Cela a commencé comme une crise des fruits d’été habituelle, inquiétante, mais dont on pensait qu’elle allait se résorber d’elle-même. Cette année pourtant, la forte production alliée à une consommation particulièrement basse a créé un cocktail explosif dont les répercussions seront longues à effacer.
La crise que sont en train de vivre les producteurs de fruits et de légumes d’été a pris des proportions rarement observées, allant jusqu’à pousser certains d’entre eux à la faillite complète. Plusieurs facteurs expliquent son ampleur. Tout d’abord, les consommateurs ont quelque peu boudé les fruits d’été. Les ventes ont reculé, selon Secodip, de 11 % pour les tomates, de 6 % pour les melons, de 7 % pour les pêches et nectarines. La médiocrité de la saison touristique a privé certaines régions de consommateurs captifs et ce alors que les niveaux de production étaient élevés cette année. Pendant ce temps, les consommateurs gardaient l’impression que les fruits d’été étaient trop chers. Or cela n’a pas été le cas. Au contraire, ils ont baissé et ce avant même la crise. Au 1er juillet, le prix des tomates avait baissé de 26 %, celui des melons de 12 %, dans les deux cas inférieurs aux prix de 2002. Ces prix ne couvrant pas le coût de production, ils ont engendré de lourdes pertes financières pour les producteurs. « Le recours massif à des importations à bas prix» (selon la FNSEA) n’a en rien arrangé la situation.
Prix minimums ou coefficient multiplicateur ?
Devant l’ampleur de la crise, distributeurs et producteurs ont cherché tous les moyens d’en sortir. Sur ce terrain, deux écoles se sont affrontées, et les deux fédérations, celle des producteurs de fruits (FNPF) d’un côté et celle des producteurs de légumes (FNPL) de l’autre, ne partageaient pas le même point de vue. Alors que les premiers préconisaient l’instauration d’un prix minimum, les seconds souhaitaient voir rétabli le coefficient multiplicateur. Celui-ci, explique la FNSEA qui en est également partisane, « consiste à encadrer le niveau des marges entre le prix d’achat au producteur et le prix final au consommateur, par exemple à 1,5 fois le prix d’achat ». Une procédure qui peut doper la consommation. Le prix minimum est contesté par beaucoup de producteurs qui préfèrent écouler leur marchandise même à des prix bas.
La FNSEA, les producteurs de légumes et les coopératives ont pesé dans la balance pour que soit adopté le système des coefficients multiplicateurs. Intermarché de son côté a opté pour un accord homogénéisant les prix de vente de quatre espèces (nectarines, pêches, tomates et melons) dans toutes les régions, dans le cadre d’une opération promotionnelle. Dans cette situation critique où aucune solution globale n’était trouvée, la profession agricole a regretté le désengagement de l’Etat, qui auparavant aurait demandé le retrait des produits incriminés pour en faire augmenter les cours.
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Sur le front
Voyant que les nombreux débats entre producteurs et distributeurs s’envenimaient, et qu’aucune solution satisfaisante n’était trouvée, Nicolas Sarkozy, qui avait d’autant plus d’intérêt à le faire qu’il est en campagne, est monté au front. Avec un succès mitigé. Il a incité les acteurs de la crise à fixer des prix minimums pour la nectarine, la pêche, la tomate et le melon, mais la mesure a rapidement été remise en cause et finalement abandonnée. Le 24 août, la FNSEA a dressé « un constat d’échec des négociations menées avec la distribution pour convenir d’un prix minimum », solution qu’avait annoncée le ministre des Finances. En réponse à ce constat, le ministère a répliqué en détaillant les « pistes à l’étude pour aider le secteur des fruits et légumes d’été » sans annoncer aucune nouvelle mesure immédiate, alors que la saison s’achève bientôt. Le ministère a pour le moment écarté l’hypothèse de « coefficients multiplicateurs », car il estime que cette mesure « ne peut avoir lieu sans modification préalable du dispositif législatif » et que « sa compatibilité avec le droit communautaire soulève certaines difficultés ». La commission Canivet, mise en place lors des accords du 17 juin, travaille également sur le dossier. Pour l’heure, les accords signés ont été d’une ampleur limitée, et aucun n’a réussi à faire s’accorder tous les distributeurs et tous les producteurs.
Comment communiquer ?
Dernier nerf de la guerre, la communication, qui pourrait faire repartir la consommation. Producteurs et distributeurs ont évoqué la possibilité de communiquer les prix des fruits et légumes à l’extérieur des lieux de vente, chose interdite par la loi. Sur ce point, le ministre des Finances Nicolas Sarkozy a « demandé aux organisations agricoles de lui faire part rapidement de leur point de vue sur une éventuelle évolution de la loi ». Le 25 août, un accord autorisant la publicité dans la presse régionale, la radio et les tracts a été signé, jusqu’au 1er décembre, par l’ensemble des familles. Au-delà, la loi devra être révisée.