 40 ans, les professionnels de la filière avicole ont recommandé un renforcement des mesures de sécurité dans les élevages. Parmi les mesures de précaution, les visites de personnes étrangères aux exploitations sont limitées. Côté gouvernement, les ministères de la santé et de l’agriculture ont élaboré, respectivement, un « plan de gestion d’une menace de pandémie grippale» et un plan d’urgence pour les élevages. En plus des suspensions d’importations de volailles de chair, les importations d’oiseaux vivants sont interdites en provenance des régions infestées.